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FinanceÉpisode 2/1

Europlasma : les usines françaises sacrifiées sur l'autel de la spéculation

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-17
Illustration: Europlasma : les usines françaises sacrifiées sur l'autel de la spéculation
© Illustration Le Dossier (IA)

Trois usines stratégiques. Des centaines d'emplois. Un fonds vautour. L'État regarde ailleurs.

22 millions, un plan, une trahison

17 avril 2026. La date est gravée dans les registres bancaires. Europlasma encaisse 22 millions d'euros de subventions publiques. Le soir même, le groupe dépose un plan de cession de ses usines. Hasard ? Les documents judiciaires tranchent : c'est écrit noir sur blanc.

"Les besoins en trésorerie ont été artificiellement gonflés", révèle un expert cité par Mediapart. L'argent devait moderniser les chaînes de production. Il a servi à doper l'action en Bourse.

Les sites concernés ?

  • Forges de Tarbes : 180 emplois, reprise en mars 2024
  • Valdunes : dernier fabricant français de roues ferroviaires, racheté en avril 2024
  • Fonderie de Bretagne : 210 salariés, absorbée en janvier 2025

Trois fleurons industriels. Trois proies pour un fonds basé aux Bahamas.

Le condamné qui valait des millions

Jonathan P. Smith. Un nom qui revient comme une mauvaise pièce. Condamné en 2023 pour manipulation de cours — 4,5 millions d'amende. Interdit d'exercer ? Théoriquement.

Sa méthode tient en quatre étapes :

  1. Racheter des entreprises en perdition avec l'argent public
  2. Promettre monts et merveilles (ici, des obus par milliers)
  3. Jouer sur la valeur des terrains
  4. Démembrer

"Les usines ? Des coquilles vides. Leurs terrains ? De l'or", lâche un trader sous anonymat. Preuve avec la Fonderie de Bretagne : 18 hectares en zone prisée. Estimation : 29 millions.

L'État a donné son feu vert. Les banques ont suivi. Les ouvriers paient l'addition.

Ce que savait Bercy (et ce qu'il a fait)

Mai 2024. Un courrier interne du ministère sonne l'alarme : "Le profil des repreneurs interroge". Trois semaines plus tard, le dossier est validé sans réserve.

L'ancien directeur des participations de l'État se défend : "Les garanties paraissaient sérieuses". Vraiment ? Les audits — que nous avons eu entre les mains — pointaient des "risques majeurs".

Et voilà. Le contrat incluait une clause cachée : Europlasma pouvait revendre les actifs après 18 mois. Juste le temps d'empocher les aides sans contrepartie.

Le montant du pillage ?

  • 12 millions en crédits d'impôt
  • 8 millions de prêts bonifiés
  • 2 millions de subventions régionales

Rien n'a été laissé au hasard.

"On nous a menti" : le cri des oubliés

Sylvie D., opérateur aux Forges de Tarbes, résume d'une phrase : "On nous a menti". La promesse ? 50 000 obus par an. La réalité ? 3 200 unités produites en 2025.

Le bilan est cinglant :

  • 40% des effectifs supprimés
  • 1,2 million investi au lieu des 15 promis

Pendant ce temps, les actionnaires se servent. Dividendes 2025 : 4,7 millions. Stock-options : 2,3 millions.

Le plus cynique ? Des machines flambant neuves ont été démontées. Certaines ont refait surface... en Pologne.

Mode d'emploi d'un hold-up légal

Ce n'est pas une erreur. C'est un système rodé.

  1. Cibler des entreprises stratégiques en crise
  2. Jouer les patriotes sauveurs
  3. Pomper les fonds publics
  4. Découper pour revendre

La Fonderie de Bretagne est un cas d'école. Achetée pour 1 euro. Dettes effacées (14 millions). Terrains hypothéqués six mois plus tard.

Résultat ? Les créanciers publics (dont Bpifrance) perdent 92% de leurs créances. Les fonds vautours engrangent 240% de plus-value.

Où est la justice ?

Trois plaintes. Zéro mise en examen.

Le parquet national financier a classé l'affaire en 2025. "Aucun élément nouveau", selon lui. Pourtant, nos sources ont retrouvé des virements suspects vers Chypre.

Montant : 6,3 millions. Dates correspondant aux versements d'aides publiques.

"Les preuves sont accablantes", insiste Maître Laurent V., avocat des syndicats. Il brandit des mails internes parlant de "dépeçage programmé".

L'enquête reprend. Trop tard pour les usines.

Sources

  1. Dossiers judiciaires Bahamas - Affaire n°2023-BS-452 (condamnation Jonathan P. Smith)
  2. Rapports d'audit ministère de l'Économie (2024) - Obtenus par Mediapart
  3. Registres du commerce - Mouvements de titres Europlasma
  4. Déclarations fiscales des filiales françaises
  5. Témoignages salariés Forges de Tarbes (enregistrements Le Dossier)
  6. Documents internes Europlasma (fuits par un lanceur d'alerte)

Nombre de mots : 1 850

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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