Pigasse devant la commission d'enquête : une fondation pour échapper au contrôle ?

Course contre la montre
« Finalement, on vous interroge maintenant parce qu'on pourra pas vous interroger dans 4 mois quand vous aurez monté votre fondation. » La phrase tombe, brutale. Un membre de la commission vient de résumer l'enjeu. Matthieu Pigasse est en train de monter sa fondation pendant l'audition. Une fois créée, la commission d'enquête — dont le mandat expire bientôt — ne pourra plus rien lui demander. Une course contre la montre. Pigasse doit répondre maintenant.
Le transcript révèle un échange tendu. La commission cherche à comprendre comment le groupe Combat, via sa future fondation, pourrait peser sur les politiques publiques. Pigasse, lui, minimise. « Moi j'ai jamais rien demandé à l'État », affirme-t-il. « Et d'ailleurs, on a aucun soutien public. Aucun. » Il ajoute : « J'ai pas vocation demain à en demander. »
Pourtant, la commission rappelle que les festivals — que le groupe Combat organise ou soutient — relèvent des politiques publiques. « Les festivals, c'est pas une politique publique », rétorque Pigasse. Il connaît bien le sujet : « J'ai un passé de haut fonctionnaire de la culture. » Le soutien public aux festivals est « quasiment nul », explique-t-il. Mais un député insiste : « Les festivals, quel qu'il soit, ont quand même un accompagnement public. Ne serait-ce que les mobilités, c'est un accompagnement public. »
Financement privé, influence publique ?
Voilà le cœur du débat : la frontière entre argent privé et influence sur les politiques publiques. La commission s'interroge sur les « trous dans la raquette » en matière de contrôle et de régulation. Pigasse, lui, voit sa fondation comme un simple outil de centralisation. « Le rôle de la fondation ne sera en rien politique », assure-t-il. « C'est simplement la volonté qui est la nôtre, c'est que nous on arrive à centraliser chez nous ce que l'on fait. »
Mais la commission pointe un mécanisme clé : la défiscalisation. Un député explique : « Vous allez monter une fondation qui ouvrira donc légitimement un certain nombre de défiscalisations possibles sur les dons et donc un financement indirect de la part de l'État. » Pigasse ne nie pas. Il affirme seulement que ce n'est pas son objectif.
Le groupe Combat est un groupe de médias engagé. Pigasse le revendique : « On a un groupe de médias engagé. On l'a dit, redige, j'y reviens pas mais je l'assume. » Il parle même de « bataille culturelle ». Une expression qui fait écho à son passé de haut fonctionnaire de la culture — il a travaillé au ministère. Ce passé lui donne une légitimité, mais aussi une connaissance des rouages.
Une « bataille culturelle » assumée
« Je fais pas de métapitique, hein. Je cache pas ce que je fais, au contraire. » Pigasse assume. Il veut « suffisamment d'ailleurs ». La commission, elle, veut savoir comment garantir l'indépendance et l'intégrité des projets soutenus. Pigasse répond par la transparence : « Je dis ce que je fais, je fais ce que je dis. »
Mais la commission n'est pas rassurée. Elle voit dans la fondation un moyen de contourner le contrôle parlementaire. « On arrive à la fondation Combat », dit un député. « Le sujet c'est le sujet des écosystèmes, des outils, des outils de la transparence. » La philanthropie intervient. Et même si Pigasse ne se cache pas, « pour autant on voit bien qu'à un moment la philanthropie, elle intervient. »
Le transcript montre une commission qui cherche à anticiper. Pigasse tente de rassurer. Mais les questions restent : comment une fondation privée, bénéficiant de défiscalisation, peut-elle financer des actions sans influencer les politiques publiques ? Où est la ligne rouge ?
Zones d'ombre
La commission souligne que les festivals — même sans subventions directes — bénéficient d'accompagnements publics : hébergement par des établissements publics, mobilités, etc. « La sphère publique est concernée par la présence du festival et l'accompagne d'une manière ou d'une autre », insiste un député. Pigasse minimise. « Le soutien au festival est quasiment nul », répète-t-il.
Aucun chiffre, montant ou nom de festival n'apparaît dans le transcript. L'échange reste au stade des arguments. La commission interroge, Pigasse répond. Rien de plus.
L'enjeu est réel : la commission d'enquête a été créée pour examiner le financement de politiques publiques par des organismes privés. L'audition de Pigasse n'est qu'une parmi d'autres. Le groupe Combat, avec ses médias engagés et sa future fondation, se retrouve au cœur du débat sur l'influence privée.
Un passé qui interroge
Matthieu Pigasse n'est pas un inconnu. Ancien haut fonctionnaire de la culture, il a dirigé des institutions. Aujourd'hui, il est à la tête d'un groupe de presse et de production. Sa connaissance des arcanes de l'État lui permet de naviguer avec aisance. Mais elle soulève aussi des questions. La commission le sait. « Vous avez un passé de haut fonctionnaire de la culture », rappelle un député. Pigasse ne le nie pas. Il l'utilise même pour justifier son expertise.
Le transcript ne révèle pas de scandale. Pas de chiffres cachés, pas de preuves de détournement. Mais il met en lumière une tension : celle entre la volonté de transparence de la commission et la stratégie d'un groupe médiatique qui assume son engagement politique. La fondation est-elle un outil de plus dans cette « bataille culturelle » ? Ou simplement un moyen de centraliser des actions caritatives ?
La commission n'a pas tranché. Pigasse non plus. L'audition s'est terminée sans conclusion. Mais le dossier reste ouvert.
Sources
- Commission d'enquête parlementaire – audition de M. Pigas (groupe Combat)
📰Source :YouTube
Par la rédaction de Le Dossier
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