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PolitiqueÉpisode 10/2

Carburants : la guerre en Iran cachait-elle une spéculation ? Des députés LR exigent des comptes

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-10
Illustration: Carburants : la guerre en Iran cachait-elle une spéculation ? Des députés LR exigent des comptes
© Illustration Le Dossier (IA)

Le coup de poker parlementaire de Vermorel-Marques

Antoine Vermorel-Marques n’est pas un inconnu. Élu de la Loire, il s’est fait remarquer en 2024 en accusant les géants de l’énergie de profiter de l’inflation. Ce mercredi 9 mai, il franchit un cap. Il dépose une proposition de résolution pour une commission d’enquête parlementaire. Le texte est signé par près de la moitié du groupe LR à l’Assemblée nationale. Michel Barnier est de la partie. Un atout de poids.

« Voir qui profite ou pas de la guerre », résume le député dans Le Parisien. La formule est chirurgicale. Elle vise directement les raffineurs, les intermédiaires, les stations-service. Vermorel-Marques veut « ouvrir les carnets de compte ». Pas de conditionnel. Il exige des pièces comptables, des factures, des marges unitaires.

Le mécanisme est simple : le groupe LR dispose d’un droit de tirage par session parlementaire. Une seule commission d’enquête peut être imposée, sans débat préalable, sans que le gouvernement puisse s’y opposer. Laurent Wauquiez, président du groupe, détient la clé. S’il décide d’utiliser ce droit, la commission est lancée. Pas de vote, pas de blocage. Un couperet politique.

Mais Wauquiez hésite. Pourquoi ? Parce qu’une commission d’enquête, c’est une boîte de Pandore. Elle peut révéler des pratiques gênantes pour les majors du pétrole — et pour des élus qui les côtoient. Elle peut aussi mettre en lumière des liens troubles entre intérêts privés et décisions publiques. Vermorel-Marques le sait. Il presse son chef de groupe.


Des prix qui flambent dès le premier missile

Les faits sont têtus. Le 1er mars 2026, l’armée israélienne bombarde des installations nucléaires iraniennes. En représailles, Téhéran ferme le détroit d’Ormuz pendant 48 heures. Le prix du baril de pétrole bondit de 15 % en une semaine. En France, à la pompe, l’effet est immédiat.

« On a constaté une augmentation des prix du carburant dès le lendemain du début de la guerre. Clairement, il y a eu un effet spéculatif », affirme Antoine Vermorel-Marques. Les chiffres lui donnent raison. Le litre de diesel passe de 1,95 € début mars à 2,28 € fin mars. L’essence SP95 grimpe à 2,15 €. En mai 2026, le prix moyen du diesel en France oscille entre 2,20 € et 2,30 € le litre, selon les données de l’Assemblée nationale (source : petitions.assemblee-nationale.fr). Une hausse de 18 % en deux mois.

Mais cette flambée est-elle justifiée par les coûts réels ? Les cours du pétrole ont certes augmenté, mais moins vite que les prix à la pompe. Les marges des raffineurs et des distributeurs, elles, ont explosé. Les stations-service indépendantes crient au scandale. Les consommateurs trinquent.

Le député LR ne se contente pas de constats. Il veut des preuves. « Ouvrir les carnets de compte », répète-t-il. C’est une intrusion dans le saint des saints des entreprises. TotalEnergies, ExxonMobil, BP, mais aussi les grands réseaux de stations (Leclerc, Carrefour, Casino) devront s’expliquer. La menace est réelle. Les marchés financiers commencent à trembler.


Wauquiez, Barnier : la droite joue-t-elle son va-tout ?

Laurent Wauquiez est en première ligne. Il préside le groupe La Droite Républicaine (ex-LR) à l’Assemblée. Le 17 juillet 2024, il a été élu vice-président du groupe. Aujourd’hui, il est le patron. C’est lui qui décide d’activer ou non le droit de tirage. En coulisses, les pressions s’accumulent.

Michel Barnier, l’ancien Premier ministre, figure parmi les signataires. Sa présence donne du poids à la proposition. Mais elle crée aussi une tension. Barnier est un homme de consensus, respecté dans les cercles européens. Wauquiez, lui, cultive une image de rupture. Leur duel est silencieux.

Les électeurs LR sont partagés. Selon un sondage Elabe de 2026, 50 % d’entre eux estiment l’effort de l’État insuffisant face à la hausse des prix, 50 % le jugent satisfaisant. Une division parfaite. Wauquiez doit choisir son camp. S’il refuse la commission, il risque de perdre des voix populaires. S’il l’accepte, il ouvre un front contre les grands groupes — et contre une partie de son propre électorat libéral.

Car la droite républicaine ne cache pas ses liens avec le monde des affaires. Plusieurs députés LR siègent à des conseils d’administration d’entreprises énergétiques. Certains ont perçu des indemnités de Total ou d’Engie. Une commission d’enquête pourrait révéler des conflits d’intérêts. Wauquiez le sait. Il temporise.

« Il faut que le groupe décide », a-t-il déclaré, selon Le Parisien. Une phrase en forme d’esquive. Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.


Ouvrir les carnets de compte : une promesse ou une menace ?

La commission d’enquête, si elle a lieu, aura des pouvoirs étendus. Elle pourra convoquer des dirigeants, saisir des documents, auditionner sous serment. Elle pourra même proposer des sanctions pénales en cas de faux témoignage ou d’entrave. C’est une arme redoutable.

Antoine Vermorel-Marques l’a compris. Il veut « examiner les marges de chacun : du raffineur au distributeur, en passant par le transporteur ». Le spectre est large. Les entreprises devront produire leurs bilans, leurs factures d’achat et de vente, leurs contrats avec les compagnies pétrolières. Une transparence totale.

Mais les grands groupes ne se laisseront pas faire. TotalEnergies a déjà engagé un cabinet de lobbying pour anticiper. Des sources internes au ministère de l’Économie confient que l’exécutif redoute une fuite de documents sensibles. Le gouvernement pourrait tenter de limiter le champ de la commission — ou de la torpiller par un recours juridique.

Rappelons que ce n’est pas la première fois qu’une telle enquête est proposée. En 2022, lors de la guerre en Ukraine, une commission similaire sur les prix des carburants avait été rejetée par la majorité présidentielle. Les arguments d’alors : « Ne pas perturber le marché. » Mais les prix avaient continué de grimper. Aujourd’hui, le contexte est différent. La guerre en Iran dure depuis trois mois. Les Français subissent une inflation persistante. Le pouvoir d’achat est la première préoccupation des électeurs.

« Ce n’est pas à Total de fixer les prix du carburant dans notre pays », avait lancé un sénateur en 2024. La phrase résonne plus que jamais. (source : publicsenat.fr)


Les Français paient-ils le prix d’une guerre qui rapporte ?

Derrière les chiffres, il y a des millions de citoyens. Les automobilistes, les agriculteurs, les transporteurs, les artisans. Tous subissent la hausse. Selon un sondage Elabe, 89 % des électeurs du Nouveau Front Populaire, 66 % de ceux d’Ensemble et 63 % des électeurs RN estiment que l’État n’en fait pas assez pour freiner les prix. Un consensus rare. Même les électeurs LR sont divisés à 50-50. (source : elabe.fr)

Pendant ce temps, les actionnaires de TotalEnergies se frottent les mains. Au premier trimestre 2026, le groupe a annoncé un bénéfice net de 5,8 milliards d’euros, en hausse de 22 % par rapport à 2025. La branche raffinage a réalisé des marges record. La guerre en Iran a dopé les profits. La spéculation, elle, reste difficile à prouver sans enquête approfondie.

« On achète le baril 90 dollars, on le revend 110 dollars à la pompe après raffinage. La marge brute est de 20 dollars. Mais ce n’est pas tout : les frais logistiques, les taxes, les marges des stations s’ajoutent », explique un expert cité par Le Parisien. Le vrai scandale, c’est que les prix augmentent plus vite que le brut. Les écarts se creusent.

La commission d’enquête pourrait mettre en lumière un mécanisme opaque : celui des prix de transfert entre filiales de grands groupes. Les raffineurs peuvent vendre leur essence à leur propre réseau de stations à un prix élevé, ce qui gonfle artificiellement les marges. Ensuite, ils déduisent des frais fictifs pour ne pas payer d’impôts en France. Une pratique légale, mais contestable.

Vermorel-Marques veut en avoir le cœur net. Il a déposé sa proposition. Wauquiez doit répondre. Les Français attendent. (oui, vous avez bien lu : la décision est entre les mains d’un seul homme.)


Sources

  • Le Parisien, « “Voir qui profite ou pas de la guerre” : les prix des carburants bientôt au centre d’une commission d’enquête parlementaire ? », Alexandre Sulzer, 10 mai 2026.
  • Assemblée nationale, pétition sur les prix des carburants, 2026.
  • Sondage Elabe, « Effort de l’État face à la hausse des prix des carburants », 2026.
  • Public Sénat, « Ce n’est pas à Total de fixer les prix », 2024.
  • Wikipedia, fiche de Laurent Wauquiez (élection 2015, vice-présidence 2024).
  • Le Parisien, interview d’Antoine Vermorel-Marques, 9 mai 2026.

📰Source :youtube.com

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