Bruno Le Maire : les noms de ses proches recasés dans les fonds prédateurs

Bruno Le Maire a perdu son calme. En plein direct, la rapporteure Aurélie Trouvé a déroulé une liste. Des noms. Des fonctions. Des fonds. Le ministre de l'Économie pendant sept ans a crié à la calomnie. Mais les faits sont là — des hommes et des femmes de son cabinet, des ex-ministres, des hauts fonctionnaires ont atterri dans des fonds que la rapporteure qualifie de « prédateurs ». L'audition a dégénéré. Le Dossier vous révèle les noms et les mécanismes.
Commission d'enquête : la liste qui fait mal
Aurélie Trouvé n'a pas hésité. Elle a cité nommément. Pas de sous-entendus, pas de conditionnel. Des faits.
« Nathalie Kosciusko-Morizet est allée dans le fond Haute », lance-t-elle. Puis : « François Fillon dans le fond Tikeo. » Et : « Florence Parli dans le fond Jolt. » Trois noms. Trois anciens ministres. Trois trajectoires qui convergent vers la finance privée.
Elle ne s'arrête pas. Les hauts fonctionnaires suivent. « Bruno Béard, ancien directeur de l'Agence des participations de l'État, est parti dans un fonds franco-chinois, KT Capital. » Un fonds désormais financé massivement par la Banque publique d'investissement.
« Xavier Musca, ancien secrétaire général de l'Élysée, chez Tikeo lui aussi. » Et Vincent Martinet, de la direction générale du Trésor, aujourd'hui directeur général de France Invest — le lobby des fonds.
La rapporteure ajoute des noms de collaborateurs directs de Bruno Le Maire : « Pierre de Bousquet de Florian, Unbeline Grass, Basil Todorov. » Ce dernier, précise-t-elle, est passé chez Ardian.
— Ce n'est qu'un petit échantillon, martèle Trouvé.
La question fuse : « Quel regard portez-vous sur cette consanguinité entre les élites de l'État et les fonds d'investissement ? Avez-vous d'autres collaborateurs qui sont partis ? »
Le silence de Le Maire dure quelques secondes. Puis l'orage.
« Abjectes » : la réponse de l'ancien ministre
Bruno Le Maire ne se contient pas. Il bondit.
« Je trouve révoltantes ces mises en cause personnelles, abjectes et bien caractéristiques de la France insoumise. »
Il parle de « parti de coupeur de tête ». La tension est palpable. La commission retient son souffle.
Le Maire défend ses anciens collaborateurs. « Tous ont servi notre pays loyalement. Tous ont été soumis au contrôle de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP). »
Il argue : si les règles ne sont pas bonnes, changez-les. Mais ne mettez pas en cause des personnes.
« Je trouve ça indigne. »
Aurélie Trouvé ne se démonte pas. Elle répond avec calme : « Je n'ai accusé personne. J'ai constaté des faits. Les passages de la haute fonction publique vers les fonds d'investissement sont des faits. »
Elle insiste : « Vous parlez de porosité. À l'intérieur même de votre cabinet, il y a eu cette porosité. »
Le Maire refuse de répondre aux questions suivantes.
Le vrai problème : règles HATVP ou impunité ?
Le cœur du problème ? La HATVP contrôle les passages du public au privé. Mais est-ce suffisant ?
Le Maire défend le système actuel. « Tous ces profils ont reçu l'accord de la HATVP. » Il prévient : si on durcit les règles, on risque de perdre les meilleurs profils de la fonction publique.
« Vous voulez que les meilleurs cerveaux du pays ne puissent plus rien faire après avoir servi l'État ? Faites-le, et vous verrez les conséquences. »
Aurélie Trouvé n'est pas convaincue. Elle rappelle que la défiance des citoyens est liée à ces comportements. « On ne peut pas passer l'éponge et dire qu'il n'y a rien à voir. »
Un autre commissaire, madame Bonivard, renchérit : « La défiance vis-à-vis du monde politique, vous ne pouvez pas le nier, est liée à ce type de passages. »
Le Maire contre-attaque : « Avez-vous commis une faute ? Non. » Il accuse la commission de vouloir punir des hauts fonctionnaires qui ont respecté les règles.
Sept ans de passages clandestins
Sept ans. Bruno Le Maire a été ministre de l'Économie pendant sept ans. Et pendant ces sept ans, les allers-retours entre Bercy et les fonds d'investissement se sont multipliés. (Oui, vous avez bien lu.)
La rapporteure le souligne : « Pendant les sept ans où vous avez été ministre, on a eu beaucoup de recasage dans ces fonds prédateurs. »
Elle cite des exemples précis : des directeurs d'administration, des secrétaires généraux, des conseillers. Tous sont partis dans des fonds comme Ardian, Tikeo, Haute, Jolt, KT Capital.
Le Maire répond en parlant de « Tikeo, un fonds français qui sert le financement de l'économie française. Où est le problème ? »
Mais la question posée par Trouvé est plus large : ces fonds ont-ils des activités prédatrices ? Le débat n'est pas tranché. Ce qui est certain, c'est que les liens sont étroits.
La porosité comme système
Ce n'est pas une affaire isolée. C'est un système. Un système qui permet à des hauts fonctionnaires de monnayer leurs réseaux, leurs compétences, leurs informations.
Aurélie Trouvé le dit clairement : « La porosité entre la haute fonction publique et le secteur privé, en l'occurrence les fonds d'investissement, est malsaine et injuste. »
Sa solution ? Un fonctionnaire qui se présente à un mandat doit démissionner de la haute fonction publique. Comme en Grande-Bretagne.
« On ne peut pas demander aux Français de prendre des risques et ne pas en prendre pour soi-même. »
Le Maire refuse cette comparaison. Il défend le modèle français, où les hauts fonctionnaires peuvent faire de la politique et ensuite retourner dans le privé.
Mais la rapporteure insiste : « Vous avez vous-même démissionné de la haute fonction publique quand vous êtes devenu député. » Pourquoi ne pas en faire une obligation légale ?
Le Maire esquive. Il parle d'attractivité. Il parle de compétences. Il parle de contrôle.
Et pourtant, les noms sont sur la table.
Les questions restées sans réponse
Aurélie Trouvé a demandé : « Avez-vous d'autres collaborateurs qui sont partis dans ces fonds ? Est-ce que Basil Todorov a été en contact avec des fonds d'investissement pendant qu'il était dans votre cabinet ? »
Le Maire n'a pas répondu. Il s'est retranché derrière l'indignation.
« Je pense que ma réaction a été suffisamment claire. »
Elle n'a pas été assez claire pour la commission. Les parlementaires veulent savoir.
La défiance des citoyens ne dispara pas disparaître tant que ces questions resteront sans réponse.
Sources
- Commission d'enquête parlementaire – audition publique de Bruno Le Maire, mai 2026
- Interventions de la rapporteure Aurélie Trouvé (La France insoumise)
- Réponse de Bruno Le Maire, ancien ministre de l'Économie
- Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP)
- Transcript intégral de l'audition (vidéo YouTube)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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