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Bombe à Monaco, exécution en Ukraine : l’inquiétante affaire Ermolaev

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-16
Illustration: Bombe à Monaco, exécution en Ukraine : l’inquiétante affaire Ermolaev
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29 juin 2025, 20h58. Monaco bascule. Sur le perron du Suns Palace, un sac piégé vient de déchirer une famille. La cible : Vadim Ermolaev, 58 ans, multimillionnaire ukrainien. Sa femme est amputée des deux jambes. Leur fils, projeté à vingt mètres. Une semaine plus tard, la suspecte est exécutée en Ukraine, plusieurs balles dans la tête. Deux hommes sont arrêtés : un ancien officier de police et un agent actif du renseignement militaire ukrainien, le GUR. L’affaire, que raconte Le Parisien dans son podcast Code Source, laisse des questions en suspens. Des questions que personne ne veut entendre.

Les faits

Monaco, 29 juin 2025, 20h58. Le rocher est calme. Trop calme, peut-être.

Un couple et leur fils adolescent rentrent au Suns Palace — un immeuble cossu des années 1920, pierre de taille crème, trois étages, une contre-allée qui surplombe deux avenues. La frontière française est à deux rues. Porte en bois sculpté, marches en marbre, rambardes en fer forgé. Sur le perron, un sac abandonné.

L’explosion est violente. Christel Brigodo, journaliste au service police justice du Parisien, le raconte dans Code Source : les débris volent, le garçon est projeté à vingt mètres. Ses parents sont les plus durement touchés. La femme, grièvement blessée, sera amputée des deux jambes dans les jours qui suivent. Pour les enquêteurs, un point est clair : l’homme était la cible.

Vadim Ermolaev — orthographié Molaev dans certaines sources — est un oligarque ukrainien. Originaire de Dnipro, grande ville du centre-est, il s’installe à Monaco en 2022, juste après l’offensive russe. Père de quatre enfants, il fait partie de ce que les Ukrainiens appellent ironiquement le « bataillon Monaco » : quatre-vingts millionnaires ukrainiens planqués sur la Côte d’Azur depuis l’invasion.

Dans les heures qui suivent l’explosion, deux hélicoptères survolent la principauté. Les caméras de surveillance — 1 400 caméras pour 2 km² — ont tout filmé. Une silhouette suspecte : bob noir, lunettes de soleil, pantalon blanc, baskets, hoodie noir. La personne dépose le sac sur le perron, puis s’enfuit en courant dès que la famille Ermolaev arrive. On pense d’abord à un homme.

Le 3 juillet, Le Parisien révèle l’identité du suspect : une femme.

Anastasia Berezovska, 39 ans, Ukrainienne, résidant à Francfort. Sur les images, on distingue un tatouage en forme de serpent sur son bras droit. Un signe qui, selon les enquêteurs, la lie au crime organisé. Interpol diffuse une notice rouge — mandat de recherche pour toute l’Europe. Comment a-t-elle fui ? À pied. La France est à deux rues. Elle traverse la frontière, puis on perd sa trace. Les enquêteurs perquisitionnent son domicile à Francfort. Vide. Personne.

Le contexte

Vadim Ermolaev n’est pas un inconnu.

Forbes le classait 45e fortune d’Ukraine en 2021, avec environ 190 millions d’euros de patrimoine. Il a bâti sa fortune dans l’immobilier, puis diversifié dans l’agroalimentaire, la santé, les spiritueux et le vin. Mais il y a un problème. Depuis 2014, la Crimée est sous contrôle russe. Ermolaev y possède des vignes. Il continue d’y faire des affaires, sous pavillon russe. Il continue d’engranger des bénéfices qui, d’une certaine manière, profitent à la Russie. Le pouvoir ukrainien le sanctionne.

Depuis 2019, il a aussi un passeport chypriote. Chypre, destination facile pour les gros patrimoines : un investissement immobilier conséquent, et on obtient un passeport européen. De quoi vivre dans l’UE sans problème. Une photo de lui, publiée par Ukrainska Pravda, le montre devant le casino de Monte-Carlo, au volant d’une Bentley. Tout va bien pour lui.

Mais tout le monde ne lui veut pas du bien. Un homme d’affaires de Dnipro, cité par l’AFP, dit de lui : « Il avait beaucoup d’ennemis. Au point qu’au fil des années, on aurait pu faire une file d’attente de gens prêts à lui tirer dessus. »

Ermolaev est aussi soupçonné d’être lié à des arnaques aux centres d’appel. Des call centers qui dépouillent des personnes crédules en leur promettant des placements au rendement incroyable. Les victimes ne revoient jamais leur argent. Et il y a une autre affaire. Une affaire qui pourrait être liée.

Mi-février 2025, Igor Komarov, 28 ans, fils d’un autre oligarque ukrainien, est enlevé à Bali, en Indonésie. Il circule en scooter à Jimbaran. Une voiture se met à sa hauteur. On l’embarque. Quelques jours plus tard, une vidéo circule : Komarov, déjà mutilé, demande à ses parents de payer une rançon de plusieurs millions. Puis plus rien. Un corps est retrouvé près du lieu de l’enlèvement. Mutilé, démembré. Les tests ADN confirment : c’est lui. Komarov travaillait lui aussi dans le milieu des call centers.

Le traitement judiciaire

Mardi 7 juillet 2025, la police ukrainienne annonce avoir retrouvé le corps d’Anastasia Berezovska.

Elle est dans la région de Kiev. Plusieurs balles dans la tête. Des douilles sont retrouvées près du corps. La police ne précise pas le lieu exact. Dans le même temps, deux hommes sont arrêtés. Le premier est un ancien officier de police ukrainien. Le second est un agent actif du service de renseignement militaire ukrainien — le GUR — toujours en fonction.

Comment les enquêteurs sont-ils remontés jusqu’à eux ? Par les flux d’argent. Berezovska, après avoir fui Monaco, a pris un bus commercial de l’Europe jusqu’à Kiev, le 2 juillet. Sur place, elle a contacté des membres de sa famille, puis ces deux hommes. Eux lui avaient déjà transféré des sommes d’argent, notamment en cryptomonnaie.

Interrogés, les deux suspects reconnaissent les faits. Immédiatement, selon le bureau du procureur de Kiev. Ils affirment avoir agi seuls, de leur propre initiative, sans commanditaire. Le bureau du procureur diffuse des images. Une cave appartenant à l’ancien policier. Des marches de béton, une pièce sans fenêtre. Par terre, un tapis de sol sur du carrelage. Contre le mur, un pied-de-biche et une hache, tachés de sang. La police parle d’une possible salle de torture. On ignore si Anastasia Berezovska y a été conduite.

Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.

Ce que ça dit de la France

Monaco n’est pas la France. Mais Monaco est à deux rues de la France.

La Côte d’Azur, depuis des décennies, attire les fortunes du monde entier. Les oligarques russes, d’abord. Puis les Ukrainiens, après 2022. Le « bataillon Monaco », comme les appelle ironiquement la presse ukrainienne, compte environ quatre-vingts millionnaires. Des hommes d’affaires qui ont prospéré dans l’ex-URSS, souvent dans des zones grises entre business légal, corruption et crime organisé.

La tentative d’assassinat contre Vadim Ermolaev n’est pas un fait divers isolé. C’est le symptôme d’un ancrage profond. Les réseaux criminels ukrainiens — et leurs liens avec les services de renseignement — ne se contentent pas de traverser la frontière. Ils s’installent. Ils opèrent. Ils règlent leurs comptes.

Une femme pose une bombe sur un perron à Monaco. Elle traverse la frontière à pied. Elle prend un bus pour Kiev. Elle est exécutée. Deux hommes sont arrêtés : un ancien policier et un agent du GUR. Le pouvoir ukrainien dément toute implication. Une source gouvernementale citée par Le Parisien évoque un « crime crapuleux lié aux call centers ». Mais comment croire qu’un agent actif du renseignement militaire ukrainien agisse seul, sans commanditaire, pour une arnaque téléphonique ?

Voilà le problème : la porosité entre le crime organisé et les forces de sécurité en Ukraine. Un problème connu, documenté, mais rarement nommé. Un problème que cette affaire expose au grand jour.

Et la France ? La France regarde. La France est voisine. La France est un territoire de transit, de planque, de blanchiment. La Côte d’Azur est devenue une extension du business ukrainien — légal et illégal. Ce n’est pas une erreur de gestion. C’est un système. Et ce système a des noms. Vadim Ermolaev en est un. Anastasia Berezovska en est un autre. Igor Komarov aussi.

Les questions restent sans réponse. Pour l’instant. Mais une chose est certaine : Monaco n’est plus à l’abri. La petite planète du luxe et de la sécurité a été frappée. Et les ondes de choc — de la Côte d’Azur à Kiev, en passant par Bali — ne font que commencer.

Sources :

  • Le Parisien, podcast Code Source, « Qui en voulait au millionnaire ukrainien ? », raconté par Christel Brigodo, 14 juillet 2026
  • AFP, citée dans le podcast
  • Ukrainska Pravda, citée dans le podcast
  • Forbes, classement 2021, cité dans le podcast
  • Bureau du procureur de Kiev, cité dans le podcast
  • Source gouvernementale ukrainienne, citée dans le podcast

📰Source :youtube.com

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