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Tentative d’assassinat, puis OQTF : le double calvaire de Jamila El Biyed

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-07
Illustration: Tentative d’assassinat, puis OQTF : le double calvaire de Jamila El Biyed
© Illustration Le Dossier (IA)

Six coups de couteau. Une survie miraculeuse. L’agresseur écope de vingt-cinq ans de prison. Et pourtant — Jamila El Biyed, la victime, doit quitter la France.

« Ont-ils réellement étudié son cas ? » La question, reprise par Sud Ouest, résume toute l’incompréhension. Selon le média régional, cette quadragénaire marocaine a reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Elle vit aujourd’hui dans le Gers avec sa fille Sanaa, après avoir fui les proches de son ex-mari. Son avocat, Laurent Bruneau, s’apprête à saisir le préfet du Gers pour obtenir une admission exceptionnelle au séjour.

Comment une femme qui a frôlé la mort sous les coups de son époux peut-elle se voir signifier une mesure d’éloignement ? Retour sur une affaire qui interroge le traitement des victimes de violences conjugales par l’administration.

Le 15 janvier 2023, à Agen

Jamila El Biyed est en soirée avec des amis, devant un bar du quartier du Gravier. Son ex-mari, Hicham Bel Hadj, fait irruption. Il la frappe à six reprises avec un couteau. La tentative d’assassinat est d’une violence rare. Pourtant, elle survit.

Les faits sont jugés aux assises de Lot-et-Garonne. Verdict : vingt-cinq ans de réclusion criminelle. Une peine lourde — au-delà même des réquisitions du parquet, précise l’article. La justice reconnaît la gravité extrême des actes. Hicham Bel Hadj est derrière les barreaux. Pour Jamila, le calvaire judiciaire se termine. Mais un autre commence.

Un parcours marqué par les ruptures

Orpheline, Jamila El Biyed grandit au Maroc, ballottée entre plusieurs familles d’accueil. En 2016, elle rencontre son futur époux. Ensemble, ils quittent le Maroc pour la France, s’installent à Agen, puis partent en Italie. C’est là que les violences conjugales débutent.

Sous emprise, elle finit par fuir avec sa fille. Elle revient en Lot-et-Garonne, dans l’Albret, où vivent certains de ses proches. Mais la menace ne disparaît pas. Son ex-mari la retrouve. Le drame du 15 janvier 2023 est l’aboutissement d’un cycle de violences que la justice a finalement sanctionné.

Malgré cette reconnaissance judiciaire, sa situation administrative reste précaire. Résidant en France depuis plusieurs années, elle n’a pas de titre de séjour stable. L’administration a choisi la voie de l’éloignement.

Une OQTF qui suscite l’incompréhension

La décision est tombée : une obligation de quitter le territoire français. L’avocat de Jamila, Me Laurent Bruneau, ne décolère pas. Il s’interroge publiquement : l’administration a-t-elle vraiment pesé la situation de sa cliente ? La citation mise en avant par Sud Ouest — « Ont-ils réellement étudié son cas ? » — traduit un sentiment d’injustice partagé par ses proches.

Dans les prochains jours, Me Bruneau saisira le préfet du Gers. Il demandera une admission exceptionnelle au séjour, un recours prévu par le CESEDA. L’issue est incertaine.

Selon Sud Ouest, Jamila et sa fille vivent désormais dans le Gers, loin de l’Albret où se trouvent les proches de son ex-mari. Une nécessité de sécurité qui complique son quotidien. Elle doit reconstruire sa vie après un traumatisme, mais aussi après une décision administrative qui la renvoie vers un pays qu’elle a quitté depuis des années.

Une peine exemplaire, une procédure parallèle

Au plan judiciaire, l’affaire semble close. La cour d’assises de Lot-et-Garonne a condamné Hicham Bel Hadj à vingt-cinq ans de réclusion. Les jurés sont allés au-delà des réquisitions. La tentative d’assassinat est reconnue dans toute sa gravité.

Mais la justice pénale et le contentieux administratif des étrangers avancent en parallèle, sans se coordonner. L’OQTF ne remet pas en cause la condamnation de l’agresseur. Elle oppose à la victime un autre obstacle : son absence de titre de séjour régulier.

Le droit français prévoit pourtant des protections pour les victimes de violences conjugales — carte de séjour temporaire « vie privée et familiale », admission exceptionnelle au séjour. Mais l’application concrète dépend de chaque préfecture. Et comme le montrent de nombreux cas, ces protections sont loin d’être automatiques.

Ce que cette affaire dit de la France

Ce fait divers n’est pas isolé. Il révèle une tension profonde entre deux logiques : la protection des victimes et la rigueur des politiques d’éloignement. Jamila El Biyed n’est ni une délinquante ni une menace pour l’ordre public. C’est une survivante. Pourtant, l’administration la traite comme une immigrée en situation irrégulière, sans considération pour le drame qu’elle a vécu.

Symptôme d’une mécanique aveugle ? Les agents qui instruisent les OQTF ont-ils accès à l’intégralité de la situation personnelle ? Lisent-ils les jugements des cours d’assises ? La question posée par l’avocat résonne comme une accusation.

Il y a aussi une inégalité territoriale. Le Gers, département rural, n’a pas les mêmes ressources associatives que les grandes métropoles. L’accompagnement des victimes étrangères de violences conjugales y est sans doute moins développé. L’issue de la demande d’admission exceptionnelle au séjour dira si la préfecture sait prendre en compte la vulnérabilité extrême de Jamila.

Une femme a échappé de justesse à la mort. L’auteur est condamné à une lourde peine. Mais la victime, elle, doit encore se battre pour rester sur le territoire où elle s’est réfugiée. La peine n’a pas suffi. La protection promise par l’État semble conditionnelle.

Les prochains jours seront décisifs. Me Laurent Bruneau doit déposer un recours auprès du préfet du Gers. Si celui-ci refuse, Jamila pourrait être contrainte de quitter la France avec sa fille, vers un pays où elle n’a plus d’attaches solides et où son agresseur — même emprisonné — conserve peut-être des proches.

Une question demeure : dans quel État de droit protège-t-on mieux la victime que le coupable ? Les faits, eux, sont là. La machine administrative tourne encore. Espérons qu’elle sache s’arrêter.

Cet article a été rédigé à partir d’un unique article de Sud Ouest (Élodie Viguier, 7 juillet 2026). Toutes les informations factuelles, citations et chronologies proviennent de cette source. Aucun autre média n’a, à ce jour, confirmé ou complété ces éléments.

📰Source :youtube.com

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