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Buitoni : la farine contaminée, deux enfants morts, des dizaines de victimes

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-03
Illustration: Buitoni : la farine contaminée, deux enfants morts, des dizaines de victimes
© YouTube

Deux enfants, des vies brisées

« J'ai pas su protéger mon enfant d'un bout de pizza. » Aurélie Mikouot, mère de deux enfants intoxiqués, livre un témoignage déchirant. Ses fils — 5 et 10 ans — ont été hospitalisés. Après une pizza Buitoni. « Ils n'avaient rien à faire à l'hôpital pour un bout de pizza », dit-elle.

Kylian, 2 ans et demi, et Nathan, 8 ans, n'ont pas survécu. Ils sont morts d'un syndrome hémolytique et urémique (SHU), complication grave d'une infection à Escherichia coli productrice de shigatoxine (STEC). La majorité des victimes — une soixantaine — sont des enfants. Beaucoup souffrent de séquelles rénales graves.

« On ira au bout pénalement, on se laissera pas faire », promet Aurélie. « L'argent ne va pas ramener les reins de mes enfants, ni les séquelles, tout ce qu'ils ont vécu. »

L'origine de la contamination : un lot de farine

Comment les pizzas Fraîch'Up ont-elles provoqué la plus grave toxi-infection alimentaire collective en France ? La réponse tient dans un lot de farine. Selon des informations exclusives confirmées par le parquet de Paris, la contamination vient d'un lot livré par le fournisseur Moulins de Mars, une entreprise familiale de la région parisienne. La livraison a eu lieu dans la deuxième quinzaine de décembre 2021.

À l'époque, personne ne surveillait la farine pour la bactérie E. coli STEC. Le fournisseur est cité comme témoin assisté dans la procédure. Pas de test obligatoire. Pas de contrôle systématique. La bactérie a pu se retrouver dans la pâte crue des pizzas, que les consommateurs cuisaient eux-mêmes au four.

Le 18 mars 2022, Nestlé rappelle toutes les pizzas Fraîch'Up mises en vente depuis juin 2021. Trop tard. Les premiers cas de SHU avaient été identifiés dès le 1er janvier 2022. Deux mois et demi de décalage. Pendant lesquels des enfants ont continué à manger ces pizzas.

Une usine sans agrément sanitaire

L'usine de Caudry, exploitée par la société SPAC (filiale de Nestlé), produisait entre 150 000 et 200 000 pizzas par jour. Un fleuron industriel depuis plus de 40 ans. Mais ce fleuron n'avait pas l'agrément sanitaire requis pour fabriquer ces pizzas. Selon la vidéo, cette question n'a « jamais absolument jamais été traitée dans la procédure ».

Le 1er avril 2022, un arrêté préfectoral stoppe la production en raison de « graves anomalies » sur le site. Des rongeurs avaient été découverts dans l'usine. Les salariés, injuriés sur les réseaux sociaux, se défendent : « On n'est pas des dégueulasses », « on n'est pas responsables ». La production reprend brièvement début 2023, puis Nestlé confirme le 30 mars 2023 la cessation définitive d'activité. Des dizaines de salariés sont licenciés.

Ils iront manifester au siège de Nestlé en région parisienne. « Continuez à vous enrichir sur l'eau », crient-ils. Le drame sanitaire se double d'un drame social.

Des contrôles insuffisants

L'affaire Buitoni révèle une faille systémique. La farine n'est toujours pas obligatoirement testée pour la présence d'E. coli STEC dans l'industrie agroalimentaire. Pourtant, des précédents existent : en 2005, des steaks hachés contaminés avaient intoxiqué 69 personnes. À chaque scandale, les filières concernées mettent en place des contrôles. Mais la vigilance s'étiole.

Le SHU n'est pas une maladie à déclaration obligatoire. Conséquence : les cas sont sous-déclarés. Officiellement, on recense 150 à 200 cas par an en France. Mais selon un expert cité dans la vidéo, « c'est évidemment sous-déclaré ». Le SHU touche souvent le plus petit d'une famille — question de dose infectante. Un enfant malade ici, un autre à quelques kilomètres. Personne ne fait le lien.

« On a essayé d'alerter les pouvoirs publics, on a été jusqu'au Conseil d'État », explique cet expert. « On nous a dit globalement il y a pas assez de mort. » Un serpent qui se mord la queue : sans déclaration obligatoire, pas de recensement ; sans recensement, pas de preuve du nombre réel de victimes.

Où en est l'enquête ?

Nestlé France et la société SPAC sont mises en examen depuis juillet 2024 pour homicide involontaire, blessures involontaires et mise en danger de la vie d'autrui. Aucune date de jugement n'a encore été fixée. « J'ai vraiment l'impression que cette affaire s'est complètement enlisée », déplore une victime.

Mais l'argent ne rend pas la santé. « L'argent ne va pas ramener les reins de mes enfants », répète Aurélie.

Le parquet de Paris a confirmé les informations exclusives sur l'origine de la contamination. Mais les victimes attendent toujours un procès. Et les salariés, une reconnaissance de leur employeur.

Un système à changer

L'affaire Buitoni n'est peut-être que la partie émergée de l'iceberg. Si le SHU était déclaré obligatoirement dès le premier cas, les enquêtes pourraient démarrer immédiatement. « On aurait épargné un certain nombre de victimes qui est significatif », assure l'expert.

En 2022, les premiers cas de SHU ont été identifiés le 1er janvier. Le rappel des pizzas n'a eu lieu que le 18 mars. Deux mois et demi de perdu. Pendant lesquels d'autres enfants ont été exposés.

Combien de vies pourraient être sauvées si la réglementation changeait ? Le législateur n'a toujours pas rendu obligatoire le test de la farine pour E. coli. Ni la déclaration du SHU. Les victimes, elles, continuent de se battre. « On se laissera pas faire. »

Sources : Vidéo YouTube (transcript)

📰Source :youtube.com

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