Loi agricole : comment Lecornu a fracturé sa majorité

Une heure du matin. L'Assemblée nationale vient d'adopter la loi d'urgence agricole — 296 voix contre 224. Dans l'hémicycle, les macronistes sont divisés. Elisabeth Borne, ancienne Première ministre, voit le gouvernement qu'elle a dirigé rejeter son amendement de suppression. Quelques instants plus tard, selon la presse, elle a failli en venir aux mains avec la ministre de l'Agriculture Annie Genevard. Plus tôt, Monique Barbu, ministre de l'Écologie, a menacé de démissionner sur LinkedIn, avant d'être retenue par Emmanuel Macron. Le responsable de ce chaos ? Sébastien Lecornu, le Premier ministre. Il avait promis en mai de traiter les pesticides dans un texte distinct. Puis il a laissé passer un amendement de réintroduction. Puis il a changé d'avis. Récit d'une fracture politique.
Janvier. La promesse.
Empêtré dans la colère des agriculteurs, le gouvernement annonce une grande loi d'orientation agricole. En avril, le projet est présenté. D'après Le Média, il s'agit d'un texte "taillé sur mesure pour flatter les lobby et le principal syndicat agricole", la FNSEA — moins de contrainte environnementale, plus de dérogations, un coup d'accélérateur pour le modèle productiviste. La communauté scientifique et l'Ordre des médecins tirent la sonnette d'alarme. Mais le vrai problème, celui qui va embraser la majorité, c'est la question des pesticides.
En mai, dans une lettre ouverte aux agriculteurs, Sébastien Lecornu promet que les pesticides seront traités dans un texte distinct. Une manière de désamorcer la bombe. Sauf que le Sénat, dominé par la droite, dépose un amendement pour réintroduire deux pesticides dangereux dans la loi d'urgence. Le plan de Lecornu vole en éclats.
Le Premier ministre tente alors une opération de persuasion : un "cocktail dinatoire" pour ramener les récalcitrants dans le rang. Mais au sein même du gouvernement, la guerre des pesticides fait rage. Dimanche précédant le vote, deux ministres s'affrontent dans la presse. Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, choisit le JDD pour défendre bec et ongles le projet de loi, pesticides inclus. Monique Barbu, ministre de l'Écologie et ancienne présidente du WWF France, choisit La Tribune du Dimanche pour affirmer tout l'inverse : un non ferme aux pesticides.
Le lundi, les débats s'ouvrent à l'Assemblée. Lecornu multiplie les revirements. D'abord, il refuse de faire sauter lui-même l'amendement sénatorial. Ensuite, il revient vers ses députés et leur propose de déposer un amendement de suppression — mais sans garantie que le gouvernement le soutienne. "Moi, je ne bouge pas, mais si vous voulez vous salir les mains à ma place, allez-y", résume Le Média.
Plusieurs groupes se chargent du sale boulot : la gauche, le Modem, et deux anciennes figures de la Macronie : Elisabeth Borne et Agnès Pannier-Runacher, ex-ministre de l'Écologie. "On s'est dit que c'était une bonne idée de mettre Elisabeth Borne en première signataire de notre amendement. Ça lui donnait du poids", confie un élu du groupe Renaissance au Figaro. "Bon courage au gouvernement s'ils veulent refuser l'amendement d'une ancienne première ministre", fanfaronne un autre.
Raté. Une fois les députés dans l'hémicycle, le gouvernement change de cap et rejette tous les amendements de suppression — y compris celui d'Elisabeth Borne. La loi d'urgence agricole est adoptée avec 296 voix pour, 224 contre, grâce à une coalition droite-extrême droite. Les macronistes sont divisés : certains votent contre, d'autres s'abstiennent. Voilà.
Après le vote, l'altercation
Il est plus d'une heure du matin. Furieuse, Elisabeth Borne se dirige vers Annie Genevard. La presse raconte qu'elles ont failli en venir aux mains. Les huissiers n'ont pas eu à intervenir, mais l'altercation est réelle. "Ces gens ont quand même un pif politique absolument stratosphérique", commente le présentateur du Média. "Ils n'ont toujours pas compris que leur mouvement politique se fonde sur les mensonges et les petites trahisons entre amis."
Le lendemain, c'est Monique Barbu qui sort du bois. Sur LinkedIn, elle publie un "pavé" dans lequel elle règle ses comptes avec Lecornu. Elle menace de poser sa démission, lasse d'être "la caution environnement" d'un gouvernement qui "empire la situation". Mais dans la journée, Emmanuel Macron la rappelle. Quelques heures plus tard, elle annonce qu'elle reste. "Je ne sais pas ce que Macron lui a raconté, mais sûrement peu ou prou la même chose qu'à Lecornu en son temps", ironise Le Média. Officiellement, elle justifie son maintien par la nécessité de "répondre aux enjeux du changement climatique". La promesse de traiter les pesticides dans un texte distinct est enterrée.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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