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JusticeÉpisode 8/22

Society dévoile l'horreur Epstein à Paris : le piège français du prédateur

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-10
Illustration: Society dévoile l'horreur Epstein à Paris : le piège français du prédateur
© YouTube

Epstein a jeté son dévolu sur Paris dès les années 1980

Pourquoi Paris ? Pourquoi pas Londres, Berlin ou Milan ? La question taraude les enquêteurs depuis des années. Epstein vient dans la capitale française dès les années 1980. Il aurait pu s'établir ailleurs. Il a choisi la France.

« Ce n’est pas un choix anodin », explique E.Andreani, journaliste cosignataire de l'enquête, sur le plateau de C dans l'air. Paris est la place forte de la mode. Les agences de mannequins y pullulent. Et avec elles, des circuits parallèles où des hommes riches, souvent plus âgés, croisent des jeunes filles de 18 ans à peine.

CBS avait déjà mis le doigt sur une réalité sordide dans les années 1980 : énormément de mannequins se font agresser à Paris. Epstein a lu le terrain. Il a vu un vivier. Des proies faciles, isolées, loin de leur famille, souvent sans papiers ou sans soutien. Des dîners obligatoires où l'on asseyait les jeunes femmes à côté d'hommes qui comptaient en profiter.

« J.Epstein a choisi Paris à cause de ça », assène Andreani.

Un choix froid. Calculé. Et terriblement efficace.


L’appartement de l’avenue Foch : un décor pour deux mondes

L'appartement parisien d'Epstein se trouve avenue Foch, l'une des artères les plus chics de Paris. Society en livre une description précise grâce aux éléments de perquisition obtenus après huit mois de travail.

Deux parties distinctes. D'un côté, un salon d'apparat de quatre mètres de hauteur sous plafond, décoré avec un mauvais goût ostentatoire. Des œuvres d'art. Des photos érotiques dans chaque pièce — certaines plus chargées que d'autres. De l'autre côté, la partie privée : la salle de massage.

« Ça dit déjà son mauvais goût », ironise Andreani.

Mais ce qui frappe, c'est l'organisation spatiale. Tout est pensé pour cloisonner. La salle de massage est séparée des espaces de réception. Les invités ne voient que le luxe. Les victimes, elles, traversent le décor pour atteindre l'antre.

Les photos de la perquisition montrent un lieu où l'obsession pour les jeunes femmes est exhibée sans pudeur. Dans la partie privée, elle devient écrasante. — Et pourtant, personne n'a rien vu.


Le majordome a parlé. Enfin.

Le témoignage clé du premier volet, c'est celui du majordome d'Epstein. Un homme qui a assisté au défilé de femmes parfois très jeunes dans cet appartement. Et qui avait des consignes strictes.

Ne pas parler aux invités. Ne jamais entrer dans la pièce quand elles sont avec Epstein. Ne jamais poser de questions.

Pendant des années, il a obéi. Il a vu. Il a su. Il s'est tu.

« Son témoignage permet de comprendre à quel point J.Epstein a calculé son système de prédation », raconte Andreani.

Epstein avait été condamné une première fois en 2008 pour l'affaire de Palm Beach, impliquant des mineures. À partir de là, il a tout revu. Il a renforcé le cloisonnement. Il a imposé des règles absolues à son personnel. Il a fait en sorte que personne — pas même son majordome — ne puisse témoigner de ce qui se passait dans la salle de massage.

Résultat : pendant onze ans, il a continué à faire des victimes sans être dénoncé. Ni son entourage, ni le majordome, ni les victimes elles-mêmes n'ont parlé.

« Ça a fonctionné », lâche la journaliste.

Un silence organisé. Une machine à broyer. Voilà.


Inès et Svetlana : des esclaves surdiplômées

L'enquête donne la parole à deux victimes françaises. Inès, d'abord. Une jeune femme diplômée en finances. Ambitieuse. Intelligente. Elle se qualifie elle-même d'« esclave » d'Epstein.

Comment une fille comme elle tombe dans un tel piège ?

« C’est l’exemple type d’une forme de manipulation et d’emprise psychologique », répond Andreani.

Epstein jouait sur plusieurs leviers. Il faisait miroiter des stages à Wall Street. Il exhibait ses photos avec Bill Clinton, Bill Gates, Donald Trump, le pape. Un étalage de pouvoir. « Si vous êtes une jeune Française qui ne connaît pas les us et coutumes aux États-Unis, on se dit que c’est génial », explique la journaliste. « Je vais accéder à des sphères auxquelles je n’aurais jamais eu accès sans lui. »

Svetlana, elle, a passé dix ans aux côtés d'Epstein. Elle aussi est surdiplômée — beaucoup plus diplômée que la moyenne. Pourtant, elle est restée. Pourquoi ?

Le grooming. Une phase longue, subtile, où Epstein brisait peu à peu ces femmes. Il jouait au mentor, au père qu'elles n'avaient jamais eu. Il entrait dans leur tête. Il devenait leur référent unique.

« Ça met des années. C’est subtil », insiste Andreani.

Des femmes intelligentes, avec un cadre familial, peuvent être manipulées. Epstein était « très fort ». Et très dangereux. — Vraiment très dangereux.


La peur dans les yeux : le rituel des viols

Tous les témoignages de viols recueillis par Society sont identiques. Epstein demandait aux jeunes femmes de se dévêtir. Puis il se masturbait devant elles.

« Il aime regarder la peur dans leurs yeux », rapporte Andreani. « Qu’elles soient soumises et terrifiées. Et surtout, la surprise. »

Ce n'est pas une relation sexuelle classique. C'est un spectacle de terreur. Plus les proies sont jeunes, plus elles ont peur. Plus il a besoin de nouvelles victimes.

Une journaliste sur le plateau évoque pudiquement une hypothèse anatomique — la forme de son sexe. Andreani coupe court : « La question de l’anatomie n’explique rien. Elle n’explique pas les agressions. »

L'interrogatoire diffusé d'Epstein montre qu'il réagissait mal à ce genre de questions. Mais les faits sont là : des dizaines de femmes décrivent la même scène de masturbation. Un rituel d'humiliation et de domination. — Rien de plus.


Macron a minimisé : « une affaire américaine » ?

Interrogé sur l'affaire Epstein, le président de la République française, Emmanuel Macron, avait déclaré : « Cette affaire concerne surtout les États-Unis d’Amérique. » Certes, il a reconnu que des personnalités françaises sont citées, mais il a renvoyé la responsabilité à la justice américaine.

Andreani corrige : « C’est une affaire américaine car il est américain, mais ce n’est pas aller loin dans l’analyse. »

Epstein vient à Paris depuis les années 1980. Il y a organisé son système. Il y a recruté. Il y a agressé. La capitale française était un rouage central de son dispositif. Les dîners, les agences, les circuits parallèles — tout cela existait avant lui, et il en a profité.

Pourquoi ce déni ? Pourquoi minimiser l'implication française ?

Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.


Onze ans de silence organisé

L'enquête de Society a duré huit mois. Mais la réalité qu'elle met au jour dépasse l'entendement. Epstein recrutait de façon simultanée à Paris, New York, Palm Beach. Il tenait captives des femmes sur trois continents. Il entretenait des relations toxiques par mail, manipulait à distance, se faisait ramener des proies par des rabatteurs.

« Quand on se plonge dans les dates avec minutie, on se dit que c’est dingue », confie Andreani.

Ses secrétaires organisaient ses rendez-vous. Tout était chronométré. Une organisation quasi industrielle.

Et pourtant, personne n'a parlé pendant onze ans. Ni les victimes, ni le majordome, ni les proches. La peur. La honte. L'emprise. Epstein avait tout verrouillé.

Le second volet de l'enquête sort le 21 mai 2025. Que contient-il ? De nouvelles révélations, promet Society. Peut-être des noms, des circuits financiers, des complicités institutionnelles.

En attendant, un message d'espoir : la libération du journaliste C.Gleizes, emprisonné en Algérie, pourrait être facilitée par le dégel diplomatique entre la France et Alger. Ses parents ont renoncé au pourvoi en cassation. Une grâce présidentielle est espérée.

Mais l'horreur Epstein, elle, reste béante.


Sources :

  • Society – premier volet de l'enquête « Epstein, ce que vous n'avez jamais lu » (mai 2025)
  • Témoignages du majordome d'Epstein, d'Inès et de Svetlana (recueillis par Society)
  • Éléments de perquisition de l'appartement avenue Foch
  • Reportage CBS des années 1980 sur les agressions de mannequins à Paris
  • Interrogatoire diffusé de Jeffrey Epstein
  • Déclaration d'Emmanuel Macron sur l'affaire Epstein (2025)
  • Entretien d'E.Andreani sur C dans l'air (France 5, 2025)

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📰Source :youtube.com

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