Carpentras : le chant pétainiste qui provoque la justice

Un rassemblement, un chant, une enquête. « Maréchal, nous voilà ! » — ces paroles, hymne officiel du régime de Vichy, ont résonné à Carpentras. Le parquet a ouvert une enquête pour provocation à la haine. Sans attendre une plainte. « Le parquet veut enquêter sur ces faits sans attendre une éventuelle plainte que nous n’avons pas reçue », a-t-il fait savoir. Les faits sont là. Les preuves aussi. Et Carpentras — ville marquée au fer rouge par la profanation de son cimetière juif en 1990 — voit ressurgir le spectre de l’antisémitisme d’État.
Ce n’est pas un dérapage isolé. C’est un symptôme. Et la justice a décidé de ne pas fermer les yeux.
Le chant de la haine
« Maréchal, nous voilà ! » — ce chant, composé en 1941 pour glorifier Philippe Pétain, est un marqueur indélébile de la collaboration. Il célèbre la Révolution nationale, l’antisémitisme d’État, la déportation des Juifs de France. Le chanter aujourd’hui, ce n’est pas une erreur historique : c’est un acte politique, une provocation assumée.
Lors d’un rassemblement à Carpentras, des individus l’ont entonné. Les faits ont été diffusés, relayés par franceinfo. Le parquet de Carpentras a immédiatement réagi : ouverture d’une enquête pour « provocation à la haine » (source : leparisien.fr). Ce délit est prévu par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Son article 24 punit de 45 000 euros d’amende et d’un an d’emprisonnement ceux qui provoquent à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe à raison de leur origine, leur ethnie, leur nation, leur race ou leur religion.
Mais ce n’est pas tout. Pour un agent public — et certains participants pouvaient l’être — l’amende peut grimper à 75 000 euros, et la peine à trois ans de prison (source : nicematin.com). La loi, elle, ne plaisante pas. La question est : qui étaient ces chanteurs ? Des militants d’extrême droite ? Des nostalgiques ? Des provocateurs ? Le parquet doit répondre. Et il le fait.
Les questions restent. Pour l’instant.
Le parquet sort de son silence
« De sa propre initiative » — c’est ainsi que le parquet de Carpentras a décidé d’ouvrir l’enquête. Aucune association, aucune partie civile n’avait encore déposé plainte. Le procureur a estimé que les faits étaient suffisamment graves pour agir sans attendre. Une décision rare. Et pourtant, lourde de sens.
Pourquoi cette initiative ? Parce que le chant « Maréchal, nous voilà ! » n’est pas anodin. Il est le symbole d’un régime qui a livré 76 000 Juifs à la mort. Le chanter en public, c’est nier la Shoah. C’est insulter la mémoire des déportés. C’est provoquer la communauté juive de France. Et le parquet l’a compris.
Voilà où ça se complique. L’enquête vise à identifier les auteurs, mais aussi les organisateurs du rassemblement. Qui a autorisé ce lieu ? Qui a lancé le chant ? Le parquet ne donne pas de détails. Mais les investigations sont en cours. Les services de police recueillent les témoignages, analysent les vidéos, remontent les fils.
Le garde des Sceaux, interrogé, n’a pas commenté. Mais le message est clair : l’État ne tolère pas l’apologie du régime de Vichy. Pas à Carpentras. Pas ailleurs.
Carpentras, terre de mémoire meurtrie
Carpentras n’est pas une ville ordinaire. Le 9 mai 1990, son cimetière juif est profané. Des tombes renversées, des inscriptions antisémites taguées. L’émotion est nationale. Le président Mitterrand se rend sur place. La France découvre avec horreur que l’antisémitisme n’a pas disparu. Il couve.
Trente-six ans plus tard, un chant pétainiste retentit dans les rues de la même ville. Coïncidence ? Non. La mémoire est longue, et les rancœurs aussi. Le cimetière juif de Carpentras est l’un des plus anciens de France, datant du XIVe siècle. Il est le témoin d’une présence juive séculaire, mais aussi des persécutions. En 1990, la profanation a été un électrochoc. Aujourd’hui, le chant de Vichy est une nouvelle gifle.
Les réactions locales sont mitigées. La communauté juive de Carpentras, discrète, n’a pas encore pris la parole. Les élus municipaux, eux, se taisent. Sauf un : le député-maire RN Hervé de Lepinau. Que dit-il ? Rien. Pas une déclaration publique. Pas une condamnation. Silence radio.
Hervé de Lepinau est maire depuis 2020,
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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