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JusticeÉpisode 13/7

Affaire Liana : Darmanin promet des sanctions, les magistrats dénoncent des moyens insuffisants

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-06
Illustration: Affaire Liana : Darmanin promet des sanctions, les magistrats dénoncent des moyens insuffisants
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« L'institution judiciaire n'a pas su protéger cette petite fille »

Gérald Darmanin s'est adressé aux Français hier soir sur TF1. Le garde des Sceaux a choisi des mots rares. « Aujourd'hui, l'institution judiciaire, elle a pas su protéger cette petite fille », a-t-il déclaré. Puis : « J'en tirerai toutes les conséquences et au nom de la justice, comme ministre, je veux présenter mes excuses à cette famille et aux Français qui sont légitimement choqués, terrifiés de voir de telles défaillances. »

Le ministre a diligenté une enquête administrative avec le ministre de l'Intérieur. Il attend les conclusions « dans une quinzaine de jours ». Darmanin a précisé qu'il proposerait « des sanctions » en cas de « fautes professionnelles ».

Ces excuses, les magistrats les entendent. Frédéric Chevalier, président de la Conférence nationale des procureurs de la République, était en visioconférence avec France Info TV. Il résume le malaise : « Ce qui nous paraît un peu paradoxal, c'est de à la fois faire cette inspection avec laquelle on est d'accord et à la fois d'ores et déjà jeter au pilori un certain nombre de collègues, notamment la collègue de Hô qui vit des moments très compliqués. »

Cette collègue, c'est Clémence Meyer, procureure de Hô. Menacée de mort sur les réseaux sociaux. Chevalier dénonce un « tourbillon » inadmissible : « À partir du moment où on dit que c'est la justice qui a défailli, c'est la justice qui a dysfonctionné, et bien on prend cette collègue dans un tourbillon qui est inadmissible. »

119 circulaires depuis janvier 2025 — et deux priorités contradictoires le même jour

Depuis janvier 2025, le ministre a envoyé 119 « dépêches et circulaires » aux parquets, selon Frédéric Chevalier. « Toutes doivent être lues, toutes doivent être mises en application parce que c'est un principe qui gouverne notre fonction et notre métier. »

Le 27 janvier 2025, deux circulaires sont parties. L'une donne la priorité à la lutte contre le narcotrafic. L'autre donne la priorité aux violences faites aux femmes et aux enfants. Même date. Même signature.

Manon Lefèvre, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, déclare : « La façon du garde des Sceaux de les présenter depuis hier était quand même assez malhonnête puisque vous pouvez constater déjà cette priorité est mise au cœur d'autres priorités. » Elle ajoute : « Tout est urgence. Les violences dans les stades, les violences aux abords des écoles, les violences sexuelles sur les femmes, tout est une urgence et tout ça sans moyens supplémentaires. »

Les circulaires sont « irréalisables », selon Lefèvre. Faute de moyens humains et matériels.

Le précédent garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, avait signé une circulaire de 14 pages le 28 mars 2023, exclusivement dédiée aux violences sur mineurs. Chevalier la défend : « Cette circulaire reprenait ce que des parquets en territoire faisaient parce que ça lui paraissait des pratiques extrêmement pertinentes et efficaces. »

Trois procureurs pour 100 000 habitants — la France, dernier de la classe européenne

Le budget de la justice a bondi. Il est passé de 7 milliards d'euros en 2017 à 10,7 milliards en 2024, confirme Frédéric Chevalier. « C'est vrai », reconnaît-il. Il tempère : « Un peu plus de la moitié de ce budget part à la direction générale de l'administration pénitentiaire pour nos prisons. »

La France compte 3 procureurs pour 100 000 habitants. La moyenne de l'Union européenne est de 12. Pour l'ensemble des magistrats (siège et parquet), le ratio est de 11,3 pour 100 000 habitants, contre 21,9 en moyenne dans l'UE. L'Allemagne est à 24, la Belgique à 14, l'Italie à 12,2.

Emmanuel Macron a déclaré : « Je ne veux pas qu'on me parle de moyens concernant cette affaire. » Le ministre avait promis 1 500 magistrats supplémentaires. Mais Chevalier relativise : « On nous dit attention, c'est 2027-2030, donc soyez patients. Pour l'instant, la traduction de ces plus 1 500 magistrats dans nos juridictions, elle se traduit simplement par la résorption de la vacance. » Il précise que l'on passe de 7 magistrats à 8, pas à 9. Chevalier résume : « Nous sommes dans une ère de précarisation. » Il rappelle le mot de l'ancien garde des Sceaux : « Nous partions d'une situation de clochardisation. »

L'autopsie : pas de traumatisme violent, les analyses complémentaires en cours

Caroline Rambeau, médecin légiste, a détaillé les résultats de l'examen du corps de Liana. « On n'a pas relevé de gros traumatisme, pas de choc à la tête, pas de fracture, pas de blessure par arme blanche ni par arme à feu », explique-t-elle. Le corps, resté six jours, « devait être un petit peu abîmé » — la chaleur, la dégradation était rapide.

Des examens complémentaires (toxicologie, génétique) sont en cours, attendus sous une dizaine de jours. Le corps a été transporté à l'IRCGN de Pontoise.

La procureure menacée, les magistrats en colère

Clémence Meyer, procureure de Hô, reçoit des menaces de mort. Selon Frédéric Chevalier, la communication du ministre a mis la procureure en danger. Il réclame que l'inspection puisse « travailler en toute sérénité ». Il note que le ministre de l'Intérieur, lui, n'a pas mis en cause les gendarmes avant les résultats.

Chevalier abonde : les magistrats « se lèvent tous les matins pour faire leur boulot ». Et le syndicat dénonce une mise en cause prématurée.

Après-demain, tous les procureurs sont convoqués à Paris par Gérald Darmanin. En attendant, l'enquête administrative doit rendre ses conclusions sous quinze jours.

📰Source :youtube.com

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