Système Epstein : la France enterre 1 000 corps par an sans enquête

Alain Boer, professeur émérite de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers, vient de publier Enquête sur l'affaire Epstein, la vérité sur le système Epstein (First Editions). Son diagnostic est sans appel. Nous vivons dans un système de systèmes. Et chaque jour, la France en paie le prix.
60 000 disparitions, 1 000 corps sous X : le trou noir judiciaire
Regardez les chiffres. Ils donnent le vertige. 60 000 personnes disparaissent chaque année en France. 10 000 disparitions sont considérées comme inquiétantes. Et 1 000 corps sont enterrés sous X. Chaque année. Sans nom. Sans famille. Sans enquête.
Boer lâche la bombe : « Je peux vous dire qu'il y a le plus grand serial killer de France qui tue 1 000 personnes par an depuis toujours et que personne n'en sait rien. »
Pourquoi ? Parce que la loi oblige à des prélèvements ADN sur les corps non identifiés. Mais personne n'oblige à les analyser. Les prélèvements dorment dans des tiroirs. Les familles attendent. Les victimes restent anonymes. « Nous avons des trous dans la raquette, des défaillances de nos systèmes, même les plus basiques, les plus simples, les plus invraisemblables », ajoute-t-il.
Un trou noir judiciaire — qui n'a rien d'accidentel. Il est structurel. Il permet à des prédateurs d'agir sans être inquiétés. Et il rappelle étrangement les méthodes du réseau Epstein : invisibilité des victimes, absence de traçabilité, complicité passive des institutions.
Pendant ce temps, Liana, 11 ans, a disparu depuis quatre jours dans le Gers. 180 gendarmes et policiers ratissent les bois. Un hélicoptère bourdonne. Des pêcheurs, des randonneurs, des habitants aident les enquêteurs. Des objets ont été retrouvés — en cours d'analyse. Le colonel prévient : « Cela n'a peut-être rien à voir. » Boer rappelle la règle des 48 heures du FBI : au-delà, les chances de retrouver un enfant vivant s'effondrent. Chaque minute compte. Et pourtant, le système continue.
Signalement ignoré : l'école a fermé les yeux en 2021
Un homme est en détention provisoire depuis hier. Mis en examen pour violences sexuelles sur mineure. Révélation de BFM TV : en 2021, il travaillait dans un établissement scolaire. Un signalement pour « comportement inapproprié avec une élève » avait été déposé. Une procédure disciplinaire a été lancée. Il n'a pas été reconduit à son poste. Fin de l'histoire.
Cinq ans plus tard, il est mis en examen. Entre-temps, combien d'autres victimes ? « On le voit bien dans les phénomènes de révélation entre l'affaire Bétharram et le périscolaire, que ce soit le privé ou le public, explique Boer. Il y a eu un refus de prendre en compte la parole des enfants, de ne pas les croire, de ne pas chercher à savoir, de ne pas vérifier les antécédents de ceux qui s'en occupent. »
Les affaires explosent partout. L'affaire Pelicot. Les affaires dont on parle aujourd'hui. « C'est des milliers de petites affaires Epstein qui grossissent peu à peu », dit le criminologue. Et de conclure : « Nous avons un problème d'acceptation du réel, de la prédation sexuelle. »
Qui a signé les décisions de ne pas poursuivre en 2021 ? Qui a protégé l'institution plutôt que les enfants ? Silence.
Émeutes PSG : 178 blessés, des peines avec sursis, et des politiques qui jouent au pompier pyromane
Samedi dernier, le Paris Saint-Germain remporte la Ligue des Champions. La fête dégénère. 178 policiers et gendarmes blessés. Des scènes de chaos dans Paris et ailleurs. Depuis trois jours, la classe politique se déchire sur le diagnostic et les solutions.
Les premières condamnations tombent mardi. Une vingtaine de comparutions immédiates. Les peines ? Annis, 41 ans, père de deux enfants en état de récidive : 6 mois avec sursis probatoire. Pas un jour en prison. Ma, 44 ans : 12 mois de prison dont 6 avec sursis. Pas de mandat de dépôt. Jérémy F., 18 ans, étudiant en BTS : 105 heures de travail d'intérêt général. Hug, 23 ans, étudiant en master de mathématiques, interpellé avec un casque sur la tête en train de tirer des mortiers : 4 mois avec sursis.
Jordan Bardella s'indigne : « Il semble qu'aucun des casseurs pilleurs n'ira effectivement en prison. » Bruno Retailleau et Sébastien Lecornu proposent des solutions : reconnaissance faciale en temps réel, prélèvement sur les prestations sociales pour les casseurs.
Boer étrille cette comédie : « La justice applique la loi que les parlementaires votent. Ils oublient souvent qu'ils votent des lois dont ils ne se rendent pas compte des effets secondaires. » Et de fustiger les commissions d'enquête lancées quinze ans après les faits. « Demandez aux agents de terrain, aux policiers, aux gendarmes comment ça fonctionne. Une commission d'enquête avant, pas après. Ensuite, votez une loi acceptable, compatible et fonctionnelle. »
Le problème, selon lui, est plus profond. « En France, on ne sait pas négocier. L'État et la société ne négocient pas. Ils se confrontent. » Et de citer les gilets jaunes : des gens qui n'avaient jamais manifesté, ignorés par le système, qui ont choisi la violence faute d'écoute. « Une fois que ça a beaucoup cassé, tout le monde a tout lâché. Nous fonctionnons à l'envers. »
Les propositions fleurissent. Reconnaissance faciale en temps réel. Prélèvement sur les prestations sociales. Boer les remet en perspective : le code pénal prévoit déjà des dommages et intérêts. La loi sur les attroupements existe. Le problème n'est pas l'absence de textes. C'est leur application. Et leur efficacité.
Loi anticasseur : un monstre du Loch Ness qui ressort à chaque émeute
Sébastien Lecornu annonce une loi anticasseur d'ici l'été. Un classique. À chaque vague de violences urbaines, la même promesse. Boer ironise : « Le monstre du Loch Ness de la loi anticasseur ressort régulièrement puis disparaît faute de capacité à dire qu'il y a une responsabilité collective. »
Sa solution ? La loi olympique. Adoptée pour les Jeux de Paris 2024. Contrôles préventifs, interdictions de présence, filtrages aux entrées de la capitale. Résultat : zéro drame majeur pendant les JO. « Il faut rétablir tout le dispositif », dit-il. Et séparer les trois catégories de personnes : les supporters, les ultras, et les casseurs. « Les casseurs n'aiment que la violence. Il faut arrêter de mélanger tout le monde. »
Le dimanche après la victoire, la démonstration inverse a eu lieu : un encadrement strict, un bus qui traverse Paris, des fans zones — zéro violence. « La preuve que quand on veut prendre les moyens, on peut. »
Mais la France préfère les effets d'annonce aux solutions éprouvées. Les parlementaires votent des lois qu'ils ne comprennent pas. Les juges appliquent. Les victimes — policiers, commerçants, citoyens — trinquent.
Le système Epstein : 3,5 millions de documents, 11 plaintes en France, et un réseau qui dépasse tout
J'en viens au livre d'Alain Boer. « Ce n'est pas un livre de plus, c'est le premier livre d'après les 3,5 millions de documents », insiste-t-il. Avant, il y avait des ouvrages sur des morceaux de l'affaire. Notamment celui de Julie K. Brown, la journaliste de Miami qui a tout révélé. Mais personne n'avait encore synthétisé l'ensemble des documents libérés en janvier 2024 par le département de la Justice américain.
3,5 millions de pages. Caviardées en partie par Pam Bondi, l'ancienne ministre de la Justice de Trump, qui dit : « On s'est peut-être trompé, on aurait peut-être pas dû en caviarder autant. » Boer a épluché ces documents. Et découvert, en mars 2024, quatre appartements secrets d'Epstein à Londres. « Des lupanards », dit-il. Et d'autres en France.
Le réseau Epstein n'est pas qu'une affaire de prédation sexuelle. « C'est un système de systèmes », explique Boer. Un prédateur sexuel, oui. Mais aussi un agent de renseignement, un intercesseur, un demi-mondain. Des victimes devenues complices. Des politiciens, des magistrats, des procureurs, des scientifiques, des médecins. « Des gens à qui on aurait donné le bon Dieu sans confession se sont ligués pour que tout soit caché. »
Les ramifications françaises sont réelles. Jean-Luc Brunel est mort en prison en 2022 — suicide officiel. Les caméras se sont éteintes. Les rondes ont été manquées. Comme pour Epstein en 2019. Boer : « Quand vous cumulez : suicide déjà tenté, surveillance, caméra en berne, gardiens qui oublient de faire la ronde... Vous dites : la faute à pas de chance ? Ça délimite. »
Depuis février et mai 2024, le procureur de Paris a recueilli 11 nouvelles plaintes de victimes françaises. D'autres complices émergent : architectes, photographes, artistes. « C'était à l'insu de leur plein gré », ironise Boer. Et de conclure : « Nous n'avons pas encore tout découvert. Ce livre est fait pour que nous acceptions de savoir. »
Une question reste en suspens : Donald Trump est-il impliqué ? Boer répond sans complaisance : « Il y a une plainte spécifique le concernant. Elle n'a ni avancé, ni abouti. Il n'a jamais été condamné au pénal pour ce type de sujet. Au civil seulement. »
Alors, que savons-nous vraiment ? Que le système Epstein — prédation, trafic d'armes, blanchiment, renseignement — a fonctionné pendant des décennies sous les yeux des autorités américaines et françaises. Que les documents continuent de sortir. Que les victimes continuent de témoigner. Que la machine à cacher, elle, fonctionne encore.
Leçons françaises : quand le système Epstein devient une méthode
Prenons du recul. Les failles françaises que Boer dénonce — disparitions non élucidées, signalements ignorés, violences urbaines traitées à coups de lois bricolées, impunité des prédateurs — sont les mêmes qui ont permis au réseau Epstein de prospérer. « Ce sont des systèmes de systèmes », répète-t-il.
1 000 corps sous X chaque année. 60 000 disparitions. Un homme signalé en 2021 dans une école, puis mis en examen en 2026. Des émeutes qui font 178 blessés et des peines avec sursis. Des politiques qui promettent des lois anticasseur sans jamais consulter les agents de terrain. Et, en parallèle, un réseau mondial de prédation et de corruption qui a utilisé Paris comme plaque tournante.
Regardons les faits. La France ne manque pas de lois. Elle manque de volonté. De continuité. D'écoute. « Nous avons un problème d'acceptation du réel », dit Boer. Et ce réel, c'est que le système Epstein n'est pas une exception américaine. C'est un modèle. Un modèle qui, chaque jour, trouve en France un terrain fertile.
Où est l'argent ? Qui protège les prédateurs ? Pourquoi les prélèvements ADN ne sont-ils pas exploités ? Pourquoi les signalements scolaires restent-ils lettre morte ? Les réponses sont dans les archives. Dans les plaintes. Dans les documents caviardés. Et, peut-être, dans les prochains épisodes de ce dossier.
Le Dossier continuera d'enquêter. Parce que la vérité — comme le dit Boer — n'est pas un luxe. C'est une nécessité.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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