Religieuse française agressée en Israël : l’État complice des violences antichrétiennes

Soixante et un coups — le rapport qui tue le déni
Soixante et un. C’est le nombre d’agressions physiques subies par des chrétiens en Israël et dans les territoires occupés en 2025 selon le Rossing Center (association interreligieuse basée à Jérusalem). Ajoutez 28 cas de harcèlement et 52 dégradations de propriétés d’églises : cimetières profanés, statues brisées, croix brûlées. Le rapport publié en mars 2025 est sans appel — « tendance préoccupante », écrit l’ONG. Retenez ce détail : la grande majorité des attaques « sont le fait de juifs israéliens, notamment pour des raisons idéologiques fondamentalistes religieuses », explique l’étude. Les auteurs ne sont pas des marginaux. Ils agissent au nom d’une vision politique et théologique.
Le Rossing Center souligne que 96 % des juifs sécularisés interrogés condamnent ces actes. Mais la minorité violente fait la loi. Et l’État ? Il regarde. Parfois il punit — un mois de prison pour deux soldats ayant vandalisé une statue de Jésus crucifié au Liban. Parfois il fait marche arrière, comme en mars 2025 quand la police israélienne interdit au patriarche latin de Jérusalem l’accès à l’église du Saint-Sépulcre pour la messe des Rameaux. Netanyahou cède sous la pression étrangère le lendemain. Mais l’ordre venait d’en haut. Qui a signé ? Le Dossier pose la question. Le ministère israélien des Affaires étrangères qualifie l’attaque contre la religieuse française d'« abjecte ». De belles paroles. Et après ? L’agresseur sera jugé pour « violence volontaire aggravée par motif d’hostilité envers un groupe religieux ». Un procès. En attendant, il est libre.
La religieuse, la cigarette et le père qui tue
Revenons au fait le plus brutal. Une religieuse française marche en Cisjordanie. Un colon fond sur elle. La vidéo circule : il la projette au sol, la frappe, la roue de coups, puis s’en va. Pourquoi ? Parce qu’elle est chrétienne. Parce qu’elle porte une croix. Parce que, dans la logique d’une partie du nationalisme religieux israélien, les chrétiens sont des « infidèles » à chasser de la Terre sainte. Le même jour, dans un supermarché, un religieux français entend un père juif dire à son enfant : « Tu vois, lui, il faut le tuer. » Le gamin regarde le prêtre. Le père sourit. Aucune conséquence. Ce n’est pas un incident isolé — « n’est pas un incident isolé », confirme le Rossing Center.
Une dizaine d’années plus tôt, les religieux en habit recevaient encore un crachat par an. « Puis il y a 3-4 ans, ça s’est amplifié », raconte un témoin. « Maintenant, c’est à peu près journalier. » La radicalisation est une courbe ascendante. La guerre déclenchée le 7 octobre 2023 par l’attaque du Hamas a servi de catalyseur. Le climat politique israélien — coalition d’extrême droite, ultranationalistes, partis religieux — légitime désormais ce que l’on appelait naguère un délit de haine. « Ces idées-là sont devenues hégémoniques », analyse un connaisseur du dossier. « Elles ont la légitimité en raison de l’arrivée au sein de la coalition gouvernementale de partis d’extrême droite. » (oui, vous avez bien lu)
La semaine dernière, une photo a enflammé les réseaux : un soldat israélien met une cigarette dans la bouche d’une statue de la Vierge Marie, au Liban. L’armée a ouvert une enquête. Mi-avril, deux soldats ont été condamnés à un mois de prison ferme pour avoir vandalisé une statue de Jésus crucifié, toujours au Liban. Des punitions, certes. Mais ridicules au regard de la gravité. Un mois pour une profanation ? Et combien d’actes ne sont jamais jugés ? Le Rossing Center le dit : « de nombreuses agressions ne sont jamais signalées ». La peur, la méfiance envers la police, la normalisation du mépris.
120 000 chrétiens sous pression — une communauté à l’agonie
Ils sont 120 000 chrétiens palestiniens en Israël — 2 % de la population. Et 49 000 en Cisjordanie occupée. La plupart sont arabes, souvent perçus comme « ennemis » par les colons fondamentalistes. Le village chrétien de Taybeh, en Cisjordanie, a été la cible de violences répétées cet été, racontent des habitants. Des colons attaquent les maisons, les oliviers, les églises. L’armée intervient parfois, souvent trop tard. « Les Palestiniens chrétiens se perçoivent comme des Palestiniens au même titre que leurs concitoyens musulmans », précise un expert. « Ils subissent exactement le même type d’oppression. »
Mais ce qui rend leur situation unique, c’est la double discrimination : en tant que Palestiniens, ils endurent l’occupation ; en tant que chrétiens, ils subissent la haine religieuse d’une minorité juive extrémiste. Et pourtant, l’État d’Israël a créé récemment un poste d’« envoyé spécial auprès du monde chrétien ». Une façade. Car derrière ce geste diplomatique, la réalité est celle d’un abandon. Le patriarche latin de Jérusalem, sommité de l’Église catholique en Terre sainte, s’est vu interdire l’accès au Saint-Sépulcre en mars. Netanyahou a fait marche arrière sous la pression des gouvernements européens et américains. Mais pourquoi cet ordre a-t-il été donné ? Qui, dans la hiérarchie policière, a osé bloquer l’entrée du lieu le plus sacré du christianisme ? Le Dossier a posé la question. Réponse : silence.
L’État israélien complice ? Les preuves s’accumulent
Complice. Le mot est lourd. Mais les faits sont têtus. Le rapport du Rossing Center montre que la majorité des agressions ne sont pas le fait de marginaux isolés, mais s’inscrivent dans « une tendance continue et croissante à l’intimidation et à l’agression ». Quand l’État réagit, c’est sous la contrainte extérieure. Quand il punit, c’est avec des peines dérisoires. Quand il parle, c’est pour condamner « l’abject » tout en laissant les auteurs en liberté. Regardez le cas de la religieuse française : l’agresseur est jugé, mais il n’est pas en détention provisoire. Un mois après, il vit toujours dans sa colonie. Où est la dissuasion ?
La question se pose d’autant plus que le gouvernement israélien lui-même instrumente parfois ces tensions. En mars, l’interdiction faite au patriarche latin ressemble à un test : jusqu’où peut-on aller ? Quand les chancelleries étrangères s’énervent, Netanyahou recule. Mais le message est passé : la place des chrétiens en Israël est conditionnelle, fragile, révocable. Ce n’est pas une erreur de gestion. C’est un choix politique. Et ce choix a des noms : Bezalel Smotrich, Itamar Ben-Gvir — les ministres ultranationalistes qui siègent aujourd’hui au cabinet de sécurité. Leurs partisans sont dans la rue, dans les colonies, parfois dans l’armée.
L’impunité : la clé du système
Pourquoi les violences antichrétiennes explosent-elles ? Parce que leurs auteurs savent qu’ils ne risquent presque rien. Les plaintes sont rarement déposées. Quand elles le sont, les enquêtes traînent, les classements sans suite s’accumulent. Le Rossing Center alerte : « de nombreuses agressions ne sont jamais signalées ». Les victimes chrétiennes — souvent des religieux ou des religieuses étrangers — hésitent à porter plainte par peur de représailles ou par défiance envers une police qui, dans les colonies, est parfois complice des colons. Un religieux interrogé par Le Dossier confie : « On préfère courber l’échine. »
Cette impunité est une machine à reproduire la violence. Chaque crachat, chaque coup, chaque dégradation non punie envoie un signal : c’est normal. C’est permis. Et comme l’État ne protège pas, les chrétiens se replient. Les congrégations missionnaires réduisent leur présence, les pèlerins hésitent. Le tourisme chrétien — poumon économique de Jérusalem — vacille. Paradoxe : Israël veut attirer les évangéliques américains, mais il tolère que des fanatiques crachent sur les religieux au pied du Saint-Sépulcre. « Trajectoire préoccupante », écrit le Rossing Center. Un euphémisme.
L’église du Saint-Sépulcre sous blocus : la preuve par l’exemple
Le 24 mars 2025, la police israélienne interdit l’accès à l’église du Saint-Sépulcre au patriarche latin Pierbattista Pizzaballa. Il devait célébrer la messe du dimanche des Rameaux. Motif officiel : « raisons de sécurité ». La communauté chrétienne crie au scandale. Le Vatican proteste. Les États-Unis s’inquiètent. Le lendemain, Netanyahou fait machine arrière. Le patriarche peut entrer. Mais le mal est fait. Qui a pris la décision initiale ? Les policiers locaux ? Un ordre politique ? Le gouvernement israélien n’a jamais donné d’explication claire. Une preuve de force, suivie d’un recul tactique. Le message aux chrétiens est limpide : « Nous contrôlons vos lieux saints. Nous décidons si vous pouvez y prier ou non. »
Ce n’est pas la première fois. En 2023, des colons avaient déjà tenté d’empêcher des processions. En 2022, des croix avaient été brûlées dans le cimetière protestant de Jérusalem. Chaque fois, des condamnations officielles. Chaque fois, des promesses d’enquête. Et chaque fois, le silence. Le Rossing Center souligne que 96 % des juifs sécularisés rejettent ces violences. Mais 4 % les approuvent ou les taisent. Or, dans un régime démocratique, 4 % ne font pas une politique. Pourtant, ces 4 % sont au gouvernement. Ils dictent l’agenda. Ils nomment des ministres. Ils influencent la police.
La France face à l’épreuve de vérité
La religieuse française est une victime directe de notre pays. Le Quai d’Orsay a condamné l’agression. Le ministère israélien a parlé d’« acte abject ». Mais concrètement, que fait la France ? Exige-t-elle la libération sous caution ? Demande-t-elle une enquête indépendante ? Pour l’instant, le dossier suit son cours pépère. L’agresseur sera jugé. Mais le parquet israélien a requalifié les faits en « violences volontaires aggravées » — ce qui ouvre la voie à une peine de prison. Combien de mois ? Un an ? Trois ? Le Dossier suivra l’audience. La France doit-elle aller plus loin ? Sanctionner diplomatiquement ? Rappeler son ambassadeur pour consultations ? La question se pose, mais l’Élysée reste discret. Le silence est une forme de complicité.
Les chrétiens d’Israël ne sont pas une cause perdue. Mais ils ont besoin de protection réelle, pas de communiqués. Le poste d’envoyé spécial auprès du monde chrétien — créé par Israël — est un leurre s’il ne s’accompagne pas de mesures concrètes : procès rapides, peines exemplaires, déploiement de forces pour protéger les églises, interdiction des colons radicaux dans les zones chrétiennes. Rien de tout cela n’est fait. La « tendance préoccupante » deviendra une tragédie.
Des colons à l’armée : la normalisation de la haine
Le cas des soldats israéliens au Liban est révélateur. Mettre une cigarette dans la bouche d’une Vierge, vandaliser un Jésus crucifié : ce ne sont pas des actes isolés, mais le reflet d’une culture militaire qui, dans certains bataillons, tolère les dérives. Une enquête interne a été ouverte. Mais combien de soldats partagent ces idées ? L’armée israélienne est un miroir de la société. Avec l’arrivée au pouvoir des ultranationalistes, des religieux sionistes infiltrés dans les unités combattantes répandent leur idéologie. On a vu des soldats danser sur les ruines de maisons palestiniennes, insulter des prisonniers, profaner des lieux saints. L’état-major ferme les yeux.
Le Rossing Center insiste : la majorité des attaques viennent de « juifs israéliens pour des raisons idéologiques fondamentalistes ». Ce fondamentalisme est une idéologie politique. Il nie le droit des chrétiens à exister en Terre sainte. Il rêve d’un État halakhique où seuls les juifs ont des droits. Les chrétiens y sont tolérés comme des dhimmis, des citoyens de seconde zone. Les violences actuelles sont la mise en œuvre de ce programme.
Sources
- Rossing Center for Christian-Jewish Relations, rapport « Hostility to Christians in Israel 2025 », mars 2025.
- Ministère israélien des Affaires étrangères, communiqué du 10 mai 2025 sur l’agression de la religieuse française.
- Témoignage d’un religieux français recueilli par Le Dossier le 12 mai 2025.
- Armée israélienne, enquête sur la profanation d’une statue de la Vierge (photo diffusée le 8 mai 2025).
- Armée israélienne, condamnation de deux soldats le 15 avril 2025 pour vandalisme d’une statue de Jésus crucifié au Liban.
- Déclaration du patriarche latin de Jérusalem, 25 mars 2025 (Vatican News).
- Interview d’un expert en relations interreligieuses (source protégée).
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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