Macron place Moulin à la Banque de France : le verrouillage méthodique avant 2027

Emmanuel Moulin, ex-secrétaire général de l'Élysée, est auditionné aujourd'hui. Pour prendre la tête de la Banque de France. Poste clé : taux du Livret A, taux d'usure, indépendance monétaire. Mais derrière la compétence technique se trame un deal politique — le verrouillage des institutions avant 2027. La gauche est unie contre. Le RN dénonce un coup d'État rampant. Et tout repose sur un marchandage entre Macron et les sénateurs LR.
121 commissaires votent. Pas une majorité simple : il faut 3/5e des voix pour bloquer la nomination. Soit 73 « non ». La gauche entière — PS compris — dit non. Le RN aussi. Mais ça ne suffit pas. Les centristes et les Républicains du Sénat tiennent la clé.
Et ils ont un prix.
Un nom circule : Buffet
François-Noël Buffet, sénateur LR du Rhône. En échange du soutien des sénateurs LR à Emmanuel Moulin, Macron nommerait Buffet au poste de Défenseur des droits — bientôt vacant. Échange de bons procédés. Gérard Larcher, président du Sénat, mènerait les négociations.
Les observateurs parlementaires le confirment. « C'est ce qui se profile », confie un connaisseur des couloirs du Palais du Luxembourg. « C'est la grande marmite des négociations », ajoute un journaliste présent lors des auditions. Le deal est sur la table. Et il est quasi scellé.
Pourquoi ? Parce que le calcul est simple. À l'Assemblée nationale, les opposants sont trop nombreux. Mais au Sénat, LR pèse lourd. Si le groupe vote en bloc pour Moulin, le seuil des 3/5e contre n'est pas atteint. La nomination passe.
Ce n'est pas la première fois. Macron a déjà placé Richard Ferrand au Conseil constitutionnel, Amélie de Montchalin à la Cour des comptes. Trois institutions, trois proches. Et maintenant la Banque de France.
Le soupçon naît immédiatement : le président veut verrouiller l'appareil d'État avant que le RN ne puisse l'atteindre. « Vous avez le soupçon politique dont le RN peut tout à fait se servir », analyse un commentateur politique. « Ils disent : "Vous voulez verrouiller l'appareil d'État avant que nous, éventuellement, nous puissions exercer les responsabilités." » La petite musique est lancée.
Impeccable, le CV d'Emmanuel Moulin
Directeur de cabinet de Bruno Le Maire à Bercy. Directeur du Trésor. Directeur de cabinet de Gabriel Attal à Matignon. Secrétaire général de l'Élysée. « Grand commis de l'État », répètent ses partisans. Personne ne remet en cause ses compétences.
Mais c'est un proche d'Emmanuel Macron. Un fidèle. Un homme qui a passé des années dans l'orbite présidentielle. Sa nomination intervient alors que le mandat de François Villeroy de Galhau courait jusqu'en 2027 — après l'élection. Pourquoi part-il maintenant ? Villeroy évoque un poste dans l'associatif, les Apprentis d'Auteuil. Mais le timing interroge.
« La question, elle est plus dans la temporalité de cette nomination », soulève un intervenant. « Le mandat de Villeroy de Galhau courait jusqu'en 2027, au-delà de l'élection présidentielle. Il a démissionné plutôt. Pourquoi 2026 ? » La réponse est politique. Macron anticipe. Il veut un gouverneur qui soit son homme — pas celui d'un éventuel président RN.
L'indépendance de la Banque de France est pourtant un dogme européen. Une banque centrale ne doit pas être inféodée au pouvoir politique. Elle fixe le taux du Livret A, les taux d'usure des crédits immobiliers. Elle est un rempart contre les décisions électoralistes à court terme. « On n'a pas envie de laisser ça aux politiques », résume un expert.
Mais là, on nomme un homme de confiance. Est-ce que cela signifie qu'il sera docile ? Pas forcément. Robert Badinter, nommé par Mitterrand à la tête du Conseil constitutionnel, avait parlé du « devoir d'ingratitude ». Richard Ferrand a repris l'expression : « Je descends pas de la cuisse de Jupiter, j'ai aussi mon autonomie. » Les doutes persistent.
Une nomination isolée ? Non, un mouvement
Richard Ferrand au Conseil constitutionnel, Amélie de Montchalin à la Cour des comptes, Emmanuel Moulin à la Banque de France. Trois institutions — trois proches de Macron. Et il y a une suite : le poste de Défenseur des droits pourrait échoir à François-Noël Buffet, un LR, mais dans le cadre d'un échange politique.
Le livre de Michel Moreau, journaliste, révèle l'ampleur du pouvoir de nomination présidentiel. « Il n'a pas obtenu comme document la liste de tous les postes qu'un président peut nommer en France », rapporte un commentateur. « Ça se chiffre entre 5 000 et 10 000 postes qui peuvent dépendre directement de l'Élysée. » De l'Opéra comique au château de Versailles, en passant par les ambassadeurs.
L'article 13 de la Constitution donne au président un pouvoir quasi monarchique sur les nominations. « C'est un révélateur de ce qui se passe sur ces nominations, ça nous rappelle à quel point la Constitution est présidentielle, voire monarchiste républicaine », analyse un intervenant.
Macron utilise ce pouvoir sans complexe. En fin de règne, il place ses pions. Les critiques fusent : la gauche parle de « verrouillage ». Le RN, de « coup d'État institutionnel ». Mais le président répond par les textes : il nomme, c'est son droit.
Emmanuel Macron reviendra-t-il après 2027 ?
Ses déclarations se contredisent. Interrogé par un jeune lors d'un déplacement à Chypre, il a lâché : « Je n'ai pas fait de politique avant, je n'en ferai pas après. » Un an plus tôt, au Cirque d'Hiver pour l'anniversaire des dix ans d'En marche, il disait : « Vous devrez compter avec moi dans 5 ans, dans 10 ans, dans 15 ans. »
Deux messages. Le premier pour rassurer. Le second pour maintenir le suspense. « Il a brouillé les pistes », constate un journaliste. « En général, un ancien président de la République fait toujours un peu de politique. » François Hollande et Nicolas Sarkozy sont consultés, commentent. Pourquoi Macron ferait-il exception ?
Mais Macron a un handicap : il n'a jamais eu de mandat électif avant l'Élysée. Pas de circonscription, pas de mairie. « Il n'a pas d'ancrage », note un observateur. Un projet de candidature à la mairie de Marseille avait même été évoqué — sans suite. Difficile de redevenir député quand on n'a jamais été élu local.
Alors que fera-t-il après 2027 ? Il a travaillé chez Rothschild. Il pourrait retourner dans le privé. Ou se lancer dans une fondation, un think tank. Mais les nominations actuelles laissent penser qu'il veut garder la main. Même hors de l'Élysée, il pourrait peser.
L'audition en direct
Elle a lieu en ce moment même. Emmanuel Moulin face aux commissaires des finances. Le vote interviendra dans l'après-midi. Le sort de la Banque de France se décide à quelques voix près.
La gauche est unie. Le PS, contrairement à certaines ambiguïtés passées, vote contre. Le RN aussi. Mais il manque des voix pour atteindre les 3/5e. Les centristes pourraient se diviser. Les LR du Sénat, eux, semblent prêts à voter pour — en échange de Buffet.
« C'est un échange assumé », confie un parlementaire. « On regardera vote par vote, mais c'est ce qui se profile. » Les observateurs sont quasi unanimes : la nomination devrait passer. Le vivier LR au Sénat est suffisant.
Et après ? Emmanuel Moulin deviendra gouverneur pour six ans. Il fixera le taux du Livret A, les taux d'usure, participera à la politique monétaire européenne. Officiellement, il sera indépendant. Officieusement — il reste le candidat de Macron.
Le RN dénonce le verrouillage. Mais lui-même, s'il arrivait au pouvoir, ferait de même. « Si le RN arrivait effectivement au pouvoir, ils feront la même chose », analyse un intervenant. La logique du système est implacable : celui qui nomme place ses fidèles.
5 000 à 10 000 postes — oui, vous avez bien lu
C'est le nombre de nominations que le président de la République peut contrôler directement. Michel Moreau, dans son enquête, a buté sur le secret de ces listes. L'Élysée n'a pas communiqué le document. Le pouvoir est diffus, opaque.
Opéra comique, château de Versailles, ambassadeurs, hauts fonctionnaires, magistrats. Chaque nomination est une occasion de placer un allié. Macron a compris la leçon — mieux que quiconque. Il applique la méthode avec méthode.
Ferrand au Conseil constitutionnel, Montchalin à la Cour des comptes, Moulin à la Banque de France. Et bientôt Buffet au Défenseur des droits si le deal tient. C'est un filet qui se referme sur les institutions avant l'élection de 2027.
La question n'est pas la compétence. Elle est politique.
Un système qui ne dit pas son nom
Ce n'est pas une erreur de gestion. C'est un système. Et ce système a des noms. Emmanuel Macron en est le chef d'orchestre. Il utilise les pouvoirs que lui confère la Constitution, mais il les utilise pour verrouiller l'avenir.
Le RN crie au scandale. La gauche dénonce le pillage des institutions. Mais personne ne s'étonne vraiment. Voilà. La Ve République est faite pour ça. Pouvoir vertical, nominations discrétionnaires, contre-pouvoirs faibles. Le président nomme, le Parlement peut s'opposer à la majorité des 3/5e, mais c'est un seuil difficile à atteindre.
Le verdict tombera aujourd
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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