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PolitiqueÉpisode 13/4

Bruno Le Maire a sacrifié Atos et Kem One aux fonds prédateurs

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-16
Illustration: Bruno Le Maire a sacrifié Atos et Kem One aux fonds prédateurs
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« Vous avez laissé le champ libre aux fonds prédateurs »

La rapporteure ne mâche pas ses mots. Face à Bruno Le Maire, elle énumère les faits. Sept ans durant, le ministre a vu « se dégrader l’un des groupes les plus stratégiques de notre pays ». Atos, 61 000 salariés, pilier de la cybersécurité et des supercalculateurs. « La dette s’est envolée jusqu’à tomber sous le contrôle d’un fond vautour anglo-saxon, créancier devenu actionnaire à l’issue d’un plan de sauvegarde en 2024. »

Le Maire se raidit. Il rappelle qu’Atos était une entreprise privée. « L’État n’est pas propriétaire des entreprises privées », martèle-t-il. Convoquez les dirigeants d’Atos, pas l’État. Défense classique — trop classique. Car la rapporteure insiste : « Où était l’État stratège lorsque les alertes ont fusé ? » En 2023, des parlementaires demandaient déjà la nationalisation. Le Maire a refusé. Résultat : les activités critiques (carte Vitale, France Connect, impôts, défense) restent dans une holding au Luxembourg, qu’un fond étranger contrôle aujourd’hui.

Le ministre rétorque : il a nationalisé les supercalculateurs. Il a accordé un prêt de 50 millions d’euros. « J’ai fait le maximum », assure-t-il. Mais la rapporteure ne lâche rien. « Des lanceurs d’alerte mettent en doute la crédibilité du plan de sauvetage. L’État s’apprête à engager 500 millions d’euros supplémentaires. » Somme colossale — qui interroge. Qui garantit que cet argent ne servira pas à protéger les créanciers anglo-saxons ?

Le Maire esquive. « Je n’ai plus accès au dossier depuis deux ans. » L’aveu est terrible. Terrible, oui. L’ancien ministre de l’Économie, celui qui a géré la crise pendant sept ans, admet ne plus connaître les détails. Une absence de responsabilité qui donne le vertige.


Kem One : de 10 à 700 millions de dettes en trois ans

Deuxième front, tout aussi explosif : Kem One. L’entreprise était rentable en 2021. « Elle n’avait que 10 millions de dette », rappelle la rapporteure. Apollo, le plus grand fonds d’investissement mondial (840 milliards d’actifs sous gestion), l’a rachetée. Depuis, la dette a bondi à 700 millions. « Un surendettement ahurissant », tonne la députée. Les 1 300 salariés, les sites industriels, les plateformes chimiques ? Un fonds américain les tient désormais sous sa coupe.

Bruno Le Maire ne répond pas directement. Il attaque : « Vous savez quels sont les vrais prédateurs ? Les géants de la tech — Google, Amazon, Microsoft. Ceux-là ont des capitalisations de 1 000 à 2 000 milliards de dollars. » Il minimise Apollo, le qualifie de « petit poisson ». Comparaison absurde. Apollo pèse 840 milliards. C’est un monstre financier.

La rapporteure ne se laisse pas distraire. « Vous n’avez pas répondu à ma question : est-ce qu’Apollo est un fond prédateur ? » Le Maire répond : « Non. » Il justifie : les fonds d’investissement sont parfois la seule solution avant la fermeture. Il cite Ascoval, l’aciérie reprise par un fond. « Sans Apollo, des ouvriers auraient perdu leur emploi. » Mais le cas de Kem One est différent : l’entreprise ne perdait pas d’argent. Apollo l’a achetée pour la surendetter, extraire des dividendes, mettre en péril la souveraineté française. La rapporteure le souligne : « Vous avez favorisé un système où un fond peut contracter des dettes énormes et les faire peser sur une entreprise saine. »

Le Maire persiste. Il défend le « capital-investissement », refuse l’étiquette de prédateur. « Si vous les interdisez, allez expliquer à des dizaines de milliers d’entreprises qu’elles ne pourront plus être financées par Apollo, KKR… » Chantage à l’emploi. Mais la question de fond demeure : pourquoi l’État n’a-t-il pas empêché le raid ? La BPI, censée soutenir les fleurons nationaux, était absente. Voilà.


Ascoval, le contre-exemple qui ne prouve rien

Ascoval ? Bruno Le Maire le brandit comme un trophée. « Un seul fond était prêt à investir. Sans lui, les salariés étaient au chômage. » C’est vrai. Mais c’est aussi l’arbre qui cache la forêt. Ascoval était en difficulté, nécessitait un repreneur. Kem One, elle, était florissante. Le ministre mélange tout.

Il oppose systématiquement l’argent public — celui du contribuable — à l’investissement privé. « L’État n’a pas à socialiser les pertes », répète-t-il. Position idéologique, pas gestion pragmatique. Car l’État, via la BPI, aurait pu prendre une participation pour bloquer l’entrée d’Apollo. Il ne l’a pas fait. Pourquoi ? La rapporteure suggère une réponse : « Vous n’avez laissé que comme solution bien souvent des fonds prédateurs. » Politique délibérée.

Le Maire se défausse : « C’est une divergence majeure entre nous. » Il assume son refus d’utiliser l’argent des impôts. Mais quand l’État s’apprête à injecter 500 millions dans Atos, on voit bien que la doctrine a des limites. Sauf que cet argent va servir à renflouer un montage financier dominé par des créanciers étrangers. Contradiction flagrante.


Les activités critiques : une souveraineté en miettes

La rapporteure énumère : « Les supercalculateurs nationalisés, mais le reste ? Le programme Scorpion de l’armée, les logiciels du Rafale, le système de renseignement Artémis, la carte Vitale, France Connect, les passeports. » Tout cela est géré par une holding luxembourgeoise qu’un fond anglo-saxon contrôle. « Ce n’est pas juste de l’infogérance », insiste-t-elle.

Bruno Le Maire balaie : « L’infogérance n’est pas critique. » Mépris affiché pour les données de millions de Français. « Ce n’est pas à l’État de maîtriser les logiciels, mais de garantir la sécurité des données. » Distinction absurde. Comment garantir la sécurité si le logiciel appartient à une société étrangère ? Le ministre ne répond pas.

Il rappelle qu’il a nationalisé les supercalculateurs. Certes. Mais cette décision tardive a été prise sous la pression, après que la dette d’Atos a explosé. Une amputation, pas une stratégie. Le reste de l’entreprise est livré aux vautours. La rapporteure cite des experts qui jugent cette « découpe » préjudiciable, même pour les supercalculateurs. Le Maire ignore l’alerte.


Qui paiera la facture ? Les contribuables, encore une fois

Émilie Bonivard pose la question qui tue : « L’État s’apprête à engager 500 millions d’euros alors que des lanceurs d’alerte mettent en doute la sincérité du plan d’Atos. » Elle dénonce une « construction financière dont la rationalité première est la sécurisation d’une liquidité de court terme et l’extraction d’actifs ». En clair : l’argent public sert à protéger les créanciers, pas à sauver l’entreprise.

Le Maire concède : « Je ne connais plus le dossier. » Il émet un principe vague : l’État doit être le dernier créancier remboursé. Mais qui surveille l’application ? La BPI, noyée dans des montages opaques ? Les parlementaires, tenus à l’écart ? Le scandale est là : le ministre a laissé faire, et aujourd’hui ses successeurs doivent mettre la main au portefeuille pour colmater les brèches.

La rapporteure conclut : « La crédibilité de l’État est engagée. » Bruno Le Maire se contente d’une pirouette : « Je ne peux pas vous donner une réponse précise. » Sept ans de pouvoir, et il se retire sans assumer. Atos, Kem One, Ascoval — des noms qui resteront comme les tombeaux de sa politique industrielle.


Sources

  • Commission des Finances de l’Assemblée nationale – audition de Bruno Le Maire (2024)
  • Rapport parlementaire d’Émilie Bonivard sur la souveraineté industrielle
  • Données publiques de la Banque publique d’investissement (BPI)

📰Source :youtube.com

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