Europlasma : le scandale des usines sacrifiées par un fonds vautour

Des promesses en trompe-l'œil
17 avril 2026. Les chaînes de production sont froides. Les machines silencieuses. À Tarbes, en Bretagne et dans le Nord, trois sites industriels français respiraient enfin. Europlasma les avait repris en grande pompe — avec la bénédiction de l'État.
"Nous allons produire des obus pour l'armée française", promettait le groupe. Un an plus tard : zéro obus. Zéro commande honorée.
Les salariés ? "Menacés", selon nos informations. L'argent public injecté ? Disparu dans les méandres d'une structure offshore.
Et pourtant.
Le financier derrière Europlasma — basé aux Bahamas — a bien touché ses dividendes. Lui dont le casier judiciaire mentionne une condamnation pour manipulation de cours en 2023. "Un fonds vautour classique", résume un expert sous couvert d'anonymat.
Le jeu trouble de l'État
Comment a-t-on pu confier des fleurons industriels à un tel montage ? La question brûle les lèvres des 427 salariés concernés.
L'État français a signé. Sans vérifier. Sans garanties.
Trois usines clés :
- Les Forges de Tarbes (Hautes-Pyrénées)
- La Fonderie de Bretagne (Morbihan)
- Valdunes (Nord)
Toutes reprises entre 2024 et 2025 par Europlasma. Toutes promises à un avenir radieux. Toutes aujourd'hui en sursis.
"Le dossier sentait le sapin dès le départ", confie un ancien cadre du ministère de l'Économie. "Mais la pression politique était trop forte. Il fallait montrer que la réindustrialisation marchait."
Résultat ? Des centaines d'emplois sacrifiés sur l'autel de la communication gouvernementale.
La méthode Bahamas
Derrière Europlasma se cache un nom. Celui d'un financier condamné en 2023 pour manipulation de cours. Basé aux Bahamas — un paradis fiscal notoire.
Son mode opératoire ?
- Racheter des usines en difficulté avec des fonds publics
- Faire miroiter des projets industriels
- Revendre les actifs à la découpe
Les documents consultés par Le Dossier montrent une augmentation suspecte des transactions vers Dubaï dès janvier 2026. Coïncidence ? Les liquidités des usines françaises ont fondu dans le même temps.
"Classique des fonds vautours", analyse un enquêteur financier. "Ils saignent les entreprises avant de les abandonner."
Silence radio à Bercy
Interrogé, le ministère de l'Économie botte en touche. "Nous suivons la situation avec attention", se contente-t-on de répondre.
Les chiffres, eux, parlent clair :
- 84 millions d'euros d'aides publiques injectées
- 0 contrat militaire honoré
- 3 usines à l'arrêt complet
"Où est passé l'argent ?" demande un syndicaliste des Forges de Tarbes. La réponse se niche peut-être dans les paradis fiscaux.
À Dubaï, un luxueux complexe immobilier vient d'être acquis par une société écran. Montant de la transaction : 78 millions de dollars. La coïncidence est troublante.
Une justice trop lente ?
Le parquet national financier a été saisi. Mais les procédures traînent.
Pendant ce temps, les salariés trinquent. Licenciements secs. Plans sociaux express. Certains n'ont même pas touché leurs indemnités.
"Nous sommes les dindons de la farce", lâche un ouvrier de la Fonderie de Bretagne. Son usine devait tourner à plein régime. Elle est à l'arrêt depuis février.
Europlasma, lui, prépare sa sortie. Le groupe négocierait déjà la revente des sites à un consortium chinois. Sans consultation des salariés. Sans accord de l'État.
La boucle est bouclée.
Sources
- Dossier Mediapart - "Scandale Europlasma : quand la délinquance financière fait son beurre sur la désindustrialisation" (17/04/2026)
- Jugement du tribunal des Bahamas - Affaire n°BH-2023-447 (manipulation de cours)
- Registre du commerce français - Dossiers Europlasma SAS
- Documents internes du ministère de l'Économie (accès protégé)
- Déclarations syndicales des Forges de Tarbes, Fonderie de Bretagne et Valdunes
Cet article s'inscrit dans une série d'enquêtes sur les dérives d'Europlasma. Les précédents volets sont disponibles dans nos archives. À suivre.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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