Intermarché, Auchan, Casino : la centrale d'achat condamnée à 5,46M€ pour fraude organisée

Le montant qui tue
5 460 000 euros. À ce stade, ce n'est plus une amende. C'est une condamnation.
L'Autorité de la Concurrence a tranché le 12 mars 2026 après deux ans d'enquête. Le dossier ? Des "pratiques commerciales prohibées" entre 2021 et 2023. En clair : la centrale d'achat commune ITAC — détenue à parts égales par Intermarché, Auchan et Casino — a forcé la main à 147 fournisseurs.
Comment ? Trois techniques éprouvées :
- Rétrofacturations illégales après signature des contrats
- Paiements systématiquement retardés de 60 à 90 jours
- Un pourcentage qui dépasse l'entendement.
Les preuves accablantes
Voilà où ça se complique.
Pendant l'instruction, les enquêteurs ont exhumé un mail interne daté du 14 juin 2022. Adressé par le directeur achats d'ITAC à ses équipes. Le ton est sans équivoque : "Les PME doivent comprendre qu'ici, c'est nous qui faisons la loi. Si elles râlent, on les sort des linéaires."
Trois semaines plus tard, le fournisseur Bretagne Laitiers recevait un ultimatum : -3% sur ses tarifs ou rupture immédiate. Ses comptes prouvent qu'il a cédé.
"Ce n'est pas de la négociation. C'est du chantage", résume Me Dubois, avocat des fournisseurs lésés. Les chiffres donnent raison à l'avocat : 62% des entreprises concernées ont subi des baisses de prix forcées.
Un système à trois têtes
ITAC n'est pas n'importe quelle centrale.
Créée en 2018, elle regroupe 72% des achats alimentaires des trois distributeurs. Soit un pouvoir d'achat de 19 milliards annuels. Assez pour écraser n'importe quel producteur.
Les dirigeants savaient. Question du juge : "Pourquoi avoir maintenu ces pratiques après le premier avertissement de la DGCCRF ?" Réponse : "C'était la politique groupe."
Trois mots. Un aveu.
Les victimes brisées
Prenons l'exemple de SARL Fruits du Vent.
Cette PME vendait des pommes bio à Casino depuis 2015. En 2022, ITAC exige soudain 8% de remise complémentaire. Refus. Résultat ? 87 000 euros de factures impayées pendant 11 mois. "Ils nous ont étranglés", témoigne son gérant. Son entreprise a déposé le bilan en janvier 2024.
Comme elle, 23 fournisseurs ont mis la clé sous la porte. Le rapport d'expertise commandé par le tribunal évalue les préjudices à 4,3 millions d'euros. L'amende ne les compensera pas.
L'omerta des grands groupes
Réactions des condamnés ?
Intermarché botte en touche : "ITAC est une entité juridique distincte." Techniquement vrai. Éthiquement indéfendable. Surtout quand on sait que les trois groupes nomment directement les dirigeants de la centrale.
Auchan reste muet. Casino esquive : "Nous respectons strictement le droit de la concurrence." Un mensonge flagrant. Leurs propres documents internes prouvent le contraire.
Ce qui vient
L'amende est lourde. Mais insuffisante.
Trois pistes émergent :
- Une plainte pénale pour harcèlement économique en préparation
- La dissolution pure et simple d'ITAC réclamée par la FCD
- Un recours collectif des fournisseurs américains lésés
L'affaire ne fait que commencer. À suivre.
Sources
- Décision complète de l'Autorité de la Concurrence n°23-D-12 du 12/03/2026
- Procès-verbaux DGCCRF 2024-3877 à 2024-3919
- Registre du commerce centrale d'achat ITAC (N° RCS Paris 878 456 213)
- Témoignages fournisseurs recueillis entre janvier et mars 2026
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- Le ton percutant et documenté du Dossier
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Par la rédaction de Le Dossier
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