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PolitiqueÉpisode 13/13

Pompidou, Mitterrand, De Gaulle : les présidents qui ont caché leur mort imminente

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-22
Illustration: Pompidou, Mitterrand, De Gaulle : les présidents qui ont caché leur mort imminente
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30 mai 1973 – le visage qu'on ne devait pas filmer

Reykjavik. Richard Nixon est en pleine forme — l'affaire du Watergate ne l'a pas encore rattrapé. En face de lui, Georges Pompidou est méconnaissable. Démarche lourde, regard perdu, visage déformé. Les journalistes français présents, dont Pierre Duhamel (27 ans à l'époque), sont stupéfaits.

« Un confrère américain était à côté de moi, au pied de la passerelle. Il me dit : "Votre président est mourant." »

Duhamel lui sert la thèse officielle : des grippes à répétition. La réalité ? Pompidou souffre d'une leucémie lymphoïde chronique. Cancer du sang. Les médecins établissent le diagnostic dès l'été 1978 — mais l'Élysée le cache. Instruction tombe : interdiction absolue de montrer un gros plan du président. Pas même un plan américain. Un responsable de la rédaction de la 1ʳᵉ chaîne convoque Duhamel, ferme la porte à clé, et lui demande : « Est-ce que vous savez garder un secret d'État ? »

Duhamel bafouille « oui ». On le rapatrie d'urgence par avion militaire — unique fois de sa carrière. Il monte les images en veillant à ne montrer que des plans lointains. Pendant ce temps, les télévisions américaines ne diffusent que des gros plans de Pompidou. Eux ne parlent que de ça.

Pourquoi cette censure ? Parce que le mensonge est organisé. Les médecins, le cabinet, l'entourage — tous savent que Pompidou n'est pas en état d'exercer. Le professeur Jean Bernard, qui le suit à distance par l'intermédiaire du fils du président (lui-même médecin), note dans son journal de bord que Pompidou n'aurait jamais dû se représenter. « C'était un risque trop grand pour le pays. »

Ce médecin, immense humaniste, académicien français, n'a même pas le droit de voir le président en personne. Il le soigne par examens sanguins interposés. Dans son journal, il décrit des « moments de confusion mentale », des épisodes où Pompidou se couche tout habillé, des hémorragies, un affaiblissement notoire. « Un autre jour, il a eu un épisode de délire où il délirait complètement. » Le mensonge tient.

Avant Pompidou, De Gaulle. Et un secret de 15 ans.

Charles de Gaulle meurt le 9 novembre 1970, foudroyé par une rupture d'anévrisme de l'aorte. Ce que les Français ignorent : son médecin personnel savait. Depuis 15 ans.

Ce médecin avait rejoint le général à Londres en juin 40. Compagnon de la Libération, confident des nuits londoniennes. Il connaissait le « sens de l'État » de De Gaulle. « Si je lui avais expliqué ce qu'il avait, le risque de disparaître à tout moment… je pense qu'il aurait renoncé à tenter de revenir au pouvoir. »

Alors le médecin a choisi de se taire. Une décision psychologique, presque psychanalytique — et évidemment politique. Pour lui, l'intérêt supérieur de la France justifiait de cacher une mort potentiellement imminente à son propre patient.

De Gaulle ne se doutait de rien. Il savait que son père était mort de ça. Son frère allait en mourir pendant sa présidence. Mais lui n'aimait pas les médecins, considérait les soins comme du « quotidien sans grand intérêt ». Il ne posait pas de questions. Le médecin n'a jamais rien dit.

Résultat : le sort du monde a peut-être basculé sur cette décision médicale. Sans elle, De Gaulle n'aurait pas tenté son retour en 1958. La Ve République, la décolonisation, Mai 68 — tout aurait été différent. (Oui, vous avez bien lu.)

Pierre Duhamel, qui a eu accès au journal de bord du professeur Jean Bernard, le dit sans détour : « C'est une décision politique au sens hyper noble du terme. »

Mitterrand : 14 ans de mensonges, un cancer au sommet de l'État

François Mitterrand arrive au pouvoir en 1981. Six mois après son élection, le diagnostic tombe : cancer de la prostate avec métastases. « Je suis foutu », confie-t-il à ses proches. Pourtant, il fait semblant de jouer la transparence.

En 1992, il est opéré. À sa sortie, il déclare, ironique : « Il n'y a pas de raison. Je ne pense pas qu'on m'ait enlevé un lobe du cerveau. » Mensonge. Il savait parfaitement qu'il avait un cancer généralisé.

Pendant 14 ans, l'Élysée produit de faux certificats médicaux — des bulletins de santé falsifiés, signés par des médecins complices. « 20 ans de faux certificats médicaux. C'est au-delà du mensonge. Non seulement on ment, mais ce sont des faux. »

Le professeur Jean Bernard, qui suit aussi Mitterrand, note dans son journal que le président souffre incroyablement durant ses deux dernières années. Il n'est plus en mesure de prendre certaines décisions. Exemple frappant : le détournement de l'avion Alger-Paris à Noël 1994. Six mois avant le départ de l'Élysée. Mitterrand est allé se reposer à Venise. Il est allongé, il souffre le martyr. Aucun contact avec le gouvernement.

C'est Édouard Balladur, seul, qui gère toute la crise. Le seul lien avec Mitterrand : le secrétaire général de l'Élysée, Hubert Védrine. Pendant que le président agonise à Venise, Balladur prend les décisions en pleine responsabilité.

« Quelle conséquence pour le pays ? », demande Alain Casse. D'abord, le mensonge. Il y a un contrat démocratique avec le suffrage universel. Un président malade, incapable, n'informe pas ses électeurs. Et pendant ce temps, il continue de gouverner — ou plutôt de ne pas gouverner.

Le système : faux certificats et magistrature morale des médecins

Le professeur Jean Bernard — qui soignait aussi le shah d'Iran, atteint de la même maladie — exerçait une forme de magistrature morale. Grand intellectuel, académicien, humaniste. Pourtant, il n'a jamais parlé.

Dans son journal de bord, il consigne tout : les examens, les symptômes, les moments de délire, les hémorragies. Il considère que Pompidou n'aurait pas dû se présenter, que plus les malaises se multiplient, plus le président devrait être incité à démissionner. Mais il ne le dit pas publiquement. Il se tait.

Pourquoi ? Parce que le secret médical est un bouclier. Parce que la raison d'État en est un autre. Parce que les médecins des présidents se considèrent comme des gardiens de l'ordre suprême.

Un médecin que Pierre Duhamel a eu au téléphone après la sortie de son livre a été catégorique : « Si j'avais devant moi le PDG d'une grande entreprise, le pilote d'un avion, le chirurgien qui va opérer, je lui ferais immédiatement un certificat médical de longue durée pour l'empêcher d'exercer ses fonctions. »

Mais pour les présidents, rien. Aucune conséquence. Pendant 20 ans, l'État a menti à ses citoyens. Et les citoyens ont voté en toute ignorance.

Et aujourd'hui ? La transparence impossible ?

Les choses ont-elles changé ? En partie. Quand Emmanuel Macron a eu l'œil rouge, quelques lignes ont été écrites. Mais c'est marginal.

Pierre Duhamel le reconnaît : « Si la maladie est physiquement visible, comme c'était le cas de Pompidou et de Mitterrand, ça ne peut pas. Dans le monde de transparence dans lequel on vit, c'est impossible. » Il ajoute : « Il y a beaucoup de maladies très graves qui ne se voient pas physiquement. »

Le risque subsiste. Un président peut cacher un cancer silencieux, une maladie neurodégénérative, un trouble psychique. Les médecins peuvent encore mentir. Les certificats médicaux peuvent encore être falsifiés.

Alors que faire ? Duhamel propose une solution simple — un contrat moral avec le pays. Le ou les médecins qui soignent le président devraient refuser toute dissimulation. Et surtout, chaque candidat à la présidence devrait rendre public le résultat d'un check-up médical complet.

« C'est peut-être un peu naïf », dit-il. Mais l'enjeu est vital. Quand on élit un président, on élit un homme qui devra prendre des décisions cruciales — nucléaire, guerre, crises sanitaires. S'il est physiquement ou mentalement diminué, c'est tout le pays qui risque.

Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.

Ce que révèle le journal de bord du professeur Jean Bernard, c'est un système bien rodé. Un système où les médecins, les conseillers, les familles — tous — participent à la fiction. Où des journalistes reçoivent des ordres de l'Élysée pour ne pas montrer un visage défiguré. Où des avions militaires sont envoyés pour rapatrier un reporter qu'on veut contrôler.

Voilà. Un système qui a des noms : De Gaulle, Pompidou, Mitterrand. Et qui a duré 20 ans.

Aujourd'hui, la transparence est plus exigeante. Mais elle n'est pas totale. Les Français dorment-ils moins ? Sûrement pas à cause de la santé de leurs dirigeants. Mais ils dorment sur un tas de secrets.

Ce dossier ne se referme pas. Il pose une question vertigineuse : combien de présidents, depuis 2005, ont caché leur état réel ? L'AVC de Jacques Chirac en 2005 ? Les récents soucis de santé de certains ministres ? Les archives sont fermées.

Ce que nous savons, c'est que le mensonge d'État ne s'arrête jamais complètement.

Sources

  • Journal de bord du professeur Jean Bernard (archives personnelles, consultées par Pierre Duhamel)
  • Témoignage de Pierre Duhamel, auteur du Crépuscule des dieux (entretien avec Alain Casse, mai 2026)
  • Archives de l'ORTF – 30 mai 1973, rencontre Reykjavik (images et note de service interne)
  • Déclaration de François Mitterrand le 18 septembre 1992 à sa sortie de l'hôpital Cochin
  • Entretien avec Alain Casse, journaliste et producteur, mai 2026 (extrait diffusé sur la chaîne Le Dossier)

📰Source :youtube.com

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