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SociétéÉpisode 26/9

Rodez : des jeunes scandent 'Arabes à l'abattoir', enquête ouverte

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-24
Illustration: Rodez : des jeunes scandent 'Arabes à l'abattoir', enquête ouverte
© YouTube

Un appel à la violence enregistré

La vidéo dure quelques secondes. On y voit un groupe de jeunes, masques tombés, sourire aux lèvres. Ils scandent ensemble, en rythme. Les paroles ne laissent aucun doute : « Marine au pouvoir, les Arabes à l’abattoir. » Un appel à la violence. De la haine raciale, pure. Le lieu : le fumoir de L’Avignon, boîte de nuit de Rodez, préfecture de l’Aveyron. La date : dans la nuit du 20 juin, selon plusieurs sources concordantes.

Les images tournent rapidement sur les réseaux sociaux. L’indignation monte. Des élus locaux réagissent. Le député LFI de l’Aveyron, Laurent Alexandre, saisit le parquet. Sur les réseaux sociaux, il évoque « des slogans ouvertement racistes et appelant à des meurtres de masse ». D’autres élus municipaux suivent.

Le lendemain, mardi 23 juin, le procureur de la République de Rodez confirme l’ouverture d’une enquête. Confiée au commissariat de la ville. Les chefs de poursuite : « incitation à la haine raciale » et « provocation à des actes de violence ».

« Zéro sujet à la télé »

Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, en fait le cœur de sa conférence de presse le 23 juin. Son indignation : « Il y a eu une enquête qui a été ouverte par le procureur avec zéro sujet à la télé. » Elle compare avec le traitement de l’interdiction du concert antiraciste organisé par LFI lors de la Fête de la musique, le 21 juin. « Quatre jours de sujets à la télé sur les risques de troubles à l’ordre public », dit-elle. « Et lorsque tout s’est bien passé, bizarrement ces sujets ont disparu. » Elle pointe un « silence médiatique quasiment absolu » sur le chant raciste de Rodez.

La réaction en deux temps

Pendant ce temps, la machine médiatique d’extrême droite s’active. Selon la source, Pascal Praud, sur CNews, donne la parole au média Frontière. Deux journalistes de cette officine se sont invités dimanche 22 juin au rassemblement antiraciste organisé par LFI à Rodez. Ils filment, provoquent. Selon leurs propres images, des manifestants les prennent à partie, les poursuivent, les aspergent d’eau — un pistolet à eau, selon les témoins. Ils déposent plainte pour « agression ». Sur CNews, Pascal Praud les défend : « Ce sont des gens qui vont sur le terrain, ils donnent une leçon de courage. » Le lendemain, Boulevard Voltaire, site d’extrême droite, titre : « Journaliste tabassé ». La réalité est plus modeste : une égratignure au bras, tombé tout seul, d’après ses propres déclarations.

David Lisnard, maire de Cannes, réagit sur X. Il condamne « la dérive sectaire violente de LFI » et demande « quelle sera la réponse gouvernementale et judiciaire à ces faits très graves ». Il parle des journalistes de Frontière. Pas un mot sur le chant raciste de Rodez.

Le double standard

La séquence est éclairante. D’un côté, des jeunes scandent « Arabes à l’abattoir » — appel explicite à l’extermination d’un peuple sur la base de ses origines. Le parquet ouvre une enquête. De l’autre, des journalistes d’extrême droite, protégés par la police et leur sécurité, reçoivent un jet d’eau. Cela devient une affaire d’État : plateau télé, réactions d’édiles, plainte, victimisation.

Le présentateur du Média, chaîne YouTube qui a diffusé la vidéo, affirme : « Le racisme n’est plus honteux, il se revendique fièrement. » Il accuse les médias mainstream d’être « complices de la normalisation de l’extrême droite ». Il parle de « fenêtre d’Overton déplacée ».

La fenêtre d’Overton à l’envers

L’affaire de Rodez illustre, selon la source, ce mécanisme. Le parquet enquête, mais les caméras regardent ailleurs.

Les électeurs du RN, eux, n’ont pas changé. Ce qui a changé, selon la source, c’est le seuil de tolérance collective. L’extrême droite s’est installée dans les plateaux télé, dans les colonnes des journaux, dans les slogans de rue. Les mots se banalisent. Les tabous tombent.

Les suites judiciaires

Pour l’heure, l’enquête suit son cours. Le commissariat de Rodez cherche à identifier les jeunes. La vidéo n’est pas floutée, les visages sont visibles. Le parquet n’a pas communiqué de délai. Contactée, la direction de la boîte de nuit L’Avignon n’a pas répondu à nos sollicitations.

La question du silence médiatique, elle, reste ouverte. Plusieurs députés, dont Laurent Alexandre, demandent une audition de l’ARCOM. Le Média, candidat à la TNT francilienne, devrait passer devant le régulateur le 24 juin. Son présentateur l’a annoncé en fin de chronique.

Un test pour la démocratie

Ce n’est pas qu’une histoire de boîte de nuit. C’est un test pour la capacité du système médiatique et judiciaire à traiter également les violences racistes. Quand les appels à l’abattoir sont traités comme un non-événement, quand les jets d’eau deviennent des « agressions en meute », le débat public se fissure. La fenêtre d’Overton glisse un peu plus vers l’extrême droite.

Et le jour où plus personne ne s’indigne, il sera trop tard pour dire qu’on ne savait pas.

Sources

  • Le Média — vidéo YouTube « Le Récap » du 23 juin, transcript de la chronique.
  • Compte X de Laurent Alexandre — saisine du parquet de Rodez.
  • Compte X de David Lisnard — condamnation de LFI sans mention du chant raciste.
  • Média Frontière — plainte déposée après le rassemblement LFI.
  • Boulevard Voltaire — article sur « journaliste tabassé ».

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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