Bruno Le Maire accusé d'avoir favorisé les fonds prédateurs qui pillent l'industrie

« Vous n'êtes pas là pour dire aux représentants du peuple qu'ils mentent »
Jeudi 30 avril 2026. La commission d'enquête sur la prédation des capacités productives françaises auditionne l'ancien ministre de l'Économie. Bruno Le Maire est sous serment. Il ne le sait pas encore — mais cette audition sera l'une des plus tendues de sa carrière.
La rapporteure attaque. Directe. Sans filet.
« Vous avez été en charge de la politique économique de la France pendant 7 ans. Nous ne faisons pas du tout le même bilan que vous. Vous faites un auto-satisfecit, mais en réalité les dégâts ont été très concrets, souvent irréversibles : recul de la capacité productive et industrielle, record de défaillances d'entreprises, perte de souveraineté massive dans la chimie, l'acier, le numérique. »
Le Maire écoute. Il encaisse. Puis il explose.
« Je croyais que tout le monde ici était soumis à un devoir de vérité. Quand j'entends la rapporteure d'une commission d'enquête qui avance autant de mensonges devant la représentation nationale, je suis légitimement inquiet. »
La rapporteure ne se démonte pas. Elle coupe : « On peut avoir un débat, mais vous n'êtes pas là pour dire aux représentants du peuple qu'ils mentent. »
La tension est palpable. Le Maire joue gros. On l'accuse d'avoir favorisé — par des avantages fiscaux et une absence de régulation — des fonds d'investissement prédateurs qui ont mis à genoux des fleurons industriels français.
La rapporteure cite des noms. Kem One, racheté en 2021 par Apollo Global Management. Nets Colisée — une société de services numériques. Les maisons de retraite Orpea. Les laboratoires Serba. Les crèches Babylou. Et, dernier exemple en date : la revente de Polytechn à LStar, trois jours avant l'audition.
« Toutes ces entreprises ont été affaiblies, parfois surendettées, pillées, mises en faillite par ces fonds. Ce n'est pas un cas isolé. C'est un système que vous avez bâti depuis que Macron est au pouvoir. »
Kem One : la dette multipliée par 70
La rapporteure sort l'artillerie lourde. Un exemple concret, vérifiable, accablant.
« Kem One, repris en 2021 par le plus grand fonds mondial Apollo. Le résultat aujourd'hui ? Une dette passée de 10 à 700 millions d'euros. L'entreprise allait plutôt bien. Aujourd'hui elle est en très grande difficulté. Les 1300 salariés — j'ai rencontré leurs représentants la semaine dernière — sont extrêmement inquiets pour la pérennité de cet outil stratégique pour la chimie française. »
Dix millions. Sept cents millions. Le rapport est vertigineux.
Le Maire ne répond pas sur le fond. Il contre-attaque sur les chiffres macroéconomiques. Il sort ses propres statistiques : 2,6 millions d'emplois créés en sept ans, dont 120 000 emplois industriels. Il accuse la rapporteure de « mensonge ».
Mais elle tient bon. La part de l'emploi industriel en France est tombée à 10 %. Contre 18 % en Allemagne. Et jamais, sous aucun gouvernement précédent, elle n'avait autant chuté en valeur absolue.
« Il n'y a pas une seule semaine sans qu'une usine stratégique s'effondre. Nous parlerons tout à l'heure d'Atos, dans lequel vous avez une énorme responsabilité. »
Le Maire se défend comme il peut. Il parle de la crise du Covid, du chômage partiel financé par l'État, des prêts garantis. Il rappelle qu'il s'est battu « jour et nuit, 7 jours sur 7 » pour sauver les entreprises.
La rapporteure ne lâche rien. Elle l'accuse d'avoir transformé la crise en opportunité pour les fonds vautours.
La flat tax et l'ISF : les armes du pillage
Au cœur de l'accusation : la fiscalité.
La rapporteure énumère : flat tax à 30 % sur les revenus financiers, suppression de l'ISF, avantages fiscaux pour les management fees des fonds. Un système conçu pour attirer les capitaux — certes — mais qui a surtout attiré les prédateurs.
« En quoi la défiscalisation des revenus financiers, c'est bon pour l'investissement dans l'économie réelle ? En quoi la flat tax pour le management fee, c'est bon pour l'investissement productif ? »
Le Maire rétorque que la flat tax bénéficie à des millions de Français : indépendants, artisans, commerçants, entrepreneurs dont le revenu est constitué de dividendes. Il accuse la rapporteure de vouloir « mettre le couteau sous la gorge » de ces travailleurs.
Mais elle ne se laisse pas déborder. Elle rappelle que le président de la Fédération bancaire française, auditionné la semaine précédente, a lui-même demandé une régulation accrue des fonds d'investissement. Pas une dérégulation.
« Même les banquiers français disent : "Attention, aux États-Unis ça craint, ne faisons pas comme eux." Et vous, vous voulez aligner les règles prudentielles françaises sur les règles américaines. C'est irresponsable. »
Le Maire se défend sur le terrain technique : il distingue supervision bancaire et règles prudentielles. Il plaide pour une concurrence équitable avec les banques américaines. Mais le mal est fait. L'image de l'ancien ministre défendant les fonds prédateurs contre les banques françaises est plantée.
« Si cette commission est un tribunal politique, je ne réponds plus »
À un moment, la tension monte encore d'un cran.
Le Maire, excédé, lance : « Je voudrais que les règles soient claires. Si cette commission d'enquête est un tribunal politique, je ne réponds plus à vos questions. »
La rapporteure ne cille pas. Elle rétorque, froide : « Je suggère qu'on arrête avec un ancien ministre qui dit à une rapporteure de la commission d'enquête parlementaire qu'elle ment. Revenons à un débat constructif. »
Le président de la commission intervient pour calmer le jeu. Mais le mal est fait : Le Maire a perdu son sang-froid sous serment. L'aveu de faiblesse est enregistré.
Pourtant, il ne cède pas sur le fond. Il répète son bilan — 2,6 millions d'emplois créés, 120 000 emplois industriels — et accuse la rapporteure de faire de la politique.
« Ce n'est pas moi qui ai ouvert ce débat politique. Si vous voulez faire de la politique, nous en ferons. Je ne suis pas venu en faire ici. »
Elle lui renvoie la balle : « Vous avez commencé par un auto-satisfecit. Vous m'obligez à y répondre. Notre sujet, c'est l'essor des fonds prédateurs que vous avez favorisés. »
La dérégulation bancaire : le cheval de Troie
Deuxième acte : la régulation bancaire. Le Maire a défendu, pendant son mandat, un alignement des règles prudentielles françaises sur celles des États-Unis. Il le réaffirme devant la commission.
« Il est indispensable d'avoir les mêmes règles prudentielles que les banques américaines pour éviter une concurrence déloyale. Sinon, nous allons continuer à nous faire dévorer notre marché intérieur par les banques américaines. »
La rapporteure s'insurge. Elle cite les menaces de crise financière qui pèsent sur le système bancaire américain — justement à cause d'un manque de régulation. Et elle rappelle que la Fédération bancaire française demande l'inverse : plus de régulation des fonds d'investissement, pas moins.
« Vous voulez imiter le système américain qui nous amène tout droit à une nouvelle crise financière, notamment sur la dette privée. C'est irresponsable. »
Le Maire tente une distinction technique entre « supervision » et « ratios prudentiels ». L'argument passe mal. La rapporteure insiste : « Le président de la Fédération bancaire française était là la semaine dernière pour nous expliquer qu'il faut réguler les fonds d'investissement autant que les banques. Vous êtes plus dérégulateur que les banquiers eux-mêmes. »
L'échange illustre le cœur du problème : Le Maire a utilisé son ministère pour libérer les flux financiers sans filet de sécurité. Les conséquences sont là — des entreprises stratégiques étranglées par des fonds qui n'ont aucun intérêt pour le tissu industriel français.
La suite est édifiante
L'audition s'achève sur une note aigre-douce. Le Maire promet de répondre aux questions techniques. Mais le mal est fait : on l'a pris en flagrant délit de défense des fonds prédateurs.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. 2,6 millions d'emplois créés ? Oui. Mais la part de l'emploi industriel a continué de chuter. 120 000 emplois industriels ? C'est loin de compenser les destructions des décennies précédentes. Et surtout, le bilan qualitatif est catastrophique : des entreprises comme Kem One, Orpea, Atos sont en souffrance à cause de l'appétit des fonds.
La commission d'enquête continue ses auditions. D'autres témoins suivront. Mais un nom reste en travers de la gorge des parlementaires : Bruno Le Maire.
Le dossier est loin d'être clos. Des questions demeurent : combien d'entreprises ont été pillées pendant ses sept ans ? Quelle est la part exacte des avantages fiscaux dans l'explosion de la dette de Kem One ? Qui, dans l'entourage de Le Maire, a bénéficié de ces montages ?
L'affaire commence ici. La suite s'écrira dans les prochains mois, avec le rapport final de la commission. Et peut-être, un jour, devant la justice.
Sources
- Commission d'enquête parlementaire sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs – Audition de Bruno Le Maire (30 avril 2026). Compte rendu officiel disponible sur assemblee-nationale.fr.
- Transcript intégral de l'audition – Contrechamp politique (YouTube).
- INSEE – Statistiques sur l'emploi salarié et l'emploi industriel (2017-2024).
- Fédération bancaire française – Témoignage devant la commission (semaine du 22 avril 2026).
- Presse financière – Alertes sur les risques de crise bancaire aux États-Unis (avril-mai 2026).
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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