11 millions d'euros, des mensonges et une commission : le clash Pigasse-Alloncle

Auditionné sous serment, Mathieu Pigasse — coactionnaire de Mediawan — a traité le rapporteur Charles Alloncle de menteur. En jeu : un contrat de 11 millions d'euros avec France Télévisions, des soupçons de conflit d'intérêts. Et, en toile de fond, la question qui fâche : l'indépendance éditoriale du service public.
11 millions, un contrat, un silence
Le contrat — 11 millions d'euros — lie Mediawan à France Télévisions. Mediawan, c'est la société de production fondée par Pigasse, Xavier Niel et Pierre-Antoine Capton. Pigasse en est coactionnaire. Rien d'anormal, a priori. Sauf quand le rapporteur Charles Alloncle l'a interrogé sur son passage dans l'émission politique de France 2. La journaliste Caroline Roux l'avait présenté comme « simple chef d'entreprise ». Sans mention de ses liens avec Mediawan. Sans rappeler ses engagements politiques.
« Elle oublie de rappeler que quelques mois auparavant, vous aviez appelé publiquement à voter pour le Nouveau Front populaire en 2024. Elle oublie de rappeler que vous avez fait la une de Libération pour expliquer que vous mettriez tous les moyens à votre disposition pour lutter contre la droite radicale. » Charge d'Alloncle. Il souligne aussi que Caroline Roux anime des émissions produites par Mediawan. « Confusion des genres » — voilà l'accusation.
« Vous pouvez mentir, pas nous »
Pigasse a répliqué : « Je suis sous serment, pas vous d'ailleurs, vous vous pouvez mentir mais pas nous. » Il a accusé le rapporteur de « mensonges » — plusieurs fois. Exemple : Alloncle prétendait que Pigasse avait produit lui-même « L'Événement ». « C'est faux », a tranché Pigasse. Il a demandé au président de la commission de lui « donner acte » que Mediawan ne produisait pas cette émission. Le président a reconnu une erreur factuelle du rapporteur sur ce point. (Oui, vous avez bien lu.)
Alloncle n'a pas cédé. « Mediawan produit pour le service public des émissions dont Caroline Roux est animatrice. Donc être invité dans une émission animée par Caroline Roux en étant présenté comme simple chef d'entreprise, vous admettrez qu'il y a une forme de confusion des genres. » Il a ajouté que des directeurs de l'information de France Télévisions avaient témoigné sous serment en ce sens. L'ARCOM a été saisie.
Actionnaire, pas producteur — la fine défense
Pigasse a joué la carte juridique : il est actionnaire, pas producteur. Il a plaidé qu'il ne produisait pas l'émission. Le rapporteur lui a renvoyé la balle : la confusion des genres reste évidente, compte tenu des contrats en cours avec France Télévisions. Alloncle a cité les témoignages sous serment des directeurs de l'information.
Résultat ? Aucune conclusion sur le fond. L'audition s'est achevée sans point final. La commission poursuit ses travaux.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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