Noam, 19 ans, tué à Metz : l’homophobie tue encore, la justice hésite

Une mort qui aurait pu être évitée
Le 31 mai 2026, Noam sort en groupe. Une bande les prend pour cible. Les coups pleuvent — il est frappé à la tête. Transporté à l'hôpital de Mercy à Metz, le diagnostic est sans appel : état de mort cérébrale. Il décède le 2 juin.
Le parquet de Metz ouvre une enquête. Pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Pas de circonstance aggravante. Pas d'homophobie.
Les vidéos tournées par le groupe avant l'agression existent. Des témoins racontent les insultes. Noam portait du maquillage — un détail qui, selon ses proches, a scellé son sort. Le mot « pédé » aurait été lancé. Pourtant, la justice hésite.
« Le parquet au départ a dit qu'il n'avait pas assez d'éléments pour parler d'homophobie », raconte Marie Turquan, journaliste à Mediapart, qui a publié la première enquête.
Huit jours passent. La pression monte. Les associations crient au scandale. La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, rend hommage à Noam le 9 juin. Une minute de silence est observée dans l'hémicycle. Une partie des députés ne se lève pas.
Le parquet change d'avis. Le 12 juin, il rouvre l'enquête avec la circonstance aggravante d'homophobie. Un réquisitoire supplétif est délivré. La qualification devient homicide volontaire commis en raison de l'orientation sexuelle.
L'avocate des mis en cause, Anthy Benier, dénonce une décision politique. « Ce revirement est une réponse à une pression politique et publique », déclare-t-elle au micro d'Ici Laorin le 13 juin. Elle affirme que le parquet avait agi « de manière tempérée, claire et conforme au droit » et que ce changement brutal est « la conséquence directe de la minute de silence à l'Assemblée nationale ».
Sophie Fria, avocate de la famille de Noam, salue au contraire ce revirement. « La famille est soulagée », dit-elle sur Ici Laorin le 12 juin. « Il n'y a pas une année au moins où on n'a pas un crime de ce genre, où on n'a pas un jeune ou une jeune qui meurt pour rien. » Elle précise que la famille refuse « toute récupération politique ».
1771 témoignages de violence en 2025
Noam n'est pas un cas isolé. Loin de là. Les chiffres sont têtus.
Le rapport annuel 2026 de SOS homophobie compile les témoignages de l'année 2025 : 1771 violences LGBTphobes recensées. Contre 1500 en 2024. Une augmentation nette.
June Lucas, membre d'Acceptess-T, association qui accueille et défend les personnes trans, confirme : « Le pôle juridique de l'association constate une augmentation de 15,3% depuis 2024 des personnes qui viennent chercher de l'aide suite à des agressions transphobes. » Elle ajoute : « On reçoit des personnes qui se font agresser au visage tous les jours. Ces affaires ne sont pas prises au sérieux. Les plaintes sont souvent classées sans suite. »
Anthony Vincent, journaliste et auteur de « L'insulte » (éditions Les Liens qui libèrent), rappelle le continuum de violences : « La mort est l'expression la plus spectaculaire de la LGBTphobie, mais c'est aussi du harcèlement scolaire, des suicides, des discriminations au travail, dans l'accès aux soins ou au logement. »
Léan Lestra, journaliste fondatrice de Problématique, souligne le déni français : « En France, on a parfois ce sentiment qu'on serait un pays des Lumières très éclairé. On a du mal à percevoir à quel point on est encore structurellement homophobe. On recule sur les droits des personnes LGBTQA. On prend du retard par rapport à l'Espagne. »
Le piège des applis et la police du genre
Marie Turquan a cosigné un documentaire sur les guetapens homophobes — ces pièges tendus aux homosexuels via des applications de rencontre. « On avait estimé à l'époque qu'il y avait 300 victimes par an. Un chiffre sans doute sous-estimé », dit-elle.
Les agresseurs exploitent les préjugés. Ils utilisent les applis pour attirer leurs victimes dans des lieux isolés. Les insultes fusent. Les coups tombent. Parfois, la mort suit.
Anthony Vincent insiste : « L'injure homophobe agit comme une police du genre. Noam a probablement été visé parce qu'il était maquillé, perçu comme efféminé. Il y a un continuum entre le sexisme et la LGBTphobie. »
June Lucas ajoute que les personnes trans subissent une « transphobie structurelle qui se construit de plus en plus puissante. On sait que ça arrivera. On a cette habitude morbide de devoir gérer des personnes trans assassinées. » Elle cite l'été 2024 et l'assassinat de Géraldine, femme trans migrante et travailleuse du sexe. Son meurtrier ? Un homme blanc.
Homonationalisme : la droite et l'extrême droite instrumentalisent
L'affaire Noam est devenue un objet politique. L'extrême droite s'en empare. Le RN, Éric Zemmour, Johann Power accusent SOS Homophobie de trier les victimes. Leur discours : les agresseurs sont « toujours les mêmes » — sous-entendu les immigrés.
Léan Lestra dénonce ce discours : « Le RN prétend que la LGBTphobie serait plus du côté de l'islam. Tout ça pour soutenir des politiques racistes. C'est de l'homonationalisme, un concept théorisé par Jasbir Puar en 2007. »
L'homonationalisme accorde un peu plus de droits à certains gays — ceux qui cochent les cases de la respectabilité. « Il ne faut pas trop qu'ils soient cuir, il ne faut pas trop qu'ils dépassent. Comme Noam, justement parce qu'il arborait du maquillage. C'est aussi un pacte de respectabilité qui remet les personnes LGBT à leur place. Au placard », explique Léan Lestra.
Anthony Vincent précise que ce discours « ne tient pas trois secondes face aux faits ». Marie Turquan rappelle que les agresseurs documentés par son enquête viennent de tous horizons : « Des légionnaires proches de l'extrême droite, des cathos intégristes, des gens de tous quartiers, avec des noms très différents. L'homophobie n'a pas d'origine ethnique particulière. »
La Pride de Paris 2025 en a fait les frais. Son affiche portait le mot d'ordre : « contre l'international réactionnaire ». Suffisant pour que Valérie Pécresse, présidente LR de la région, et plusieurs entreprises retirent leurs subventions à l'Inter-LGBT. Un précédent lourd de sens.
2027 : la GPA et la PMA comme arguments électoraux
À un an de la présidentielle, les droits des personnes LGBT risquent d'être instrumentalisés. Marie Turquan le redoute : « Des candidats comme Gabriel Attal veulent potentiellement se positionner sur la GPA pour attirer un vote gay. C'est un piège. »
Anthony Vincent met en garde : « Beaucoup de candidats vont se positionner sur la PMA, la GPA pour attirer un électorat sans vraiment soutenir l'ensemble des minorités. Il faut être vigilant pour ne pas être récupérés contre nos propres droits et contre les droits d'autres minorités. »
Léan Lestra ajoute que l'homonationalisme fonctionne en tandem avec le fémonationalisme, version pseudo-féministe souvent transphobe. « Les personnes qui mènent ces politiques font du racisme, mais aussi du sexisme et de l'homophobie. »
June Lucas rappelle que la transphobie est un phénomène occidental avant d'être importé ailleurs. « L'administration Trump a fait de la transphobie un argument politique. On le voit aussi en Hongrie, ailleurs en Europe. »
Le refus de l'oubli
L'avocate de la famille de Noam a refusé de venir s'exprimer sur Mediapart. Ses clients tentent de « se remettre du traumatisme qu'ils ont subi », a-t-elle écrit. « Ils se félicitent de la décision du parquet. Ils ont confiance en la justice. »
Léan Lestra, dans son article pour Problématique, a voulu « rendre hommage aux jeunes queer qui vivent avec la peur au ventre. Leur dire qu'on va se battre pour qu'ils aient une grande vie gay qui les attend. Ils méritent autre chose que la peur quand ils font la fête. »
« On en a marre de compter nos morts », lance Anthony Vincent. « On en a marre de compter nos bleus. On a trop l'habitude de ça. On développe plus de troubles anxieux, dépressifs, de pensées suicidaires. Pas parce qu'on est LGBT, mais à cause de la LGBTphobie. »
Le dossier est loin d'être clos. L'enquête suit son cours. Les prévenus, deux hommes de 20 et 27 ans, sont mis en examen. Leurs avocats plaident la pression médiatique. La famille de Noam refuse la récupération politique.
Une chose est sûre : en 2026, en France, on peut encore mourir d'être soi. Le mot d'ordre de la Pride de Paris 2026 n'a pas changé. Il reste le même : contre l'international réactionnaire. Et contre ceux qui veulent réduire le combat des personnes LGBT à une simple opération de communication électorale.
Sources
- Mediapart – émission « À l'air libre » du 16 juin 2026, avec Marie Turquan, Léan Lestra, June Lucas et Anthony Vincent.
- Problématique – article de Léan Lestra sur la mort de Noam.
- Ici Laorin – déclarations des avocates Sophie Fria (12 juin) et Anthy Benier (13 juin).
- Rapport annuel 2026 de SOS homophobie (données 2025).
- Documentaire de Mediapart « Crimes invisibles » sur les guetapens homophobes (David Perottin, Sarah Bret, Marie Turquan).
- Anthony Vincent, « L'insulte : de l'injure à la solidarité », éditions Les Liens qui libèrent, 2026.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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