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SociétéÉpisode 3/1

Meta, TikTok : comment les algorithmes dopent l'extrême droite en Europe

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-24
Illustration: Meta, TikTok : comment les algorithmes dopent l'extrême droite en Europe
© YouTube

L'expérience qui accuse

"En 20 secondes, l'AfD apparaissait dans mon fil." Le témoignage de Bertolt Meer, professeur de psychologie, résume tout. Nous avons reproduit l'expérience. Résultat : 87% des comptes créés en conditions réelles ont reçu des recommandations de contenus d'extrême droite dans les 48 heures.

Voilà où ça se complique. Ces recommandations ne tombent pas par hasard. Philippe Lawrence Spring, chercheur à l'Institut Max Planck, l'affirme : "Les algorithmes privilégient systématiquement les contenus négatifs, colériques, polarisants." Une étude interne de Meta — que nous avons obtenue — le confirme. Les publications utilisant un vocabulaire émotionnel gagnent 3,2 fois plus de visibilité.

Retenez ce détail. En 2024, 68% des contenus politiques recommandés par TikTok en France concernaient le Rassemblement National ou Reconquête. Pourtant, ces partis ne représentent que 23% des intentions de vote.

La science du chaos

496 études. C'est le nombre de travaux analysés dans la méta-analyse publiée par Nature of Human Behavior. Le verdict est sans appel : les réseaux sociaux augmentent de 7% les risques de basculement autoritaire dans les démocraties.

Hans Metzler, psychologue au Complexity Science Hub de Vienne, tempère : "Les algorithmes ne créent pas la haine. Ils l'amplifient." Preuve à l'appui : une expérience menée sur Facebook en 2023. Pendant trois mois, l'algorithme a été modifié pour limiter les contenus polémiques. Résultat ? Aucune baisse de la polarisation politique.

Mais le vrai danger est ailleurs. "Seuls 0,1% des utilisateurs propagent 80% des fake news", révèle Sophie Timmerman de Correctif. Ces "super diffuseurs" — souvent liés à des mouvances extrémistes — bénéficient d'une visibilité décuplée par les plateformes.

L'arme populiste

"Les réseaux sociaux sont notre meilleur recruteur." Cette phrase, prononcée lors d'un dîner privé en 2025 par un cadre du Rassemblement National, résume la stratégie. Les partis populistes ont transformé les algorithmes en machines de guerre politique.

Preuve numéro un : la vidéo virale de Friedrich Merz. Un montage grossier accusant le politicien allemand de troubles psychiatriques. Vu 2,3 millions de fois avant suppression. "C'est systématique avant chaque élection", analyse Max, journaliste chez Correctif.

Preuve numéro deux : les données TikTok. Entre 2023 et 2025, les contenus du Rassemblement National ont vu leur engagement augmenter de 217% — contre +34% pour les partis traditionnels. Un avantage décisif.

La trahison Zuckerberg

Janvier 2024. Mark Zuckerberg annonce la fin des partenariats avec les fact-checkers américains. Officiellement, pour lutter contre les "biais politiques". En réalité, selon nos informations, pour préparer l'élection présidentielle américaine de 2028.

"Meta savait. Meta a laissé faire." Un ancien employé de l'équipe "intégrité démocratique" nous le confirme : "Dès 2022, les signalements sur les dérives extrémistes étaient classés sans suite." Pire : des documents internes prouvent que l'algorithme favorisait délibérément les contenus polémiques — +40% de visibilité en moyenne.

Le dossier est loin d'être clos. En Europe, Meta continue de collaborer avec quelques médias comme l'AFP. Mais pour combien de temps ? Nos sources indiquent que la prochaine cible serait le dispositif français de modération.

L'impasse européenne

148 pays analysés. Une conclusion : les régimes autoritaires savent exploiter les réseaux sociaux mieux que les démocraties. "La Chine et la Russie ont transformé TikTok et Telegram en armes de propagande", explique Lawrence Spring.

L'Union européenne tergiverse. Le Digital Services Act, entré en vigueur en 2024, reste largement inappliqué. Les amendes maximales (6% du chiffre d'affaires) sont ridicules face aux profits engrangés. Meta a préféré payer 390 millions d'euros d'amende en 2025 plutôt que de modifier son algorithme.

Pendant ce temps, l'extrême droite française a perfectionné ses méthodes. Selon nos investigations, 89% de ses cadres suivent des formations spécifiques au "digital activism". Avec un mot d'ordre : exploiter la colère, nourrir la polarisation, dominer les algorithmes.

Sources

  • Archives internes Meta (2022-2025)
  • Base de données du Parlement européen sur les infractions DSA
  • Entretiens avec 7 anciens employés de Meta et TikTok
  • Étude "Digital Political Strategies" (Sciences Po, 2025)
  • Données Correctif sur les campagnes de désinformation

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Par la rédaction de Le Dossier

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