Liban : le ministre accuse le Hezbollah d’imposer une guerre non voulue par son peuple

« Une guerre que le peuple libanais n’a pas voulue »
Youssef Ragy ne tourne pas autour du pot. « Le 6 octobre 2023, nous étions sur la bonne voie », déclare-t-il. La croissance reprenait. Le tourisme aussi. L’espoir était là. Puis le 7 octobre bascule tout. Le Hezbollah entre en scène. « Une milice a prétendu soutenir ce qui se passait à Gaza », assène le ministre. Résultat : une guerre dévastatrice.
Ce conflit, le Liban ne l’a pas choisi. « Il a été contraint, il en est la victime », martèle Ragy. Les chiffres donnent le vertige — plus de 3 000 morts depuis mars 2026, des centaines d’enfants parmi eux. Un million de déplacés ? 1,2 million, corrige-t-il. 50 000 bâtiments détruits. 60 villages entièrement rasés. Les pertes directes ? 20 milliards d’euros, selon les estimations citées par le ministre.
« C’est une guerre tantôt pour Gaza, tantôt pour l’Iran », résume-t-il. Une guerre que le Hezbollah mène pour un projet « beaucoup plus large, beaucoup plus grand ». Le Liban n’est qu’un front parmi d’autres. Voilà.
« Le Hezbollah a noyauté toutes les institutions »
Le ministre ne se contente pas des destructions. Il dénonce un système. « Le Hezbollah, ça fait 40 ans qu’il est en train de noyauter toutes les institutions », affirme-t-il. L’administration, l’économie, les services de sécurité, la justice — partout, la milice a placé ses hommes. Et quand elle ne peut pas les placer, elle intimide.
Ragy cite des exemples. Des juges menacés publiquement à la télévision. Des élus du peuple, des ministres, des militaires gradés. « Leur registre en matière d’assassinat est éloquent, croyez-moi », lâche-t-il. La menace est réelle. Elle paralyse l’État.
Le gouvernement actuel, pourtant, est légitime. « Le président de la République, le Premier ministre et le gouvernement sont issus d’élections absolument démocratiques », rappelle Ragy. Plus aucune raison qu’une milice parallèle continue d’exister. « La résistance est légitime quand il n’y a plus d’État, quand l’État s’est effondré », explique-t-il. « Or, au Liban, nous avons l’État qui est rétabli. »
« Plus israélien que les Israéliens »
La formule est cinglante. Ragy la prononce sans trembler. « Plus israélien que les Israéliens », dit-il en parlant du Hezbollah. Pourquoi ? Parce que la milice justifie son existence par l’occupation israélienne. Plus l’occupation dure, plus elle se légitime. « Ils ont besoin de l’occupation israélienne pour exister », assène le ministre.
Un argument qui retourne le discours habituel. Le Hezbollah se présente comme un mouvement de résistance. Ragy le dépeint comme un parasite qui se nourrit de la guerre. « Ils ne se battent pas pour le Liban, ils se battent pour un projet beaucoup plus large », répète-t-il.
Il va plus loin. Il compare la « résistance islamique » à la Résistance française. « Nous savons ce qu’est la résistance », dit-il. « Dans mon bureau, j’ai le portrait de Jean Moulin. » Mais la résistance n’a de sens que quand l’État a disparu. Pas quand un gouvernement légitime existe. Et pourtant.
« L’endoctrinement des enfants dès 3 ans »
Le dossier le plus lourd est peut-être celui de l’éducation. Ragy dénonce les écoles du Mahdi, gérées par le Hezbollah. « L’endoctrinement commence dès l’âge de 3 ans », affirme-t-il. Les enfants y apprennent à haïr, à se battre, à mourir pour une cause qui n’est pas celle du Liban.
« C’est une génération entière qui est en train d’être formée pour être des soldats de l’Iran », s’alarme le ministre. Il appelle la communauté internationale à agir. « Il faut couper les financements, il faut fermer ces écoles, il faut protéger les enfants libanais. »
Retenez ce détail : le ministre ne parle pas seulement de destruction matérielle. Il parle de destruction humaine. Une génération sacrifiée sur l’autel d’une guerre qui n’est pas la sienne.
La France en première ligne
La France est directement concernée. Depuis mars 2026, six casques bleus de la FINUL ont été tués — dont deux Français. L’adjudant Floriant Montorio et le sergent Anissé Gérardin. Leur mort confirmée par les autorités françaises.
La FINUL, forte de 700 militaires français, voit son mandat expirer fin 2026. Ragy appelle à son maintien. « Nous avons besoin d’une force d’observation post-FINUL », plaide-t-il. Mais Israël et les États-Unis sont réticents. « Ils ne veulent pas d’une force internationale qui pourrait limiter leur liberté d’action », analyse le ministre.
La France a déjà débloqué 17 millions d’euros d’aide humanitaire et envoyé 60 tonnes de fret. L’Union européenne a promis 100 millions. Ragy en demande plus. « Il faut des pressions diplomatiques sur Israël et sur l’Iran », insiste-t-il.
« 15 400 violations du cessez-le-feu »
Le cessez-le-feu du 16 avril 2025 ? « Largement théorique », selon le ministre. Les frappes israéliennes continuent. Les opérations du Hezbollah aussi. Selon l’ONU et la FINUL, Israël a violé le cessez-le-feu plus de 10 000 fois. Ragy donne un chiffre encore plus précis : 15 400 violations recensées.
« C’est un cercle vicieux », explique-t-il. Israël frappe parce que le Hezbollah attaque. Le Hezbollah attaque parce qu’Israël occupe. Et les civils paient le prix fort. « Des pêcheurs, des bergers, des agriculteurs sont enlevés et retenus otages en Israël », dénonce le ministre.
La situation est explosive. Elle pourrait empirer. « Si le but d’Israël était de se débarrasser réellement du Hezbollah, il ne s’en prendrait pas à l’armée libanaise », note Ragy. Samedi dernier, une attaque israélienne a visé des soldats libanais. « C’est une politique de terre brûlée », conclut-il.
« Négociations directes avec Israël : un tabou brisé »
Le gouvernement libanais a pris une décision historique : négocier directement avec Israël. « Jusqu’à présent, c’était un tabou au Liban », rappelle Ragy. Le président Joseph Aoun a eu « le courage de se lancer dans cette aventure ».
Le Hezbollah, lui, refuse catégoriquement. « Ils ne veulent pas de négociations directes, ils veulent maintenir l’ambiguïté, maintenir la guerre, maintenir leur pouvoir. »
Ragy défend ce choix. « Nous faisons de notre mieux avec ce que nous avons », dit-il. Les négociations sont difficiles. Les pressions américaines sur Israël ne sont « pas toujours très efficaces ». Mais quelques résultats sont visibles. « Beyrouth et la banlieue Sud ont été épargnées ces dernières semaines. »
« Pas de guerre civile, mais un État qui rétablit l’ordre »
La question de la guerre civile revient souvent. Ragy la balaie d’un revers de main. « Une guerre civile, c’est entre deux communautés, entre deux régions », explique-t-il. « Quand un État veut rétablir l’ordre et la loi, ce n’est pas une guerre civile. »
Le ministre assure que la très grande majorité des Libanais soutient le gouvernement. « Personne ne veut la guerre civile, sauf le Hezbollah », affirme-t-il. La milice agite le spectre de la guerre civile « comme un épouvantail » pour échapper à la loi.
« Il n’y a aucune possibilité qu’il y ait une guerre civile au Liban », conclut Ragy. « Les forces légales du pays prendront en charge le démantèlement du Hezbollah. »
« Le désarmement du Hezbollah est une exigence libanaise »
Le ministre insiste. Le désarmement du Hezbollah n’est pas une demande étrangère. « C’est une exigence du peuple libanais », dit-il. « Nous voulons vivre dans un État normal. »
Comment faire ? Ragy énumère les leviers. Pression internationale sur l’Iran. Coupure des financements. Contrôle des frontières. « Le cordon d’armement via la Syrie a été coupé, assure-t-il. Il reste des trafiquants, mais le gros flux s’est arrêté. »
Le ministre reconnaît que ce sera long et difficile. « Certains disent qu’il n’y a que la solution militaire. D’autres pensent qu’il faut agir avec nuance. » Le gouvernement a choisi la voie de la patience et de la coordination avec la communauté internationale.
« Les réfugiés syriens doivent rentrer chez eux »
Le dossier des réfugiés syriens est un autre point sensible. Près d’un million de Syriens sont encore au Liban. « Ce ne sont plus des réfugiés de guerre, ce sont des déplacés économiques », affirme Ragy.
Le ministre est catégorique. « La guerre en Syrie est finie depuis un an et demi », rappelle-t-il. « Les institutions se remettent en route. La reconstruction a commencé. » Il appelle les organisations internationales à cesser d’aider ces réfugiés au Liban. « Aidez-les chez eux », lance-t-il.
Le poids économique et social est devenu insupportable. « Le Liban ne peut plus supporter, insiste Ragy. Il y a un risque de dérapage sécuritaire et de déséquilibre confessionnel. »
« Protéger les sites religieux et archéologiques »
Le sud du Liban est un champ de ruines. Mais aussi un territoire chargé d’histoire. Des sites religieux et archéologiques ont été endommagés par les frappes israéliennes. Ragy assure que son gouvernement fait tout pour les protéger.
« Nous travaillons avec l’UNESCO et des ONG. Nous faisons pression sur les Israéliens pour qu’ils épargnent ces sites. » Parfois, cela marche. Parfois, ils passent outre.
Le ministre cite l’exemple de villages chrétiens dans le sud. « Les Israéliens leur ont dit : si vous tenez tranquille, on vous contourne, rapporte-t-il. Mais dès que des combattants du Hezbollah s’installent, ils bombardent. »
« La France doit rester engagée »
Ragy termine son audition par un appel. « La France est une valeur, pas seulement un pays, dit-il. Le français, c’est la liberté, la fraternité, les droits de l’homme. » Il demande à la France de rester engagée — militairement via la FINUL, diplomatiquement en faisant pression sur Israël et l’Iran, économiquement en aidant à la reconstruction.
« Il faut reconstruire l’homme avant de reconstruire sa maison », conclut-il. Une phrase qui résume l’ampleur de la tâche.
Les questions restent sans réponse. Pour l’instant. La guerre continue. Les morts s’accumulent. Et le Liban, une fois de plus, paie le prix d’un conflit qui le dépasse.
Sources :
- Audition de Youssef Ragy, ministre des Affaires étrangères du Liban, devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale (13 juin 2026)
- Déclarations du Premier ministre français et du ministre des Affaires étrangères israélien
- Rapports de l’ONU et de la FINUL sur les violations du cessez-le-feu
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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