Hantavirus et chikungunya : la France face à deux épidémies que l’État ne contrôle pas

Le navire fantôme de la mort
L’affaire commence ici. Le 1er avril 2026, le Hondius quitte Ushuaia, en Argentine, cap sur le Cap-Vert. À bord : 120 passagers, 50 membres d’équipage. Une croisière de rêve. Elle vire au cauchemar en quatre semaines.
Le 4 avril, un premier passager tombe malade. Symptômes banals — on pense à une grippe. Le 11 avril, il meurt d’un choc respiratoire. Personne ne suspecte l’hantavirus. Le corps est débarqué le 24 avril à Sainte-Hélène, une île perdue au milieu de l’Atlantique. Trente passagers descendent avec le défunt, dont son épouse.
Cette femme tombe malade à son tour sur l’île. Évacuée en urgence vers Johannesburg. Elle décède à l’arrivée. Même virus. Même souche. Elle a probablement été infectée par son mari.
Fin avril, un troisième malade est évacué par avion vers l’Afrique du Sud. Il est toujours en soins intensifs. Le 2 mai, une femme décède à bord. Trois morts. Deux membres d’équipage tombent malades — évacués aux Pays-Bas.
Les passagers restants — 150 personnes — sont confinés. Le navire poursuit sa route vers les Canaries. Le Cap-Vert a refusé de le laisser débarquer. Les autorités espagnoles hésitent. Les dockers de Tenerife menacent la grève. « Pourquoi ils vont débarquer aux Canaries ? » s’inquiète un habitant. « Tout ce qui s’est passé avec le coronavirus, ça fait peur. »
Regardons les faits. Parmi les passagers, cinq Français sont sous surveillance sanitaire. Leurs noms ne sont pas publics. Leurs témoignages, recueillis par Nicolas Berrod du Parisien, racontent l’angoisse à bord : « Nous ne sommes pas juste des gros titres. Nous sommes des gens qui ont des familles. » Personne ne portait de masque. Les buffets à volonté continuaient. Les activités en groupe aussi.
L’OMS a dépêché des enquêteurs. Ils prélèvent des échantillons partout — dans les cabines, les avions, les escales. Les autorités argentines, elles, se concentrent sur le couple de retraités décédé. Ce couple voyageait depuis novembre en Argentine, au Chili et en Uruguay. Des baroudeurs. Leur itinéraire complique le traçage.
À suivre. Le navire doit arriver samedi au large des Canaries. Les autorités espagnoles promettent qu’aucun contact n’aura lieu avec la population locale. Les passagers seront débarqués sous contrôle médical strict. Mais la question reste : combien de cas asymptomatiques ? Combien de porteurs silencieux ?
Virus des Andes : le tueur silencieux
Son nom claque : Andes. C’est le seul hantavirus connu à se transmettre d’homme à homme. Identifié dans les années 1990, il circule principalement en Argentine et au Chili, via une espèce de rongeur unique. Il n’existe pas au Brésil, ni en Guyane.
Le Pr Anne-Laure Lavergne, responsable du laboratoire associé au Centre national de référence des hantavirus à l’Institut Pasteur de Guyane, le confirme : « Cet hantavirus est le seul responsable de transmissions interhumaines. Tous les autres hantavirus sont uniquement transmis par les rongeurs. »
Le taux de mortalité ? 30 à 50 %. C’est 80 fois supérieur à celui du Covid. Une fois les symptômes déclarés, l’aggravation est brutale. « En quelques heures, il peut y avoir une détresse respiratoire avec une détresse cardiaque », explique le Pr Anne-Claude Crémieux, infectiologue et présidente de la commission technique des vaccinations à la Haute Autorité de santé. « Cela nécessite une réanimation spécialisée, parfois avec oxygénation extracorporelle. » Ce qu’il n’y a pas à bord d’un navire de croisière.
Un cluster documenté en Argentine en 2020 fait froid dans le dos. 34 cas, 11 décès. Taux de reproduction estimé à 2,12 — supérieur à celui de la grippe. « Un malade contamine environ 2,12 personnes », résume le grand reporter A. Goutard. « Si on isole, si on prend des mesures sérieuses, on évite le drame. Mais quand même, ça interroge. »
La période d’incubation est longue — d’une semaine à huit semaines. Cela complique le traçage. Les enquêteurs doivent remonter le temps, interroger les passagers descendus à Sainte-Hélène, les voyageurs qui ont pris l’avion. Certains sont à Zurich, à Singapour, aux Pays-Bas, en Angleterre.
« On ne sait pas le nombre d’asymptomatiques », admet Lavergne. « Il y a beaucoup de choses à connaître encore. » Le cluster argentin a montré que tout le monde n’est pas un super-diffuseur. Il faut une charge virale élevée et un environnement confiné.
Mais le navire Hondius est l’environnement confiné par excellence. Cabines étroites. Salle à manger commune. Buffets. Pas de masques. « C’était des conditions très favorables pour la transmission », rappelle Crémieux.
La grande question : peut-on être contagieux sans symptômes ? Pour l’instant, les données disent non. Mais les scientifiques restent humbles. « On ne peut pas totalement l’exclure aujourd’hui », prévient Nicolas Berrod.
Chikungunya : le moustique-tigre colonise la France
Pendant que l’hantavirus fait trembler les Canaries, un autre ennemi gagne du terrain sur le sol français. Le moustique-tigre — Aedes albopictus — est désormais implanté dans 83 des 96 départements métropolitains au 1er janvier 2026.
L’été 2025 a battu tous les records : 809 cas autochtones de chikungunya. Jamais vu. L’année précédente, il n’y en avait eu qu’un seul. « C’est exceptionnel », tranche Crémieux. « Cela n’était jamais arrivé. »
Deux facteurs expliquent cette explosion. D’abord, la grande épidémie à La Réunion en 2024-2025. Elle a favorisé l’importation de cas et l’introduction du virus sur le territoire métropolitain. Ensuite, la chaleur. L’été 2025 a été caniculaire. Le moustique-tigre adore ça.
« Pendant l’été, on donne comme consigne aux personnes de se mettre sous les arbres, explique A. Sénéquier, médecin et codirectrice de l’Observatoire de la santé mondiale de l’Iris. Mais quand vous avez un jardin envahi de moustiques-tigres, vous n’y restez pas. On a un double fardeau. »
Nicolas, un habitant de Castries dans l’Hérault, en sait quelque chose. Il a contracté le chikungunya l’été dernier. Son témoignage, rapporté par le Parisien, décrit des douleurs articulaires insoutenables. « On ne peut plus marcher. On croit que ça ne finira jamais. »
La France a activé une surveillance renforcée. Tous les cas de chikungunya sont désormais à déclaration obligatoire. Dès qu’un cas est identifié, une démoustication est déclenchée autour. Mais le moustique-tigre ne se laisse pas éliminer facilement. Sa progression est continue.
Il existe deux vaccins contre le chikungunya. L’un d’eux a été suspendu pour les personnes âgées en raison d’effets indésirables sévères. « On a un vaccin accessible dans les territoires ultramarins », précise Berrod. Mais pas en métropole.
Et l’hantavirus, lui, n’a aucun vaccin. La recherche existe, mais elle est balbutiante.
États-Unis : la rougeole revient, la science recule
La menace ne vient pas que des virus. Elle vient aussi des politiques. Aux États-Unis, l’administration Trump a retiré six vaccins de la liste des recommandations pour les enfants. Rougeole, hépatite B, varicelle — des vaccins historiques, validés depuis des décennies.
Le résultat ? La rougeole, déclarée éradiquée aux États-Unis en 2000, est réapparue. Trois morts en 2025. Des épidémies au Texas, en Caroline du Sud. « C’est un effet boule de neige », témoigne une pédiatre de l’Académie de pédiatrie de l’État de Géorgie. « C’est déchirant de voir à quel point nos dirigeants ne comprennent pas les effets dévastateurs d’un tel retour en arrière. »
Le ministre de la Santé américain, Robert F. Kennedy Jr., a limogé plus d’une quinzaine d’experts en politique vaccinale. Il les a remplacés par des antivax et des adeptes de théories du complot. « Ce panel d’experts a perdu toute crédibilité scientifique », dénonce la pédiatre.
Aujourd’hui, seuls 63 % des Américains font confiance aux vaccins contre les maladies graves. Chez les partisans de Trump, à peine la moitié soutient la vaccination obligatoire contre la rougeole.
« Les avis que nous recevons du CDC ne sont plus audibles, regrette Crémieux. À l’international, on ne peut plus s’appuyer sur leurs données. » Les États, pour leurs politiques vaccinales, se tournent désormais vers les recommandations des associations médicales. « C’est d’une tristesse absolue. »
La défiance vaccinale, nourrie par le plus haut niveau de l’État, crée un climat chaotique. Les médecins qui prennent la parole subissent des représailles, des menaces. « L’intimidation, la violence… On ne devrait pas en arriver là », soupire la pédiatre.
La France prise en tenaille : entre impuissance et aveuglement
L’affaire de la croisière Hondius est un révélateur. Elle expose les fragilités d’un système sanitaire mondial qui se délite.
L’Argentine, pays d’origine du cluster, a quitté l’OMS. Comme les États-Unis sous Trump. « Chacun se renvoie la balle », observe A. Goutard. « Le gouvernement de la Terre de Feu dit que ça ne peut pas venir de chez eux. » Sans coopération internationale, le partage des données devient un casse-tête. L’OMS envoie des enquêteurs, mais il faut l’accord de chaque pays. Le timing est « étonnamment parfait », ironise Sénéquier : dans deux semaines, l’OMS doit finaliser l’accord mondial de prévention et de riposte aux pandémies. En attendant, chacun fait au mieux.
La France, elle, a cinq ressortissants à bord. Le ministère de la Santé a activé une cellule de crise. Les passagers français seront rapatriés dans un lieu unique pour quarantaine. Mais combien de temps faudra-t-il pour être sûr qu’ils ne sont pas contagieux ? La période d’incubation peut aller jusqu’à huit semaines. « C’est 40 jours maximum après le dernier contact avec une personne infectée et symptomatique », précise Crémieux. « On ne prendra pas de risque. »
Mais le risque zéro n’existe pas. Les cas contacts sont dispersés dans 13 pays. Certains ont pris l’avion avant que la suspicion d’hantavirus soit établie. Leur traçage est une course contre la montre.
« On est au début d’une histoire », prévient Goutard. « Les scientifiques sont rassurants, mais j’ai une petite musique dans la tête. »
Et le chikungunya ? La France n’a pas de vaccin disponible pour les personnes âgées. Le moustique-tigre gagne du terrain. Le réchauffement climatique accélère sa propagation. Chaque été, les cas augmentent. « On a connu l’année dernière une très grande épidémie à La Réunion, rappelle Crémieux. Cette année, la population y est immunisée. Mais en métropole, on ne l’est pas. »
Regardons les faits. Trois morts sur un navire. 809 cas autochtones. Un moustique dans 83 départements. Un retrait de vaccins aux États-Unis. La France n’est pas à l’abri. Personne ne l’est.
À suivre.
Sources
- Le Parisien — article de Nicolas Berrod sur la croisière Hondius (2026)
- Institut Pasteur — Centre national de référence des hantavirus, laboratoire de Guyane (Pr Anne-Laure Lavergne)
- Organisation mondiale de la santé (OMS) — déclarations et enquête en cours
- Témoignages de passagers filmés à bord du navire Hondius (diffusés dans C dans l’air, France 5)
- Santé publique France — surveillance renforcée du chikungunya (2025-2026)
- Ministère de la Santé français — cellule de crise pour les passagers français
- Étude du cluster argentin de 34 personnes infectées par le virus Andes (2020) — génomes entiers
- Scientifiques sud-africains — séquençage de l’hantavirus des Andes
- Gouvernement de la Terre de Feu (Argentine) — déclarations sur l’origine du virus
- Académie de pédiatrie de l’État de Géorgie (États-Unis) — témoignage sur la défiance vaccinale
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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