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Coupe du monde : des fausses supportrices générées par IA cartonnent sur les réseaux

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-24
Illustration: Coupe du monde : des fausses supportrices générées par IA cartonnent sur les réseaux
© YouTube

Des millions de vues pour des femmes qui n'existent pas

Vous les avez peut-être vues passer sur votre fil. Ces compilations de supportrices dans les tribunes, tenues légères, poitrine généreuse. La question posée ? "Qui va remporter la Coupe du monde ?" — avec une liste de pays personnalisés par des femmes aux corps dits "parfaits".

Ces vidéos cartonnent. Des millions de vues, des milliers de commentaires. Les internautes choisissent leur pays favori en fonction de la supportrice qu'ils jugent la plus belle.

Sauf que ces femmes n'ont jamais mis les pieds dans un stade. Elles n'ont jamais existé.

Ce sont des personnages fictifs, entièrement générés par IA. Une publication prétend montrer des sœurs jumelles supportrices africaines. Plus de 6 500 vues. Image hypersexualisée, poitrine généreuse. Entièrement fabriquée.

Autre exemple : une séquence virale montre un homme pris en flagrant délit de regarder le décolleté d'une supportrice brésilienne. La scène n'est jamais arrivée. L'intelligence artificielle l'a créée de toutes pièces. Elle cumule pourtant des millions de vues sur plusieurs plateformes.

Un business bien rodé

Pourquoi créer ces vidéos ? L'argent, d'abord. Certains comptes TikTok se sont spécialisés. Ils cumulent des millions de vues. Et sur TikTok, les vues se monétisent. Plus la vidéo est regardée, plus la plateforme rétribue le créateur.

Voilà où ça se complique.

Le compte Instagram qui a posté la vidéo de la "supportrice brésilienne" renvoie vers un lien OnlyFans. OnlyFans, c'est la plateforme d'abonnement payant principalement orientée vers du contenu pornographique. Pour vendre ce contenu — souvent lui aussi généré par IA — il suffit d'un logiciel, de quelques clics, et de vidéos de femmes hypersexualisées.

Le business a pris une ampleur considérable à l'occasion de la Coupe du monde.

L'origine de la tendance

La tendance n'est pas nouvelle. Mais elle a explosé ces dernières semaines. Le 9 mai 2024, la mannequin et créatrice de contenu Kate Schumskaya poste un deep fake d'elle-même. Elle se met en scène dans une tribune de baseball. La vidéo est ultra réaliste. Elle cartonne : plus de 6 millions de vues, près de 175 000 likes.

Cosmopolitan publie même un tutoriel pour reproduire ce genre de vidéo.

Jusque-là, rien de très grave. Mais des internautes ont flairé le filon. À l'ouverture de la Coupe du monde, ils ont détourné le concept. Créer de fausses supportrices, générer des vues, empocher l'argent.

Des experts alertent

La tendance est "délétère", selon de nombreux experts interrogés dans la presse européenne. D'abord parce qu'elle véhicule une représentation stéréotypée des femmes. Utilisées "comme des objets de collection", selon Noémie Moreron, chercheuse interrogée par nos confrères des Faits en Espagne.

Autre risque, pointé par la philosophe Maora Janticano, interrogée par le quotidien italien Open : "S'il n'y a pas de réelle femme de l'autre côté de l'écran, il n'y a pas de consentement à demander." Conséquences ? Une confusion entre le virtuel et le réel, notamment chez les jeunes publics.

Un constat qui rejoint des données plus larges. Environ 96% des deepfakes produits dans le monde sont des montages pornographiques, ciblant dans la quasi-totalité des cas les femmes (source : RTL). L'enquête, menée entre la France et les États-Unis, a comptabilisé 14 000 victimes présumées "originaires de tous pays", dont les photos ont été truquées (source : Le Nouvel Obs).

Un phénomène qui interroge

Les plateformes laissent-elles faire ? Les vidéos continuent de circuler. Les comptes spécialisés continuent de publier. Les millions de vues continuent d'affluer.

Qui vérifie l'authenticité des images ? Qui protège les jeunes publics ? Qui empêche la confusion entre le réel et le virtuel ?

Questions ouvertes. Pendant ce temps, les fausses supportrices continuent de danser dans les tribunes virtuelles. Et l'argent continue de tomber.

Sources : Presse européenne (experts interrogés), Cosmopolitan, témoignages de créateurs de contenu. Données vérifiées : Le Nouvel Obs, RTL, enquête internationale sur les deepfakes.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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Épisode 19 · 2026-06-24

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