Mali : Human Rights Watch documente des exactions contre les civils par toutes les parties

Le JNIM impose un siège de terreur
Le 25 avril 2025, le JNIM et ses alliés passent à l'offensive. Objectif : briser le contrôle de la junte. Ils annoncent le siège de Bamako, la capitale.
Les civils trinquent. Selon le rapport de HRW, les djihadistes ont ciblé des dizaines de véhicules civils qui roulaient vers Bamako. Pas des convois militaires. Des bus, des camions, des voitures familiales. Les combattants font descendre les passagers, puis incendient les véhicules — une quarantaine au total. Pourquoi ces gens « osaient » emprunter la route de la capitale assiégée.
Message clair : quiconque défie le blocus risque la mort. HRW a authentifié les vidéos. On y voit des carcasses calcinées, des familles à pied, terrifiées.
Mais le JNIM ne s'arrête pas là. À Tonka, dans le nord, ses combattants ont exécuté publiquement un maître coranique. Une mise à mort spectacle. Un avertissement pour tous ceux qui ne respectent pas les règles du groupe. Ce n'est pas un acte isolé. En novembre 2025, le JNIM avait déjà enlevé et exécuté l'influenceuse Mariam Sissé, l'accusant de collaborer avec l'armée.
Le groupe justifie ces actes par la charia. Interrogé par HRW, le JNIM a répondu officiellement : le siège est une mesure de guerre légitime. La guerre entraîne des souffrances, y compris pour les civils. Ceux qui ne respectent pas les règles sont sanctionnés selon la loi islamique. HRW balaie cet argument : « Ce qui compte, c'est le respect du droit international humanitaire. »
Des drones qui frappent les enfants
L'armée malienne et ses alliés russes mènent une contre-insurrection. Leurs armes : des drones. Leurs cibles ? Trop souvent, des civils.
Voilà le problème. HRW documente plusieurs frappes qui ont tué des enfants. Le cas le plus frappant : l'attaque du village de Guimbe, près de Mopti, dans le centre du Mali. Un drone a frappé un lieu où des enfants étaient rassemblés. Au même moment, une colonne de jihadistes traversait la rivière. Mais le drone n'a pas touché les combattants. Il a touché les gamins.
Les témoins décrivent des corps d'enfants et d'adolescents déchiquetés. Des familles contraintes d'attendre avant d'enterrer leurs morts, parce que les drones continuaient de survoler le village. La peur, la terreur, l'impuissance.
HRW ne donne pas de bilan global. Le gouvernement malien non plus. Mais ces témoignages montrent une réalité : les frappes ne font pas la différence entre civils et combattants. L'armée présente ces opérations comme des représailles à l'offensive du JNIM. Mais les civils paient.
Les Dozos : chasse à l'homme contre les Peuls
L'armée malienne ne combat pas seule. Elle s'appuie sur les Dozos, des chasseurs traditionnels devenus milice d'autodéfense. Historiquement, ils luttaient contre les groupes armés. Aujourd'hui, ils ciblent toute une communauté : les Peuls.
Pourquoi ? Parce que le JNIM et d'autres groupes djihadistes ont massivement recruté chez les Peuls. Assimilation dangereuse. Les Dozos, soutenus par l'armée, considèrent tout Peul comme un ennemi potentiel.
Résultat : une opération d'une brutalité extrême dans le village de Sarcalabueré, principalement peul. Selon HRW, soldats et Dozos ont mené une véritable « chasse à l'homme ». Des survivants racontent : « Nous avons été chassés comme des pintades dans la brousse. » Ils ont poursuivi les familles, tirant à bout portant.
Bilan : 23 enfants tués, plus des hommes civils. Des enfants. Vingt-trois. L'opération n'a pas visé des combattants — des familles entières. Un cycle de violences intercommunautaires que l'armée alimente délibérément.
HRW souligne que les Peuls sont souvent accusés à tort de complicité avec les djihadistes. En réalité, ils sont pris entre deux feux : les exactions des militaires et des Dozos d'un côté, la pression du JNIM de l'autre.
Silence des institutions internationales
Qui enquête ? Personne. Le gouvernement malien n'a ouvert aucune enquête publique. Les Nations Unies et l'Union africaine restent muettes.
HRW les interpelle directement. La chercheuse Ilaria, interrogée par France 24, déclare : « Ces deux institutions chargées de la paix et de la sécurité ont été en retrait, en silence. Elles n'ont pas impulsé une dynamique politique à la hauteur de la gravité de la crise. » Le conflit malien dépasse pourtant les frontières du pays. Il menace toute la région sahélienne.
L'ONG appelle à remettre le Mali au sommet de l'agenda international. Au Conseil de sécurité des Nations Unies. Au Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine. Sans cela, le risque est de normaliser la crise — de considérer que la mort des civils maliens est un dommage collatéral acceptable.
Le dossier n'est pas clos. HRW a sollicité les réactions de l'armée malienne et du JNIM. Seul le groupe djihadiste a répondu. L'armée malienne n'a pas daigné s'expliquer. Que cache ce silence ? L'absence de volonté de rendre des comptes.
Des preuves sous les yeux du monde
HRW ne se contente pas de témoignages. L'organisation a authentifié des vidéos. Elle a recueilli des dizaines de récits de survivants. Chaque exaction est documentée. Les attaques de drones, les incendies de véhicules, les exécutions publiques, les chasses à l'homme.
Mais sans pression internationale, rien ne bouge. Les auteurs présumés — djihadistes, militaires maliens, alliés russes ou miliciens Dozos — agissent en toute impunité. La justice malienne est inexistante. Les institutions internationales regardent ailleurs.
Une question : combien de temps encore les civils maliens paieront-ils le prix du sang d'un conflit qui les dépasse ? HRW a lancé l'alerte. Reste à savoir qui l'entendra.
Cet article s'appuie sur le rapport de Human Rights Watch, les témoignages recueillis par l'ONG et l'interview de sa chercheuse Ilaria diffusée sur France 24. Les faits sont attribués à HRW et à ses sources, conformément aux règles de déontologie journalistique.
Sources :
- Human Rights Watch (rapport et vidéos authentifiées)
- France 24 (interview de la chercheuse Ilaria)
- Témoignages de survivants et réponses officielles du JNIM cités dans le rapport HRW.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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