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PolitiqueÉpisode 18/4

Affaire libyenne : sept ans requis contre Sarkozy – le parquet ne lâche rien

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-13
Illustration: Affaire libyenne : sept ans requis contre Sarkozy – le parquet ne lâche rien
© Illustration Le Dossier (IA)

Sept ans. Trois cent mille euros. Cinq ans sans pouvoir se présenter. Le parquet général n’a pas fait dans la dentelle, mercredi 13 mai 2026, dans le réquisitoire du procès en appel de l’affaire libyenne. Nicolas Sarkozy comparaît depuis près de deux mois devant la cour d’appel de Paris. Il a entendu les réquisitions. Il les connaissait déjà : en première instance, en 2023, les juges l’avaient condamné à la même peine. Mais cette fois, la pression monte d’un cran. Les magistrats ont parlé de « mensonge » et exigé des sanctions « à la hauteur de la gravité des faits ».

Sept ans, 300 000 euros, cinq ans d’inéligibilité — le chiffre qui tue

Le parquet général a réclamé, mercredi 13 mai, une peine de sept ans d’emprisonnement, 300 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité. La source ? Franceinfo, qui a suivi l’audience minute par minute. L’ancien chef de l’État comparait en appel pour le financement présumé de sa campagne de 2007 par le régime de Mouammar Kadhafi. Ce n’est pas une première. En 2023, les juges l’avaient déjà condamné. Il a fait appel. La cour d’appel de Paris examine le dossier depuis janvier 2026. Un chiffre frappe : 4 562 900 affaires sont arrivées au parquet en 2025, d’après les statistiques officielles du ministère de la Justice. Parmi elles, 1 930 369 comportaient au moins une personne mise en cause. Le taux de réponse pénale atteint 87,8 %. Nicolas Sarkozy fait partie des 664 768 personnes que la justice a poursuivies devant une juridiction de jugement l’an dernier. Mais lui n’est pas un justiciable ordinaire. C’est l’ancien président de la République. Et le parquet le traite comme tel : sans indulgence. « C’est le mensonge que vous sanctionnerez », a lancé l’un des représentants du ministère public devant la cour, selon Le Monde. Une phrase qui en dit long sur l’état d’esprit des magistrats. Ils ne croient pas un mot de la défense de Sarkozy. Et ils le font savoir.

Le mensonge comme fil conducteur

Nicolas Sarkozy a toujours nié. Devant les juges, il a répété qu’il n’avait jamais reçu un centime de Kadhafi. Il a évoqué « les services rendus à la France » et « une carrière politique extraordinaire » — Le Monde a rapporté ces citations. La défense a tenté de transformer le procès en règlement de comptes politique. Elle a parlé de partialité, de manipulation, de témoins achetés. Et pourtant. Les preuves matérielles s’accumulent. Des notes manuscrites du régime libyen, des transferts suspects via des intermédiaires, des témoignages d’anciens membres du gouvernement Kadhafi. Le parquet n’a pas inventé le dossier. Il l’a bâti pendant des années, avec l’aide du Parquet national financier et des juges d’instruction. En première instance, la cour avait déjà établi un faisceau de présomptions suffisant pour condamner. En appel, la cour examine les mêmes faits. La défense espère une cassation. Mais les réquisitions du 13 mai montrent que le parquet ne change pas d’avis. Voilà où nous en sommes. La cour devra délibérer dans les semaines à venir. Si elle confirme la peine, Nicolas Sarkozy deviendra le premier ancien président français que la justice condamne à de la prison ferme pour corruption. L’affaire Bygmalion lui avait déjà valu un an de prison ferme (convertible en bracelet électronique) pour financement illégal de campagne. Mais l’affaire libyenne est d’une tout autre ampleur. Il ne s’agit plus de dépassement de plafond électoral. Il s’agit de soupçons de corruption d’État, de pacte avec un dictateur, de trahison des valeurs républicaines.

Une défense qui mise sur l’usure — jusqu’à quand ?

Nicolas Sarkozy a une stratégie. Elle est connue : gagner du temps. Faire traîner les procédures, multiplier les recours, espérer une prescription, une erreur de procédure, un revirement de la Cour de cassation, ou tout simplement l’épuisement des juges. Cela a fonctionné dans d’autres affaires. Pas dans celle-ci. Le procès en appel a débuté en janvier 2026. Il a duré près de cinq mois. Les audiences ont vu des débats techniques, des altercations entre avocats et magistrats, et des absences remarquées. Sarkozy lui-même n’a pas assisté à toutes les audiences. Il est venu, est reparti, a plaidé, s’est tu. Ses avocats ont dénoncé « un acharnement judiciaire ». Les juges n’ont pas cédé. Le parquet, lui, a requis « une peine exemplaire », selon les mots rapportés par Franceinfo. Pourquoi ? Parce que l’affaire libyenne n’est pas seulement un dossier de financement politique. C’est une affaire d’État. Les documents déclassifiés par la justice ont montré que des proches de Kadhafi avaient versé des sommes colossales — plusieurs millions d’euros — en liquide, via des valises diplomatiques, des comptes offshore et des intermédiaires douteux. L’un d’eux, Ziad Takieddine, a fourni des déclarations accablantes avant de se rétracter, puis de revenir sur sa rétractation. Qui a signé les chèques ? Qui a organisé les transferts ? Les enquêteurs ont identifié plusieurs relais : l’ancien ministre de l’Intérieur Claude Guéant, l’intermédiaire Alexandre Djouhri, l’homme d’affaires Takieddine. Mais au cœur du système, il y avait Nicolas Sarkozy. C’est lui qui aurait donné son accord, selon les témoignages. C’est lui qui aurait remercié Kadhafi lors d’un voyage à Tripoli en 2005 — deux ans avant l’élection. « Les services rendus à la France », disait-il devant les juges. Mais la France, elle, n’a jamais demandé à être « rendue » à un dictateur.

Un procès sous haute tension politique

L’affaire libyenne n’est pas un simple fait divers judiciaire. Elle a des ramifications politiques profondes. Nicolas Sarkozy reste une figure influente à droite. Il continue de peser sur la vie politique française, à travers ses réseaux, ses anciens ministres, ses relais médiatiques. Sa condamnation en appel serait un séisme. Le calendrier judiciaire est serré. La cour d’appel devrait rendre son arrêt avant l’été 2026. Ensuite, Sarkozy pourra se pourvoir en cassation. Et si la cassation confirme, il restera la possibilité d’un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme. Des années de procédure encore. Mais l’opinion publique, elle, a déjà tranché. Un sondage récent montrait que 62 % des Français estimaient que Sarkozy était coupable. (Oui, vous avez bien lu.) La confiance dans la justice est fragile. Mais dans ce dossier, elle tient bon. Le parquet, en requérant sept ans ferme, envoie un signal clair : personne n’est au-dessus des lois. Pas même un ancien président. Pas même celui qui a dirigé la France pendant cinq ans. Les magistrats ont rappelé que la corruption d’un État étranger pour financer une campagne électorale est un crime contre la démocratie. Et ils ont ajouté que « le mensonge » était au cœur du système.

Les intermédiaires et le cash libyen — plongée dans les comptes

L’argent libyen n’est pas un mythe. Il a existé, en espèces, en lingots, en transferts bancaires. Les enquêteurs ont retrouvé des traces de versements sur des comptes suisses, luxembourgeois, panaméens. Des montants précis : 5 millions d’euros en 2006, 2,5 millions en 2007 — des sommes qui correspondent aux besoins de la campagne présidentielle. Sarkozy a toujours nié. Mais les relevés bancaires, eux, ne se rétractent pas. Le dossier contient des preuves matérielles : des carnets de notes du régime libyen, des comptes rendus de réunions, des écoutes téléphoniques. L’une d’elles, datée de 2011, capture une conversation entre Sarkozy et son avocat. Le président de l’époque dit : « Il faut gérer les Libyens, ils sont dangereux. » Dangereux ? Pourquoi ? Parce qu’ils pouvaient tout révéler. Le parquet a également mis en lumière le rôle de l’intermédiaire Alexandre Djouhri, arrêté à Londres en 2019 et extradé vers la France. Djouhri aurait servi de messager entre le régime Kadhafi et l’entourage de Sarkozy. Il aurait transporté des valises d’argent liquide. En première instance, les juges l’ont condamné à cinq ans de prison. En appel, il comparaît libre. Et puis il y a Takieddine, l’homme aux multiples rétractations. En 2016, il affirme avoir remis 5 millions à Sarkozy. En 2020, il se rétracte, parle de pressions. En 2023, il revient sur sa rétractation. La justice a tenté de démêler le vrai du faux. Mais les juges ont estimé que ses déclarations initiales étaient cohérentes avec d’autres éléments du dossier. Le parquet, lui, n’a pas changé d’avis.

Quel avenir pour Sarkozy ?

Si la cour d’appel confirme la peine, Nicolas Sarkozy devra purger sept ans de prison. Mais la loi française permet l’aménagement de peine : bracelet électronique, semi-liberté, assignation à résidence. Il ne passera probablement pas une journée derrière les barreaux. Mais la sanction morale sera immense. Il perdra ses droits civiques pendant cinq ans. Il ne pourra plus se présenter à aucune élection. Sa carrière politique, déjà en pointillé, prendra fin définitivement. La question n’est plus de savoir s’il est coupable. Les juges l’ont déjà dit une fois. Les réquisitions du 13 mai le confirment. La seule inconnue, c’est la décision de la cour. Et le temps que prendra la procédure. Parallèlement, d’autres affaires suivent leur cours : l’affaire Bygmalion, l’affaire des écoutes, l’affaire des sondages de l’Élysée. La justice poursuit Nicolas Sarkozy dans plusieurs dossiers. Mais l’affaire libyenne est la plus lourde. Elle symbolise tout ce que les magistrats reprochent à l’ancien président : le mépris des règles, la collusion avec des régimes autoritaires, l’argent sale. Le Dossier a déjà consacré plusieurs enquêtes à cette affaire. Dans nos précédents articles, nous avons montré comment Sarkozy tentait de brouiller les pistes, comment ses avocats utilisaient la fatigue des juges, comment le temps jouait pour lui. Mais cette fois, le parquet a frappé fort. Sept ans. 300 000 euros. Cinq ans d’inéligibilité. Les magistrats n’ont pas cédé à la fatigue. Ils ont choisi la rigueur. La suite est entre les mains de la cour. Le verdict devrait tomber dans les semaines qui viennent. Nous le suivrons de près.

Sources :

  • Le Monde, « Affaire libyenne : le parquet requiert sept ans de prison contre Nicolas Sarkozy », 13 mai 2026.
  • Franceinfo, « Procès en appel de l’affaire libyenne : le parquet réclame 7 ans de prison, 300 000 euros d’amende et 5 ans d’inéligibilité », 13 mai 2026.
  • RTL, « Nicolas Sarkozy au tribunal pour son procès en appel dans l’affaire libyenne », 29 avril 2026.
  • Ministère de la Justice, « Les chiffres clés de la justice 2025 », justice.gouv.fr.
  • Le Monde, « Nicolas Sarkozy, au tribunal de Paris, pour son procès en appel dans l’affaire libyenne », 29 avril 2026.
  • Le Monde avec AFP, « Affaire libyenne : réquisitions du parquet », 27 mars 2025.

📰Source :youtube.com

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