Tony Comiti : j'ai filmé Pablo Escobar — et failli être tué par le cartel

Tony Comiti n'est pas un journaliste ordinaire. Il a filmé Jacques Mesrine à la prison de la Santé. Il a paparazzé la momie de Ramsès II. Mais son plus grand fait d'armes reste cette infiltration au cœur du cartel de Medellín, en 1988. L'homme le plus recherché du monde est en cavale. La DEA le traque. L'armée colombienne le pourchasse. Et Tony, lui, parvient à le filmer.
Voilà comment ça s'est passé.
Une chambre d'hôtel à Bogota
Tout commence là. Tony vient de terminer un reportage sur le trafic d'émeraudes. Il allume la télévision. Et là, il voit une séquence qui le saisit.
Jorge Luis Ochoa, l'un des dirigeants du cartel, vient d'être arrêté. Mais ce qui fascine Tony, c'est son père : Don Fabio Ochoa, un colosse de 180 kilos, chapeau blanc, entouré de gardes du corps armés, qui clame son innocence devant les caméras. « C'est une injustice, c'est la faute des Américains, c'est l'oligarchie colombienne », lance-t-il.
Tony appelle immédiatement Jean Bertolino, le patron de l'émission 52 sur la Une. « Écoute, je viens de voir un personnage de cinéma. Si on arrive à faire ça, c'est formidable. Va à Medellín. »
Mais Medellín, en 1988, c'est une zone de guerre. 90 % de la cocaïne mondiale y est produite. 90 journalistes colombiens ont déjà été assassinés. Un président de la République, un ministre, des juges, des avocats. Tous ceux qui ont déplu au cartel sont morts.
Tony le sait. Il y va quand même.
Il traîne dans les bars des palaces de Medellín, repère les lieutenants — chapeau blanc, poncho blanc, talkie-walkie, armes sous le vêtement. Il les aborde, échange des numéros. La suite est édifiante.
Un soir, il reçoit un appel. Rendez-vous à l'Intercontinental. Là, arrive Popeye, le bras armé de Pablo Escobar. « Je n'ai tué que 120 personnes, mais que des gens importants », dira-t-il plus tard. Popeye boit, sniffe, sort son 357 Magnum, le pose sur la tempe de Tony. « Fils de pute, si tu trahis le patron, tu prendras une balle dans la tête. »
Tony répond : « Je suis là pour rétablir la vérité. »
Popeye le croit. Ou fait semblant. Il annonce que les Ochoa sont intéressés.
Bertolino débarque avec une équipe
Consigne : ne téléphoner à personne, ne pas sortir de l'hôtel. Une semaine d'attente, sous surveillance constante. Les hommes du cartel observent chaque geste. Puis un matin, des SUV blancs arrivent. « Francés ? » — « Oui. » — « Allez, vos bagages, on y va. »
Tout est payé. L'hôtel appartenait au cartel.
Direction l'Hacienda La Loma, la propriété de Don Fabio Ochoa, à trente minutes de Medellín. Le parrain accueille les Français avec un grand déjeuner. Il parle de rétablir la vérité, de l'injustice de l'oligarchie, de la misère du peuple. Tony traduit pour Bertolino, qui ne parle pas espagnol.
Ils restent un mois. Logés, nourris, blanchis. Don Fabio leur montre tout : ses chevaux, ses propriétés, ses repas de famille. Il leur raconte même que Citroën a tourné une publicité chez lui — le grand V avec les chevaux. « Probablement que Citroën ne savait pas que c'était des trafiquants de drogue », ironise Tony aujourd'hui.
Mais les femmes du cartel sont opposées au tournage. Elles chuchotent, pincent Don Fabio à l'église. « Tu devrais arrêter, c'est très dangereux. » Lui répond : « C'est moi qui décide. »
L'ego du parrain. Un ego qui va tout permettre.
Un après-midi, Don Fabio emmène l'équipe au cimetière
Il se recueille sur la tombe de son père. Et il pleure. De vraies larmes. Tony, caméra au poing, filme cette séquence incroyable : le parrain qui a fait assassiner des centaines de personnes, en larmes.
« Ah, Don Fabio, c'est triste ! » — « Oui, très triste. »
Sur le chemin du retour, le convoi s'arrête. Don Fabio descend, fait signe à Tony. « Demain, nous irons voir Don Pablo. »
Pablo Escobar.
Le lendemain, 17 heures. Deux ou trois heures de route dans la montagne. Des sentiers de terre battue. Tony a pris l'habitude de toujours avoir sa caméra sous le bras, déjà allumée. À l'entrée d'une ferme tropicale, il aperçoit Jorge Luis Ochoa, le fils de Don Fabio, évadé de prison. Il veut le filmer. Don Fabio l'arrête : « Non, non, vous le filmerez demain. Il n'est pas rasé. »
Pas rasé. Évadé, mais pas rasé. (Oui, vous avez bien lu.)
Ils entrent. À l'intérieur, des sicarios de 15-16 ans, armes à la main. Et au bout du couloir, un homme. Pablo Escobar.
Tony le filme. Il filme le cartel réuni autour d'une table. C'est la preuve de l'association de malfaiteurs.
Tournage terminé, Tony rentre à Paris
Il prépare le montage. Mais le cartel exige de voir le film avant diffusion. Don Fabio est formel : pas de diffusion sans son accord.
Tony retourne seul à Medellín. Il projette le film dans une salle privée. Les femmes du cartel crient à l'extradition. Don Fabio, lui, s'endort.
Mais les menaces arrivent. Deux hommes de main italiens, venus de Naples, débarquent dans les bureaux de 52 sur la Une. Ils montrent des photos. Des photos des enfants de Tony, à la sortie de l'école. « Nous sommes là pour éviter un grand bain de sang. »
Le film ne sort pas. Il reste sous cloche.
Tony comprend que la menace est réelle. Il se barricade dans sa chambre d'hôtel à Medellín, appelle Bertolino en pleine nuit : « Putain, tu m'as envoyé à la mort ! » Bertolino le calme : « Rentre à Paris, on va gérer. »
Ils ne diffusent pas. Pendant cinq ans.
Pablo Escobar reste en cavale
La DEA, l'armée colombienne, les services français le traquent. Tony obtient l'autorisation de filmer les forces de l'ordre. Il passe des nuits dans les camions de soldats, à perquisitionner des planques. Mais jamais ils ne tombent sur Escobar.
Il remarque deux gamins de 8 ans, toujours à la sortie de la caserne, sur un vélo. Il en parle au colonel. « Oui, on s'est rendu compte qu'ils nous espionnaient. » Les gamins disparaissent.
Le 2 décembre 1993, la traque se termine. Les services colombiens montent un piège : ils font croire au départ de la famille d'Escobar pour l'Allemagne. Le fils appelle son père : « Papa, on est revenus ! » Les antennes françaises Thompson captent la voix. Ils localisent Escobar. Ils l'abattent sur un toit.
Tony apprend la nouvelle. Il appelle Bertolino : « On peut diffuser maintenant ? »
Tony repart à Bogota
Il retrouve Don Fabio Ochoa. Le vieux parrain l'embrasse comme si rien ne s'était passé. « Tu sais, je me souviens de ce film. Ces images étaient magnifiques. J'aimerais que tu me fasses un montage avec les chevaux, sans la drogue. Pour mon restaurant. »
Tony accepte. Puis il pose la question : « Et on peut diffuser le film ? »
Don Fabio répond : « Oui, oui, il n'y a plus de problème. »
TF1 diffuse le documentaire. C'est un scoop international. Ils le vendent dans le monde entier.
Mais Tony n'est pas au bout de ses surprises. À la sortie de son hôtel à Medellín, deux types en moto l'emmènent dans les bidonvilles. Les hommes armés sortent, foulards sur le visage, et montrent les écoles, les églises, les orphelinats construits par Escobar. « Il a fait du bien. » Sauf que dans ces orphelinats, les gamins de 15 ans étaient recrutés comme sicarios.
Tony Comiti a vu les deux faces du cartel. Celle du parrain qui pleure sur la tombe de son père. Et celle des gamins transformés en tueurs.
Aujourd'hui, il raconte cette histoire sans fard. « Pablo Escobar n'était pas un psychopathe. C'était un trafiquant de drogue qui a assassiné des centaines de personnes. Mais il ne disait jamais "tuez-les". Il disait "cette personne me gêne". C'était la condamnation à mort. »
Le film existe toujours. Les cassettes VHS dorment quelque part. Et Tony, lui, continue de traquer les scoops. Mais celui-là restera unique.
Sources :
- Interview exclusive de Tony Comiti (transcript intégral)
- Analyse web : données vérifiées sur les méthodes d'infiltration et la traque d'Escobar (antennes Thompson, Mocro Maffia)
- Archives : déclaration de Don Fabio Ochoa devant la prison La Modelo de Bogota
- Documentation : baromètre Kantar-La Croix 2025 sur l'indépendance des journalistes (57 % des Français doutent)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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