Yasmine Skouri : violée, battue, abandonnée par la France

Ils l’ont frappée. Ils l’ont injectée. Ils l’ont violée. Et la France n’a pas bougé. Yasmine Skouri, militante française de 28 ans, est rentrée à Paris hier. Elle faisait partie de la flottille pour Gaza arraisonnée par l’armée israélienne en eaux internationales. Son témoignage accable. Il accuse. Il nomme les coupables : les soldats de Ben-Gvir et l’État français. Plainte contre les deux.
L’arraisonnement en eaux internationales
Commençons par le commencement. Le bateau navigue à 170 milles nautiques de Gaza. Eaux internationales. Pas une zone de guerre. Pas une zone militaire.
Un Zodiac approche. Dix soldats armés jusqu’aux dents. Lasers rouges sur les visages. Semi-automatiques pointées. « Arrêtez-vous ou on tire. » Les militants obtempèrent. Les soldats montent à bord. Mains en l’air. Fouilles au corps. On les emmène vers un bateau-prison.
Yasmine Skouri raconte : « C’était pas le moment où j’ai eu le plus peur pour ma vie. » Paradoxal ? Non. Le pire arrive après.
Les autres bateaux ont subi pire. Beaucoup pire. Des tirs de billes de plomb. Des sachets qui traversent les cuisses. Un œil pulvérisé. Des corps tasés, plaqués au sol.
C’est là que ça devient intéressant. Les soldats n’agissent pas au hasard. Ils évaluent chaque militant. Origine, orientation sexuelle, nationalité. Racisme. Homophobie. Violence calibrée.
Yasmine est française. Blanche. Ça joue en sa faveur — relativement. Les Palestiniens à bord ? Pas la même mesure.
Bateau-prison : deux jours d’enfer
Le bateau-prison. Un cargo aménagé avec des containers. Quatre conteneurs forment une cour. C’est là que tout bascule.
Les militants sont emmenés un par un dans le noir. Trois soldats par victime. Coups de poing, coups de pied, baïonnettes. Seringues. Injections de liquide inconnu. Violences sexuelles.
« Tout le monde a subi des violences », dit Yasmine. Pas de gradation. Pas d’exception.
Deux jours. Sans médecin. Sans avocat. Sans base légale. Aucune autorité ne se présente. Aucun pays n’intervient.
Yasmine regarde la caméra. « On a été kidnappé. » Le mot est pesé. Choisi. Exact.
Le droit international est clair. Un navire en eaux internationales relève de l’État du pavillon, pas d’Israël. L’arraisonnement est illégal. La détention aussi. Les violences sont des crimes de guerre.
Ces deux jours, personne ne les a vus. Pas de téléphone. Pas de médias. Pas de drones au-dessus.
Si les vidéos de Ben-Gvir n’avaient pas fuité ?
L’absence de base légale : un détournement du droit
Troisième jour. Les voilà au port d’Hode, en Israël. Les autorités israéliennes tentent de donner une apparence de légalité à la détention. Services d’immigration. Procès-verbal. Accusation : « entrée illégale dans une zone militaire fermée » et « immigration illégale ».
Problème : ils n’ont jamais franchi de frontière. L’armée israélienne les a interceptés en eaux internationales, puis amenés de force en Israël.
Yasmine Skouri : « Cette zone militaire, elle est décrétée seulement par eux, pas du tout par le droit international. »
Le détournement est grossier. Mais il a un but clair : couvrir les violences. Donner un vernis de procédure aux passages à tabac. Transformer des kidnappés en immigrés clandestins.
Ça n’a pas marché. Les vidéos de Ben-Gvir — le ministre israélien de la Sécurité nationale lui-même — ont montré la réalité. Soldats frappant. Militants ensanglantés. Corps traînés.
Pourquoi Ben-Gvir a-t-il diffusé ces images ? Arrogance. Prouver sa force. Mais les images se sont retournées contre lui. Scandale mondial. Condamnations. Même Netanyahou a dû déclarer que le traitement était « non conforme aux valeurs israéliennes ».
Les valeurs israéliennes. Le même gouvernement a bombardé des écoles à Gaza, tué 40 000 civils, maintenu un blocus illégal depuis 2007. Voilà.
La France a-t-elle abandonné ses citoyennes ?
Question qui tue : où était la France ?
Yasmine Skouri est française. Son passeport est français. Kidnappée, battue, violée. Pendant deux jours, aucun consul ne s’est présenté. Aucun diplomate n’a exigé sa libération. Aucun avocat français n’a été autorisé à la voir.
Le référé de liberté déposé par ses avocats alors qu’elle était encore détenue ? Le juge s’est déclaré incompétent.
Incompétent. Pendant que des citoyens français sont torturés en mer, la justice française dit : pas mon problème.
Yasmine ne mâche pas ses mots : « On n’a pas du tout été protégé par notre passeport cette fois-ci. On a vraiment eu peur pour nos vies. »
Elle attend une réponse de l’État. Des sanctions. Des condamnations. Rien. Ou si peu. Un communiqué de condamnation. Une saisine du Quai d’Orsay. Des promesses.
Et les autres ? Les Palestiniens qui subissent ça chaque jour, sans passeport français pour les protéger ? Yasmine le dit : « Nous, on n’a subi qu’un mini-échantillon de ce que subissent les Palestiniens. »
Mini-échantillon. Deux jours de cauchemar. Coups, viols, seringues.
Le silence médiatique, une mise en danger
Yasmine établit un lien glaçant. « Le manque de couverture par la presse, le manque de mobilisation à terre, on voit qu’il est vraiment proportionnel au niveau de violence qu’on a reçu. »
Moins de caméras = plus de violence. Moins de journalistes = plus d’impunité.
Depuis le cessez-le-feu à Gaza, l’attention internationale s’est déplacée. Les morts palestiniens ne font plus la une. Les bombardements ne sont plus en direct. Résultat : Israël frappe plus fort, plus librement.
La flottille en a fait l’expérience directe. Les violences de 2026 dépassent celles de 2010 — quand neuf militants turcs avaient été tués par les commandos israéliens. À l’époque, la couverture médiatique était massive. Les images tournaient en boucle. La pression internationale avait forcé Israël à desserrer l’étau.
En 2026, quasi-silence. Un entrefilet. Un témoignage sur France 24. Trois minutes.
Les soldats israéliens l’ont compris. Ils ont frappé plus fort. Sans témoins, sans conséquences.
Yasmine : « Si on ne visibilise pas, les gens sont beaucoup plus en danger. »
C’est vrai pour elle. C’est vrai pour les Palestiniens. C’est vrai pour tous ceux qui osent défier le blocus.
La suite : plainte contre l’État français
Yasmine Skouri ne s’arrête pas. Elle va porter plainte. Contre l’État d’Israël, contre les soldats individuellement, contre l’État français.
Oui, contre la France. Pour inaction. Pour abandon de ses ressortissants. Pour complicité passive.
L’action en référé a échoué. Le juge s’est déclaré incompétent. Mais d’autres voies existent. La Cour européenne des droits de l’homme. Le Tribunal international du droit de la mer. La Cour pénale internationale.
Les avocats de la flottille préparent le dossier. Témoignages, photos, vidéos, rapports médicaux. Les seringues, les viols, les injections — tout sera documenté.
Ils veulent des noms. Les soldats qui ont frappé. Les officiers qui ont ordonné. Les politiques qui ont couvert.
Et l’État français ? Quid du ministre des Affaires étrangères ? Quid de l’ambassadeur à Tel-Aviv ? Pourquoi n’ont-ils pas exigé la libération immédiate ? Pourquoi n’ont-ils pas sanctionné Israël ?
La France condamne. La France condamnera. Rien de plus.
Yasmine : « On continuera à exiger de notre État qu’il mette en place des sanctions concrètes et immédiates. »
« Concrètes et immédiates ». Pas des communiqués. Pas des promesses.
L’avenir : repartir, malgré tout
Yasmine est fatiguée. Elle a mal. Elle a peur. Mais elle dit : « Repartir, c’est pas la question. On n’arrêtera pas de parler de la Palestine. »
La flottille n’était pas une provocation. C’était un acte politique. Briser le blocus. Apporter de l’aide. Montrer que le monde n’oublie pas.
Le blocus est toujours en place. Le génocide — elle utilise le mot — est toujours en place. Les Palestiniens meurent chaque jour. L’eau manque. La nourriture manque. Les médicaments manquent.
Les militants de la flottille le savent. Ils connaissaient les risques. Mais ils ne s’attendaient pas à cette escalade de la violence. Inédite, dit-elle. Jamais vue.
Ils continueront. Flottille ou pas. Procès ou pas. Sanctions ou pas.
« On sera là partout pour visibiliser ce qui se passe en Palestine. »
Yasmine Skouri regarde l’écran. Ses yeux sont rouges. Sa voix tremble un peu. Mais elle tient.
Sources
- Témoignage de Yasmine Skouri sur France 24, émission « À la une », 23 mai 2026.
- Vidéos diffusées par Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale, mai 2026.
- Droit international de la mer : Convention de Montego Bay (1982), articles 92, 97, 110.
- Contexte historique : blocus de Gaza depuis 2007, opération Pluies d’été (2006), abordage du Mavi Marmara (2010).
- Déclarations de Benjamin Netanyahou sur le traitement des militants, mai 2026.
- Dépêches AFP/Reuters sur l’arraisonnement de la flottille, mai 2026.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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