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JusticeÉpisode 44/33

85 047 plaintes pour violences sur mineurs : le réexamen qui change la donne

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-15
Illustration: 85 047 plaintes pour violences sur mineurs : le réexamen qui change la donne
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« J’ai demandé aux procureurs d’étudier en urgence »

Tout commence par une question. La députée Danièle Carteron (Ensemble pour la République) interpelle le ministre — le compte rendu de l’échange, diffusé par CNews, en témoigne. Elle évoque « le terrible meurtre de la petite Liana », un nom qui hante les mémoires. « Vous avez demandé aux tribunaux d’étudier en urgence les 70 000 plaintes concernant les mineurs victimes dans notre pays. Où en êtes-vous ? », demande-t-elle.

La réponse de Gérald Darmanin fuse. Et elle contient un chiffre qui donne le vertige.

« Il y a eu exactement 69 626 dossiers d’affaires criminelles et délictuelles connus par les parquets, qui ont été absolument réétudiés, déclare le ministre. Plus 15 000 plaintes découvertes chez les services enquêteurs, où les gens sont venus déposer plainte. Ce qui porte à 85 047 plaintes aujourd'hui recensées dans les parquets de la République. »

Ce chiffre, cité textuellement par le ministre, a été confirmé par plusieurs sources. Le réexamen — d’abord présenté comme portant sur 70 000 dossiers après le meurtre de Lyhanna — a donc révélé 15 000 plaintes supplémentaires. Celles-ci étaient « chez les services enquêteurs ». Autrement dit, non encore transmises à la justice. Un gouffre.

38 % de crimes, 83 % d’auteurs identifiés

Les faits, désormais documentés, sont accablants. D’après les chiffres fournis par Darmanin — recoupés par Ouest-France le même jour — la répartition se dessine : 38 % des procédures concernent des faits criminels (viols, agressions sexuelles aggravées), 62 % des faits délictuels (harcèlement, violences physiques, agressions simples). « Dans 83 % des affaires, l’auteur a été identifié », précise le garde des Sceaux. Et dans 91 % des affaires, l’auteur n’avait aucune condamnation antérieure.

Le profil des agresseurs est glaçant. Darmanin le détaille : « Pour les trois quarts d’entre eux, ils font partie du cercle intime et familial des enfants. » Pères, oncles, grands-pères, beaux-parents, amis proches. La violence sexuelle sur mineurs, dans l’immense majorité des cas, ne vient pas d’un inconnu. Elle vient de la maison.

Les victimes, elles, sont encore souvent des enfants. 36 % d’entre elles sont toujours mineures au moment où nous parlons, révèle le ministre. Les 64 % restantes sont devenues majeures, souvent après avoir déposé plainte des années plus tard. « On peut penser qu’il y a beaucoup de faits prescrits, ou de faits qui ont été déposés 20 ou 30 ans après », ajoute Darmanin. D’où son annonce centrale.

L’imprescriptibilité des crimes sexuels en préparation

Voici la mesure politique la plus forte du jour. « D’où l’imprescriptibilité que je demanderai bientôt, avec la ministre de la santé, de voter pour les crimes qui concernent les mineurs », déclare le garde des Sceaux. Une promesse qui fait écho aux demandes répétées des associations de victimes. Aujourd’hui, les crimes sexuels sur mineurs se prescrivent par trente ans à compter de la majorité de la victime — soit jusqu’à 48 ans. Mais des milliers de plaintes arrivent au-delà de ce délai, explique le ministre.

Le traitement judiciaire, lui, avance. Selon les données fournies par Darmanin, « en moyenne, les parquets connaissent des dossiers de 14 mois. C’est-à-dire que nous avons encore beaucoup de travail à faire pour réduire les délais d’étude par les parquets pour ouvrir des informations judiciaires. » Concrètement, 970 dossiers prioritaires — soit 1 % du stock total — ont été identifiés. Ils seront traités « dans les prochaines semaines ». Parallèlement, 1 350 informations judiciaires sont en cours concernant des enfants.

Autre chiffre qui confirme la mobilisation judiciaire : au 22 juin, 134 personnes avaient déjà été placées en détention provisoire pour violences sexuelles sur mineurs depuis le lancement du réexamen (source : La Dépêche). La machine judiciaire tourne — mais sa lenteur habituelle reste un obstacle.

Ce que ce chiffre dit de la France

85 047 plaintes. Un nombre si colossal qu’il en devient abstrait. Pourtant, derrière chaque chiffre, il y a un enfant. Une famille. Un agresseur souvent connu, souvent impuni jusqu’alors. Ce que révèle ce réexamen, c’est d’abord un silence organisé. Pendant des années, des milliers de plaintes ont été déposées, classées sans suite, oubliées dans les tiroirs des services enquêteurs. Il a fallu le meurtre ignoble d’une fillette pour que l’État décide de les compter.

Le profil des auteurs — sans antécédent, proches des victimes — interroge notre rapport à la justice. Combien de ces hommes (et femmes, dans une moindre mesure) n’ont jamais été inquiétés ? Comment la société a-t-elle pu laisser se reproduire ce cycle ? La réponse tient dans les statistiques : 91 % d’auteurs sans condamnation antérieure. Avant ce réexamen, le système ne détectait quasiment jamais ces profils. Le crime se commettait, la plainte était déposée, puis l’affaire s’enlisait.

Deuxième enseignement : le territoire. Les 15 000 plaintes « découvertes » chez les enquêteurs révèlent des disparités dans le traitement des dossiers entre les différents parquets et services de police. Certains ont transmis, d’autres non. Pourquoi ? La question reste ouverte. Mais la réponse, probablement, tient aux moyens — et à la priorisation politique de la protection de l’enfance.

Enfin, l’annonce de l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs marque un tournant. Elle place la France dans le sillage de pays comme la Belgique ou l’Espagne, où ces crimes ne se prescrivent pas. Reste à la voter. Et à vérifier que le chantier ne s’arrête pas là. Car 1 350 informations judiciaires en cours, c’est encore peu au regard des 85 047 plaintes.

Protéger nos enfants ne peut plus attendre, concluait la députée Carteron. Les chiffres, désormais, sont sur la table. Leur poids est écrasant. La suite dépendra de la volonté politique.

Sources : CNews (échange parlementaire du 15 juillet 2026) ; Ouest-France (article du 15 juillet 2026) ; La Dépêche (22 juin 2026) ; Vosges Matin (daté).

📰Source :youtube.com

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