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PolitiqueÉpisode 19/9

Menton : le maire exclut l’opposition des nouveaux conseils de quartier

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-18
Illustration: Menton : le maire exclut l’opposition des nouveaux conseils de quartier
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Des conseils de quartier sans pluralisme

C’est le 30 juin 2026. Le conseil municipal adopte une délibération créant trois conseils de quartier. Un adjoint dédié animera chaque conseil. Objectif : renforcer la proximité avec les habitants.

Mais dès la présentation, l’opposition monte au créneau. M. Martelli liste quatre griefs.

Premier grief : l’opposition n’aura pas de place. « À moins d’être désigné en tant qu’administré, nous en sommes exclus », déclare-t-il. « Sachant que si nous étions désignés en tant qu’administré, cela reviendrait à prendre la place d’un citoyen engagé pour son quartier. »

Deuxième écueil : la composition des conseils est fermée. Une fois les membres désignés, plus aucun nouveau ne peut les rejoindre — pour toute la durée du mandat. Article 4 du règlement intérieur. « Où est la dynamique citoyenne si les portes restent closes pendant plusieurs années ? », interroge Martelli.

Troisième grief : le mode de désignation. Pas de tirage au sort, pas d’élection. Le maire nomme les membres par arrêté. « Cela va créer une suspicion évidente, celle d’un choix orienté et de personnes favorables à la majorité », affirme l’élu.

Quatrième point : le président fixe l’ordre du jour — lui-même adjoint de quartier. L’opposition y voit une instance contrôlée, loin d’une « véritable instance libre de démocratie ».

Martelli conclut : « Vous risquez de créer non pas des conseils de quartier, mais plutôt un simulacre de démocratie. » Il ajoute : « Dans un simulacre de démocratie, on donne la parole au peuple mais jamais le pouvoir. »

Voilà.


Un passif de réunions réduit

M. Champion, autre élu d’opposition, entre dans le détail. Il rappelle l’historique : il y a dix ans, douze secteurs, une réunion mensuelle par secteur — 144 réunions annuelles.

En 2024, nouvelle organisation : huit secteurs, quinze comités de quartier. Autant de réunions annuelles.

Aujourd’hui, la majorité ne propose que trois conseils de quartier, qui se réuniront au minimum deux fois par an — soit six réunions annuelles. « Concrètement, nous sommes passés d’une logique de présence régulière à seulement six réunions annuelles », constate Champion. Il interroge : « En quoi cette évolution constitue-t-elle un renforcement de la proximité ? »

Il pointe aussi une contradiction dans le règlement intérieur. L’article 3 prévoit un tirage au sort si les candidatures dépassent les sièges. L’article 4 affirme que dans ce cas, le maire désigne par arrêté. « Ces deux dispositions ne disent pas la même chose. Quelle règle s’appliquera réellement ? », demande-t-il. Et pourtant.

Champion critique aussi le découpage géographique. Le quartier Ouest regroupe Val de Gorbio, Borrigo et le Cours du Centenaire — pas de problématiques communes, selon lui. Même chose pour le secteur Est, qui mêle vieille ville et résidence Ispar. « À travers cette bonne intention, il pourrait y avoir d’autres moyens d’organiser la démocratie participative locale », estime-t-il.

Il ajoute : trois adjoints de quartier engendrent des dépenses supplémentaires. « On aurait pu avoir une proposition géographique plus cohérente sans engager de dépenses nouvelles. » Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.


Le maire assume : « J’applique mon programme »

Yves Juhel ne se dérobe pas. Sa réponse est directe. « C’est un engagement fort de ma campagne », explique-t-il. Il affirme avoir mené 380 réunions dans sa permanence où il parlait de ces conseils de quartier. « Les Mentonnais ont trouvé ça une excellente idée. J’ai été élu pour mettre en application mon programme. Je l’applique tout bêtement. »

Il reconnaît que le découpage n’est pas parfait. « Forcément, on n’aura pas trois quartiers avec une homogénéité complète des problèmes. » Mais il assume. « Que l’opposition ça vous convienne pas parfaitement bien, c’est votre droit. Moi, j’applique mon programme. »

Sur le mode de désignation, il est catégorique. Il refuse le tirage au sort. « J’aime pas trop l’imprévision », avoue-t-il. « Donc je préfère prendre un arrêté municipal. » Il ironise : « En fait, ce qui vous déplaît à tous, c’est que vous savez pas à quelle sauce vous allez être mangé. »

Il propose néanmoins une ouverture : « Chaque groupe, faites-moi une proposition par quartier. Envoyez-moi des listes de noms. Puis on voit. Je ferai peut-être même une réunion avec vous pour en discuter. » Mais le pouvoir final — le sien.


Un précédent local et des questions de démocratie

Menton n’invente rien. Partout en France, on accuse les conseils de quartier d’être des chambres d’enregistrement. La loi ne fixe pas de règle stricte — elle laisse aux maires une large marge.

Yves Juhel, élu maire le 12 février 2022 après une élection municipale partielle, a fait de la démocratie participative un axe de campagne. Il préside aussi la Communauté d’agglomération de la Riviera française.

Selon l’INSEE, Menton a une population vieillissante, avec 18,8 % de femmes parmi les élus locaux. La participation citoyenne est un enjeu réel dans cette commune touristique.

La méthode du maire suscite des critiques. L’opposition dénonce un simulacre. Le maire n’a pas consulté les habitants sur le règlement intérieur — seuls les élus de la majorité ont participé à sa rédaction.

Le conseil municipal a voté : 18 voix contre 17. Un écart qui reflète la division. Selon Nice-Matin, « les administrés n’ont pas été lâchés du jour au lendemain », rapporte un élu de l’opposition.


Une promesse de campagne, mais à quel prix ?

À quel prix ? Yves Juhel invoque sa légitimité : il a été élu pour appliquer son programme. Mais pour l’opposition, cela ne justifie pas de verrouiller les instances participatives. M. Martelli résume le sentiment : « On partage l’objectif, mais en l’état, le dispositif ressemble davantage à une démocratie encadrée, filtrée et contrôlée plutôt qu’à un véritable exercice de transparence. »

Le maire propose d’étudier les listes de l’opposition. Rien ne garantit qu’un élu d’opposition siègera. S’il est désigné comme simple administré, il prendra la place d’un citoyen — dilemme.

Les citoyens, eux, n’ont pas leur mot à dire. Le maire a écarté le tirage au sort — pourtant prévu à l’article 3. Le règlement reste contradictoire. Le maire assume l’imprécision. « On verra », semble-t-il.

Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.

📰Source :youtube.com

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