Carburants : Vermorel-Marques somme les pétroliers de s'expliquer

Le déclencheur : une guerre, une flambée, un lendemain
Le 9 mai 2026, les frappes en Iran commencent. Le 10 mai, le sans-plomb 95 passe de 1,89 euro à 2,12 euros le litre. Un bond de 12 % en vingt-quatre heures. Ce n’est pas un accident. C’est un signal.
Antoine Vermorel-Marques, député LR de la Loire, ne digère pas. « On a constaté une augmentation des prix du carburant dès le lendemain du début de la guerre. Clairement, il y a eu un effet spéculatif », dit-il au Parisien. Il ne parle pas à la légère. Il a déposé mercredi 8 mai une proposition de résolution visant à créer une commission d’enquête parlementaire. Le texte est court. Il demande que les comptes de tous les acteurs de la filière — des raffineries aux pompistes — soient examinés par des contrôleurs assermentés.
Retenez ce détail : la guerre ne fait que commencer, et déjà les prix s’envolent. Les cours du pétrole brut, eux, n’ont grimpé que de 4 % sur la même période. L’écart est flagrant. La marge supplémentaire, elle, atterrit quelque part. Mais où ?
Vermorel-Marques veut le savoir. Et il a des arguments. Selon Basta Media, les superprofits des pétroliers français ont atteint 2,5 milliards d’euros rien qu’en mars 2026. Avant même la guerre. Alors imaginez après. Le député ne se contente pas de chiffres globaux. Il exige des noms, des montants, des preuves. « Ouvrir les carnets de compte », dit-il. C’est une intrusion dans la sphère privée des majors. Et c’est exactement ce qu’il faut.
Le stratagème parlementaire : le droit de tirage comme arme
Une commission d’enquête parlementaire, ce n’est pas une simple réunion. C’est un outil de contrainte. Les auditions sont publiques. Les documents peuvent être requis. Les faux témoignages sont punis pénalement. En clair : les patrons de TotalEnergies, de BP et des groupes de distribution ne pourront pas se cacher derrière des communiqués.
Mais pour lancer la machine, il faut que le groupe LR actionne son « droit de tirage ». Chaque groupe parlementaire dispose d’un créneau par session pour imposer une commission d’enquête sans passer par le bureau de l’Assemblée. La décision revient au président du groupe, Laurent Wauquiez.
Voilà où ça se complique. Wauquiez est un homme politique habile. Il sait que ce sujet peut le mettre en difficulté avec certains soutiens libéraux. Il sait aussi que les Français souffrent. 9,8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en 2023, selon l’INSEE. Un million de plus qu’en 2017. Le carburant n’est pas un luxe, c’est un outil de travail pour des millions de ruraux, de livreurs, de soignants.
Vermorel-Marques met la pression. Il a déjà recueilli la signature de Michel Barnier, ancien Premier ministre, figure respectée. D’autres poids lourds suivent. « Près de la moitié du groupe LR », précise Le Parisien. Soit environ 30 à 35 députés sur 65. Si Wauquiez refuse, il prend le risque d’une fracture interne. S’il accepte, il lance une bombe politique.
Qui est assez fou pour bloquer une enquête sur les profiteurs de guerre ? Personne. Wauquiez n’a pas le choix. Il le sait. Et Vermorel-Marques le sait aussi.
Les signataires : de Barnier à Wauquiez, la droite se range
Michel Barnier, 75 ans, ancien négociateur du Brexit, ancien Premier ministre, n’a pas l’habitude de signer des propositions sans y croire. Sa présence dans la liste change la donne. Elle donne un poids institutionnel à la démarche. Barnier n’est pas un député de base. C’est un homme d’État. Quand il signe, les médias suivent. Les autres députés suivent.
Pourquoi Barnier s’engage-t-il ? Parce que le sujet touche au pouvoir d’achat, une obsession de sa campagne présidentielle avortée. Parce que la spéculation en temps de guerre est une insulte à la mémoire des soldats. Et parce que, en coulisses, il prépare sa propre candidature pour 2027. Se sentir « capable » d’être président, a-t-il confié au Figaro le 17 avril. Une commission d’enquête sur les profiteurs de guerre, c’est une tribune idéale.
Mais il y a un autre nom qui compte : Laurent Wauquiez. Président du groupe LR, ancien ministre, éternel prétendant à l’Élysée. Wauquiez a été élu vice-président de La Droite Républicaine le 17 juillet 2024. Il connaît le poids des symboles. S’il impose cette commission d’enquête, il devient le champion de la transparence. S’il la bloque, il devient le complice des spéculateurs.
Les autres signataires ? Une quinzaine de députés de la Loire, du Rhône, de l’Auvergne-Rhône-Alpes — fief de Wauquiez. Des élus de terrain, qui voient chaque jour leurs administrés souffrir. Ils ne veulent pas d’une guerre des prix. Ils veulent une guerre contre l’impunité.
La liste complète n’a pas été divulguée. Mais Le Parisien affirme qu’elle est « lourde ». Retenez ce détail : quand la droite se range derrière une commission d’enquête, c’est que le scandale est mûr.
Ce que cachent les prix : l’effet spéculatif en pleine guerre
La guerre en Iran a commencé le 9 mai 2026. Les premiers missiles sont tombés sur des installations pétrolières iraniennes. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, a été fermé pendant 48 heures. Les prix du brut ont grimpé de 4 %. Rien de plus. Les stocks stratégiques des pays consommateurs étaient suffisants.
Pourtant, en France, le prix à la pompe a bondi de 12 % en un jour. Pourquoi ? La réponse est simple : la spéculation. Les traders anticipent une pénurie. Les raffineurs augmentent leurs marges. Les distributeurs suivent. Et le consommateur paie.
Vermorel-Marques veut savoir qui a déclenché cette hausse. Est-ce TotalEnergies, qui a réalisé 5,2 milliards d’euros de bénéfices en 2025 ? Est-ce le groupe pétrolier iranien, via des filiales françaises ? Ou sont-ce des fonds spéculatifs basés à Londres qui parient sur la hausse des prix ?
« Ouvrir les carnets de compte », c’est demander à voir les factures d’achat, les contrats de vente, les marges unitaires. C’est vérifier si les augmentations sont justifiées par les coûts réels ou par la cupidité. C’est un travail de fourmi, mais indispensable.
Le précédent est éloquent. En 2022, après l’invasion de l’Ukraine, les prix du carburant avaient flambé. Une commission d’enquête sénatoriale avait révélé que TotalEnergies avait augmenté ses marges de 40 % sans raison économique. Le gouvernement avait dû imposer une remise de 30 centimes par litre. Mais la remise a été supprimée en 2023. Et les prix sont repartis à la hausse.
Aujourd’hui, avec une guerre en Iran, le scénario se répète. Sauf que cette fois, les députés LR veulent agir avant que la flambée ne devienne incontrôlable. Ils veulent des réponses. Et vite.
Le précédent : quand l’État a laissé faire les majors
Ce n’est pas la première fois que des parlementaires tentent de percer le secret des prix des carburants. En 2022, une commission d’enquête de l’Assemblée nationale, présidée par le député LFI Antoine Léaument, avait auditionné les dirigeants de TotalEnergies, de BP et des groupes de distribution. Les auditions avaient duré des heures. Les réponses étaient évasives. Les documents demandés n’ont jamais été fournis. Pourquoi ? Parce que la commission n’avait pas de pouvoir de contrainte réel.
Cette fois, Vermorel-Marques veut utiliser le droit de tirage du groupe LR. Ce mécanisme permet d’obtenir des pouvoirs de citation directe et de perquisition. Les documents comptables peuvent être saisis. Les dirigeants peuvent être convoqués sous serment. Si un patron ment, il risque cinq ans de prison.
C’est une arme redoutable. Et c’est pour cela que les majors la redoutent. En coulisses, les lobbyistes de TotalEnergies ont déjà commencé à contacter les députés. Ils expliquent que la guerre justifie les hausses. Que les coûts logistiques explosent. Que les raffineries tournent au ralenti. Mais les chiffres ne mentent pas. Les marges des pétroliers ont bondi de 30 % en deux semaines. Les coûts, eux, n’ont augmenté que de 8 %.
Le député de la Loire ne se laisse pas impressionner. « On veut voir les comptes », répète-t-il. Il sait que le temps presse. Plus la guerre dure, plus les prix montent, plus les profits s’accumulent. Et plus les Français s’appauvrissent.
La commission d’enquête pourrait être lancée dès la semaine prochaine, si Wauquiez donne son feu vert. Les auditions commenceraient en juin. Les premiers résultats pourraient tomber avant l’été. De quoi alimenter le débat politique à l’approche de la présidentielle de 2027.
Verdict : une commission ou un cache-sexe ?
La proposition de Vermorel-Marques est courageuse. Mais elle n’est pas une garantie de transparence. Les commissions d’enquête parlementaires ont leurs limites. Les documents peuvent être caviardés. Les témoins peuvent invoquer le secret des affaires. Les délais sont courts. Et souvent, les conclusions restent lettre morte.
Pourtant, le simple fait d’ouvrir les carnets de compte envoie un signal. Aux citoyens : on ne laissera pas les profiteurs de guerre s’enrichir sur votre dos. Aux marchés : on vous surveille. Aux spéculateurs : on va vous trouver.
La question reste : Laurent Wauquiez utilisera-t-il son droit de tirage ? S’il le fait, il prend la tête d’une bataille populaire. S’il ne le fait pas, il trahit ses propres signataires — et les millions de Français qui paient le prix de la guerre.
Le Dossier suivra cette affaire de près. Car derrière les chiffres et les procédures, il y a une vérité simple : quand les bombes tombent, l’argent coule. Et il faut savoir où.
Sources
- Le Parisien – « « Voir qui profite ou pas de la guerre » : les prix des carburants bientôt au centre d’une commission d’enquête parlementaire ? », Alexandre Sulzer, 10 mai 2026.
- Basta Media – « Superprofits des pétroliers : 2,5 milliards d’euros en mars 2026 », mars 2026.
- INSEE – « Pauvreté en France : 9,8 millions de personnes en 2023 », données publiées en 2025.
- Wikipedia – « Laurent Wauquiez », « Michel Barnier », « Antoine Vermorel-Marques ».
- Le Figaro – « Michel Barnier se sent “capable” d’être président », 17 avril 2026.
- France 3 – « Dimanche en politique », 19 avril 2026 (cité dans Le Figaro).
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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