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Faits diversÉpisode 18/12

Maurice Boiteux : le neveu qui a tenté d'assassiner sa tante pour 200 000 euros

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-28
Illustration: Maurice Boiteux : le neveu qui a tenté d'assassiner sa tante pour 200 000 euros
© YouTube

Le 28 janvier 2015, la cour d'assises d'Angers vit un moment rare. Un accusé se lève. Il plaide coupable. Et il réclame la perpétuité.

« Un homme comme moi mérite de finir sa vie en taule », déclare Maurice Boiteux, 67 ans, devant une salle médusée. Selon la vidéo, il répète à de nombreuses reprises qu'il veut « payer pour sa faute ». Il est dans « le remords, dans le regret », d'après les témoignages rapportés.

Ce notable des Vosges, surnommé « Bebel » en référence à Belmondo, a tenté d'assassiner celle qu'il aimait le plus au monde : sa tante, Yvette Julien, 94 ans.

23 juillet 2012, 16 heures. Maurice Boiteux prend la route.

Il va parcourir 600 kilomètres jusqu'à Douai-la-Fontaine, dans le Maine-et-Loire — un paisible village où habite sa tante. Son plan initial est simple : surprendre la vieille dame dans son sommeil et la faire tomber de son lit. Une chute accidentelle, comme celle survenue quatre ans plus tôt, en 2008. Yvette Julien était alors restée longtemps au sol avant qu'on vienne la secourir.

« Son plan initialement c'était de la faire chuter au sol et par le choc de la tête sur le sol entraîner le décès », explique la source.

Mais le scénario dérape. La tante se réveille. La lumière s'allume. Elle sort de sa chambre. Maurice se précipite à la cave pour se cacher. Il regarde sur le côté gauche. Un casier à bouteilles. Cinq bouteilles sont présentes. Il s'en saisit d'une.

Il remonte. Sa tante est de dos. Il la prend par l'épaule, la tire vers lui. Il lui donne un premier coup sur le crâne — « avec une violence absolument incroyable », selon la vidéo.

Yvette Julien s'effondre dans une mare de sang. Maurice pense qu'elle est morte.

Alors il maquille la scène en cambriolage : il ouvre une armoire, un tiroir, renverse le bureau, renverse la petite boîte à bijoux. Il replace la bouteille de vin, l'arme du crime, dans la cave, au même endroit. Et il prend une dernière précaution — il enlève le collier d'alarme que sa tante porte autour du cou. Un bouton pression qui permet d'appeler les secours. « Elle l'avait toujours, toujours sur elle, sous sa chemise », raconte l'aide-ménagère.

Une heure du matin. Maurice Boiteux quitte la maison. Il change de chaussures, met ses baskets dans un sac plastique. Il reprend la route. Sur une aire d'autoroute, il se débarrasse de ses affaires tachées de sang et du collier. Au petit matin, il rentre chez lui. À 8 heures, comme chaque jour, il se rend à son tennis club. Il joue un match avec un ami. Il perd. « Ce qui ne lui était quasiment jamais arrivé », précise la source.

Yvette Julien n'est pas morte. Un miracle.

Ce même 24 juillet 2012, à Douai-la-Fontaine, Chantal Pathé, aide-ménagère, arrive comme chaque jour à 8 heures au domicile d'Yvette Julien. Elle remarque quelque chose d'inhabituel : les volets sont fermés. La vieille dame se lève toujours tôt.

Chantal Pathé possède un jeu de clés. Elle entre. Elle appelle : « Madame Julien, Madame Julien ». Pas de réponse. Dans la cuisine, elle découvre un spectacle effroyable : Yvette Julien est au sol, le visage contre le carrelage, dans son sang.

« J'aurais reçu un seau d'eau sur la tête, ça m'aurait pas fait pire », déclare l'aide-ménagère.

Contrairement à ce que croyait Maurice Boiteux, sa tante respire encore. « Le cœur peut s'arrêter d'une seconde à l'autre », selon les médecins. Yvette Julien est transférée à l'hôpital d'Angers. Pronostic vital engagé.

L'adjudant Touché remarque des détails qui clochent.

Sur les lieux, il voit tout de suite que la carte bleue est encore là, le chéquier à sa place. Certains bijoux n'ont pas été dérobés. Rien n'a disparu — sauf un élément essentiel : le collier d'alarme.

« Ce collier-là, il ne s'en débarrasse jamais », explique l'aide-ménagère. « Il n'a aucune valeur marchande. Il ne peut pas servir et il ne peut pas être revendu. »

L'analyse des projections de sang confirme les soupçons : les traces sont à une hauteur maximale de 50 centimètres. « La plupart des coups avaient été donnés alors que la victime n'était déjà plus en mouvement », selon les enquêteurs. Donc sur une personne inerte au sol.

Ce n'est pas un cambriolage. C'est une tentative d'assassinat.

Qui pouvait en vouloir à cette vieille dame sans histoire ?

Yvette Julien est veuve depuis plus de vingt ans. Elle n'a jamais eu d'enfant. Sa seule famille : un neveu, Maurice Boiteux, qui habite à l'autre bout de la France. « Pour Madame Julien, Maurice ça devait être le fils qu'elle n'a pas eu », confie une proche.

Lorsque madame Robin, une autre aide-ménagère, appelle Maurice pour lui annoncer l'agression, il fait celui qui ne sait rien. « Il est resté muet au bout du fil. Un petit moment, quelques secondes », raconte-t-elle.

Les gendarmes déploient des moyens exceptionnels : 12 hectares de périmètre, plus de 770 maisons visitées, 880 personnes interrogées. Aucune empreinte exploitable. Aucune trace. Puis un détail attire leur attention : toutes les issues étaient verrouillées. Aucune trace d'effraction. « C'est vraiment quelqu'un qui avait les clés pour faire ça », concluent les gendarmes.

Sept jeux de clés circulent dans l'entourage d'Yvette Julien. Les enquêteurs interrogent tout le monde : les femmes de ménage, la voisine, le jardinier. Un par un, les noms sont barrés. « Il n'y en a plus qu'un, c'est Maurice Boiteux, c'est le neveu », résume la source.

Étrange coïncidence : une semaine avant le drame, Maurice avait demandé à sa tante de lui faire faire un jeu de clés. « Il n'en a pas », avait-il laissé entendre.

30 juillet 2012. Maurice Boiteux est auditionné.

Il est effondré, rongé par le chagrin. Il a perdu dix kilos. « Limite presque en dépression », selon les enquêteurs. Il explique que sa tante est tout pour lui. Il a perdu sa mère adolescent. C'est elle qui l'a élevé. « C'est ma mère de substitution », dit-il. Il l'appelle tous les jours, entre 15 et 16 heures — les relevés téléphoniques le confirment.

Mais les enquêteurs ne lâchent pas. Ils étudient la téléphonie de son alibi, Malik, un ancien employé. Maurice affirme avoir joué au tennis avec lui l'après-midi du crime. Les relevés téléphoniques de Malik racontent une autre histoire : entre 16 heures et 19 heures, Malik était au téléphone. Chez lui. Il ne pouvait pas être sur la route avec Maurice.

Neuf mois après l'agression, Maurice Boiteux et Malik sont placés en garde à vue. Malik craque immédiatement. « Je m'excuse, j'ai menti », déclare-t-il. « Maurice m'a dit que sa tante avait été agressée, que ce jour-là, il était chez lui. Il m'a demandé de dire que je l'avais vu. »

Maurice Boiteux est confronté aux aveux de son employé. Il résiste. Puis les enquêteurs évoquent les conséquences sur sa femme, également en garde à vue. « Il ne faut pas toucher la famille », dit-il. Il craque. Ses aveux remplissent trente-quatre pages. « J'ai voulu l'attaquer, lui porter des coups et faire croire que c'était un cambriolage », confesse-t-il. « Je l'ai faite tomber par terre, je l'ai assommée. Après je suis reparti, je croyais qu'elle était morte. »

Pourquoi ce notable apprécié, cet homme « séduisant » qu'on compare à Belmondo, a-t-il tenté de tuer sa tante adorée ?

L'argent. — oui, vous avez bien lu.

Maurice Boiteux est endetté. Selon la source, il dépense entre 100 000 et 160 000 euros par an pour 40 000 euros de revenus. Il est le légataire universel de sa tante. Et le bénéficiaire d'une assurance vie de 200 000 euros.

Le livre de comptes d'Yvette Julien révèle l'ampleur des dettes : 400 000 francs en 2001, 11 000 euros en 2005. Au total, plus de 70 000 euros non remboursés.

« J'aurais eu la maison que j'estime à 150 000 euros », déclare Maurice aux enquêteurs. « J'avais trop besoin d'argent. Je n'avais plus de solution. J'étais perdu. » Il dira même, selon la source, que sa tante « avait fait son temps ».

Les enquêteurs ébahis écoutent Maurice révéler toutes les ficelles de son plan.

Un plan qui lui a permis de tenir en échec les gendarmes pendant des mois. Il a laissé son téléphone portable à son domicile pour éviter de déclencher des bornes relais. Il n'a pas activé son GPS. Il a maquillé ses plaques d'immatriculation avec du sparadrap noir avant chaque péage — et après. Il a payé en liquide, carburant et péages, pour ne laisser aucune trace bancaire.

Il s'est déguisé en joggeur : sweat à capuche, jogging, baskets. Arrivé à 500 mètres du domicile de sa tante, il a couru jusqu'à chez elle. « Un homme qui fait un jogging à la nuit tombée en plein été, cela n'éveille pas les soupçons », explique la source.

« Son défaut c'est peut-être d'avoir voulu trop bien faire et d'avoir voulu forcer son alibi », analyse l'adjudant Touché. « C'est un crime presque parfait, s'il ne fait pas rentrer Malik dans la boucle. »

28 janvier 2015. La cour d'assises du Maine-et-Loire s'ouvre.

L'ambiance est « très particulière », selon la source. « Il est extrêmement rare que les victimes soient vivantes. »

Le troisième jour, le face-à-face tant attendu a lieu. Yvette Julien s'avance à la barre sur son fauteuil roulant. Le silence se fait dans la cour d'assises. Elle cherche son neveu du regard. Elle lui fait un geste de la main. « Maurice », crie-t-elle.

« Tati, Tati », répond Maurice Boiteux, la main tendue.

Il lui demande pardon. Elle lui répond : « Je te pardonne. »

Mais le pardon de la victime ne suffit pas. Après trois heures et demie de délibéré, la cour prononce l'arrêt : Maurice Boiteux est condamné à vingt années de réclusion criminelle.

Dans la salle, c'est terrible. Ça pleure. Ça hurle. Les filles de l'accusé hurlent leur douleur. La présidente indique à Maurice Boiteux qu'il a dix jours pour faire appel. Immédiatement, il répond : « Je ne ferai pas appel. »

Maurice Boiteux est toujours incarcéré à la maison d'arrêt d'Angers. Sa tante, Yvette Julien, se remet lentement de ses blessures dans une maison de retraite d'Angers.

Une question, pourtant, reste en suspens. Que serait-il arrivé si Chantal Pathé, l'aide-ménagère, n'avait pas remarqué les volets fermés ce matin-là ? Si elle n'était pas entrée ? Si Yvette Julien était morte, seule, dans sa cuisine ?

Maurice Boiteux aurait hérité. Et personne n'aurait jamais su.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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