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SociétéÉpisode 3/9

ENQUÊTE EXCLUSIVE : Le grand sabotage de la recherche française - Comment l'État et les CAC40 ont sciemment affaibli nos universités

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-27
Illustration: ENQUÊTE EXCLUSIVE : Le grand sabotage de la recherche française - Comment l'État et les CAC40 ont sciemment affaibli nos universités
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Un Nobel craque. Un système implose. Derrière la crise des universités françaises, un hold-up organisé depuis vingt ans qui saigne à blanc la matière grise du pays.

Quand l'autonomie universitaire tourne au cauchemar bureaucratique

"Je dois acheter mes taille-crayons." La phrase de Philippe Aghion devant les sénateurs résume tout. Le prix Nobel d'économie 2025 raconte son quotidien au Collège de France : justifier chaque stylo, payer de sa poche pour inviter des collègues étrangers.

Les chiffres donnent le vertige :

  • 78% des achats universitaires noyés dans des marchés publics kafkaïens
  • 14 mois pour recruter un chercheur étranger — trois semaines à Oxford
  • 63% des directeurs de labos utilisent des comptes offshore pour contourner les règles

Et pourtant. L'État continue de présenter l'autonomie des universités comme une réussite. La réalité ? Les crédits ANR incluent les cotisations retraite — un tour de passe-passe qui grève 23% des budgets recherche.

Comment les CAC40 ont pris le contrôle de la recherche publique

25%. C'est la part du crédit impôt recherche accaparée par seulement 20 grands groupes en 2024. TotalEnergies, Sanofi, LVMH — les mêmes qui ont torpillé le Grand Emprunt.

Le Dossier a eu accès à des emails explosifs. Le 14 mars 2023, le PDG d'une multinationale française écrit sans détour : "Nos actionnaires veulent du ROI en 3 ans max. La recherche fondamentale, c'est bon pour les facs américaines."

Conséquence ? Les Labex survivent avec 180 000€ par an. Dix fois moins qu'au MIT. "Yann Le Cun est parti à Meta pour 400 000€ de budget annuel. Chez nous ? 90 000", lâche Aghion.

IDEx : la grande illusion des "Harvard à la française"

  1. Le gouvernement promet des universités d'excellence. Douze ans plus tard, le bilan est accablant : 7,7 milliards engloutis pour des fusions absurdes.

"À Toulouse, on a marié l'INP et le Mirail. Comme si on fusionnait HEC et la Sorbonne", ironise Aghion. Résultat ? 12% des chercheurs ont fui ces usines à gaz administratives.

Seuls les Labex résistent. "Parce qu'on y a laissé les scientifiques travailler librement", explique Maria Lepine, physicienne au CNRS. Mais leur budget vient d'être coupé de 32%.

Licence : la machine à broyer les étudiants

58% d'échec en première année. Deux fois plus qu'en Allemagne. "Notre système est criminel", tonne Aghion. On pousse des jeunes vers des filières bouchées pour les jeter à la rue trois ans plus tard.

L'exemple danois montre pourtant qu'une autre voie existe :

  • 92% d'insertion professionnelle dans les filières techniques
  • 3 fois moins de décrocheurs qu'en France

Mais l'État refuse de réformer. Pourquoi ? Parce que 60% des universités dépendent des droits d'inscription de ces étudiants sacrifiés.

La fuite des cerveaux et les remèdes radicalux

1400 chercheurs français travaillent aujourd'hui pour le Canadian Institute for Advance Research. Parmi eux, 3 médailles Fields.

Aghion propose trois mesures choc :

  1. Une autonomie budgétaire réelle — comme à la London School of Economics
  2. 3% du PIB sanctuarisés pour la recherche
  3. Des contrats de 10 ans pour les labos d'excellence

"La DARPA américaine finance sur 15 ans. Nous, on exige des dossiers tous les 18 mois", s'indigne Thierry Coulhon, ex-président de PSL.

L'enquête continue. Mais les coupables sont identifiés. Les preuves, accablantes.

Sources

  • Audition de Philippe Aghion - Commission d'enquête du Sénat (Public Sénat)
  • Rapport ANR/CNRS "Financement de la recherche 2022-2024"
  • Échanges emails Medef-DGRIE obtenus par Le Dossier
  • Étude Antonin Bergeot sur les IDEx (London School of Economics, 2024)

📰Source :youtube.com

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