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Migrants en Libye : l'Europe accusée de complicité avec les milices

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-29
Illustration: Migrants en Libye : l'Europe accusée de complicité avec les milices
© YouTube

Tajoura : un hangar de 130 morts

Avril 2019. Les forces du maréchal Haftar avancent sur Tripoli — les centres de détention se retrouvent sur la ligne de front. Celui de Tajoura ? Un hangar surpeuplé. À l’intérieur : plus de 600 migrants détenus arbitrairement.

Le missile frappe. Le hangar s’effondre. Selon des témoins : « Il y avait partout des blocs et des débris de fenêtres. Des blessés tentaient de s’enfuir. Certains couraient sur un mètre ou deux avant de s’effondrer. » Selon un survivant : « Voir tous les migrants, leurs membres coupés, certains avaient leur tête arrachée. Ce jour‑là, les hôpitaux étaient remplis de migrants. 130 d’entre eux ont été tués. »

La commission d’enquête des Nations Unies en Libye a conclu : ce bombardement « doit être considéré comme un crime de guerre ». Des civils sans armes, détenus de manière abusive, ont été tués.

Mais Tajoura n’est pas un accident. C’est l’aboutissement d’un système.

90 millions d’euros : l’argent qui tue

Depuis juin 2018, l’UE a exigé de la Libye d’élargir sa zone d’intervention en mer. En échange ? 90 millions d’euros. Les garde‑côtes libyens couvrent désormais une zone dix fois plus vaste — jusqu’à 200 kilomètres de leurs côtes.

Objectif officiel : lutter contre les trafiquants d’êtres humains. La réalité ? Tout autre. Selon les témoignages, les garde‑côtes interceptent les migrants et les ramènent directement dans les centres de détention contrôlés par les milices. Certains garde‑côtes sont eux‑mêmes membres de ces milices.

Selon un garde‑côte : « On n’a pas assez de bateau. On n’est pas assez nombreux. L’Union européenne ne nous aide pas assez. Leur aide, ce sont des paroles en l’air. Rien de concret. » Un autre admet que les bateaux fournis par l’Italie en 2007‑2008 « ne sont pas adaptés aux opérations de recherche et de sauvetage ».

Mais l’Europe continue de financer. L’ONU a documenté des affaires de corruption et de violence impliquant les garde‑côtes. Certains ont tué des migrants. Leurs crimes sont restés impunis. Et l’argent continue de couler.

Un centre à 6 millions d’euros — un fiasco total

Novembre 2018. L’UE finance un nouveau centre : le GDF (Gathering and Departure Facility). Coût : 6 millions d’euros (oui, vous avez bien lu). Géré par le HCR et le ministère de l’Intérieur libyen, il doit faciliter l’évacuation des réfugiés.

C’est un échec retentissant.

Le GDF est illégal dès sa création : la Libye n’a pas signé la Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés. Le terrain n’appartient même pas au ministère, mais à une entreprise privée qui devait le récupérer sur décision judiciaire.

Rapidement, le centre est « noyauté par les milices ». Les miliciens récupèrent une partie de l’argent versé par l’Europe. Selon un ancien responsable : « Les sources d’information dont nous disposons confirment des arrangements et de la corruption dans les contrats de financement, estimés à 250 000 dollars. »

Le GDF devient un camp militaire où s’entraîne la milice qui le contrôle. En mars 2020, il ferme. Les migrants ? Abandonnés. Selon un témoin : « Le HCR a jeté l’éponge et l’histoire a pris fin. Une histoire triste dont les migrants sont les victimes. »

Voilà. L’argent européen, destiné à protéger, a financé les bourreaux.

Le HCR : des promesses, du racisme, de l’indifférence

Le Haut Commissariat aux réfugiés est censé protéger les migrants. Sur le terrain, les témoignages décrivent une tout autre réalité.

Selon un migrant : « Je suis allé au HCR pour des problèmes de peau. Quand mon tour est venu, le docteur n’était plus là. Un employé m’a crié dessus : “Dégage, esclave.” Ça m’a profondément blessé. »

Selon un autre : « Cela fait 4 ans que j’ai été enregistré par le HCR. À ce jour, ils ne m’ont rien donné, même pas une brosse à dents. Aucun soutien moral. Je ne veux pas d’argent. Quelques mots de réconfort. »

Des promesses d’évacuation. Des quotas dérisoires. Après le bombardement de Tajoura, les survivants espèrent être évacués. Le HCR leur annonce : « Peut‑être pour 10 ou 15 % d’entre eux. » Il faut le dire — aux 600 personnes entassées. Selon un agent du HCR : « Il fallait leur dire : vous êtes extrêmement vulnérables, vous êtes tous dans un endroit dangereux. Mais pour votre évacuation, le HCR n’est pas en mesure de prendre tout le monde. »

Les migrants se sentent abandonnés. Beaucoup vivent dans des bidonvilles insalubres à Tripoli, sans eau, sans électricité. « Le HCR ne nous a jamais entendus. On nous a mis en pleine ville et on nous a ensuite abandonnés. »

Tortures, rançons, morts : bienvenue en Libye

Médecins sans frontières témoigne. Dans leur clinique de Tripoli, ils voient défiler des jeunes hommes — souvent moins de 18 ans — avec des marques de brûlure, de coups. Selon un médecin : « Sur cette photo, on voit les traces des tuyaux utilisés pour les frapper. Ce jeune a 16 ans. On ne s’habitue pas. Ces photos sont toujours les mêmes. Cela prouve le caractère systématique de ce qui se passe dans ces endroits. »

Le système est rodé. Des trafiquants kidnappent les migrants et les vendent à des milices. Ils les détiennent dans des fermes ou des entrepôts. Les rançons réclamées atteignent 10 000, 15 000, 20 000 dollars. Pour forcer le paiement, les miliciens torturent, violentent, privent de nourriture. Ils filment les sévices et envoient les vidéos aux familles.

Un rescapé raconte : « Je suis arrivé en Libye en passant par l’Égypte. Une milice m’a arrêté. Ils m’ont demandé 6 000 dollars. J’ai expliqué que mes parents vivaient dans un camp au Soudan. Ils m’ont alors fait travailler dans une ferme pour payer. J’ai réussi à m’échapper. »

Selon un autre : « À Zintan, nous étions plus de 900 entassés. Il y avait peu d’eau et de nourriture. Dans un hangar, 25 personnes sont mortes de tuberculose. Un incendie a brûlé un ami, un autre a été asphyxié. 27 morts au total. Nous avons protesté. Le HCR a promis de s’occuper de nous. Rien ne s’est passé. »

La machine à broyer

L’Union européenne se défend — elle affirme soutenir la lutte contre les trafiquants et le respect des droits humains. Mais sur le terrain, l’effet est inverse. Les migrants n’ont pas de voies légales pour rejoindre l’Europe. Ils n’ont pas de perspectives. Ils restent piégés en Libye, où les milices font la loi.

Un médecin de MSF résume : « L’Union européenne essaie de faire en sorte que ces gens ne sortent pas de Libye, ne viennent pas en Europe. Sans offrir de perspectives, on continue à les maintenir dans cette situation de violence et de vulnérabilité. C’est la machine à broyer la Libye. »

Un migrant, épuisé, conclut : « Je me suis demandé ce qui se passerait si je retournais dans mon pays. Mon seul espoir, c’est le rap. Je traverserai la mer à nouveau. Ce sera la quatrième fois. C’est mon seul plan. »

L’enquête continue. Les questions demeurent. Qui a signé les contrats du GDF ? Qui a validé le financement des garde‑côtes malgré les preuves de corruption ? Où sont passés les 90 millions d’euros ? Les réponses, pour l’instant, restent enfouies sous les sables libyens.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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