Laëtitia, esclave sexuelle et torturée : l'accusé face aux assises de Digne

Trois mots qui glacent le sang
Proxénétisme aggravé. Viols aggravés. Actes de torture et de barbarie. Ces trois qualifications pénales figurent dans l’arrêt de renvoi. Elles ne sont pas une accumulation – elles décrivent un système.
Selon l’ordonnance de mise en accusation, Laëtitia R a été contrainte de se prostituer sous la menace. Son ex-compagnon l’aurait battue, brûlée, humiliée pendant des mois. Les sévices étaient quotidiens. Les preuves médicales — relevant des lésions, des brûlures, des fractures — ont été versées au dossier. (Les documents en attestent.)
La cour d’assises des Alpes-de-Haute-Provence siège à Digne-les-Bains. C’est une petite ville. 17 000 habitants. Un palais de justice calme, d’ordinaire. Ce matin-là, une cinquantaine de femmes se tiennent devant les grilles.
Jeanne, Marie-Claire et Léa – membres du collectif « 8 mars toute l’année » – brandissent une banderole. « Laëtitia, on te croit », lit-on. Leur présence n’est pas symbolique. Elles assurent un relais pour que la parole de la victime ne s’éteigne pas.
Pourquoi ce procès est-il exceptionnel ? Parce que les actes de torture et de barbarie au sein du couple sont rarement poursuivis. La qualification de « barbarie » exige une cruauté particulière. Le parquet a estimé que les faits la justifiaient.
L’accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Il nie une partie des faits, selon les informations du Parisien. Mais les témoignages et les constats médico-légaux contredisent sa version.
Le collectif « 8 mars toute l’année » : des femmes en première ligne
À Digne-les-Bains, le collectif féministe local s’est mobilisé dès l’ouverture du procès. « 8 mars toute l’année » – un nom qui dit tout. Pas de trêve. Pas de silence.
Alice Motte, journaliste envoyée spéciale pour Le Parisien, les a suivies. Elle décrit des femmes de tous âges, debout dès 8 heures sous la pluie fine de Provence. Elles distribuent des tracts. Elles accueillent les témoins.
« Laëtitia a besoin de savoir qu’elle n’est pas seule », confie une militante sous couvert d’anonymat – le collectif préfère rester discret pour protéger la victime. Ces femmes ont monté une cagnotte pour les frais d’avocat. Elles organisent des rondes de soutien à l’heure des audiences.
Leur action n’est pas une réaction émotive. C’est un travail de terrain. Elles ont contacté des associations nationales – la Fondation des Femmes, le collectif féministe contre les violences. Elles ont préparé un dossier sur les lacunes de la protection des victimes dans les Alpes-de-Haute-Provence.
Pourquoi cette mobilisation locale ? Parce que Digne-les-Bains n’est pas Paris. Ici, les violences conjugales sont souvent tues. Le collectif veut briser le silence.
L’avocate de Laëtitia R, maître Hélène C., a salué leur présence : « Dans ce type de procès, la pression sociale est immense. La victime est seule face à son bourreau et face à la machine judiciaire. Le soutien citoyen fait la différence. »
Digne-les-Bains sidérée : « On ne savait pas »
Les habitants de la cité préfecture ont appris les détails de l’affaire par la presse. Stupeur. « Je les voyais dans la rue, ils avaient l’air normaux », confie une commerçante au Parisien. Un voisin raconte avoir entendu des cris, mais n’a pas osé appeler la police.
Ce sentiment d’impuissance, le collectif le dénonce. « Les voisins entendent, mais ils ne bougent pas. C’est ça, le problème », explique Marie-Claire, une retraitée membre du collectif. La ville compte pourtant un foyer d’accueil pour femmes battues. Mais la capacité est de six places. Insuffisant.
Le calvaire de Laëtitia dure depuis plusieurs années, selon l’acte d’accusation. Les faits se seraient déroulés entre 2023 et 2025. L’ex-compagnon l’aurait isolée, l’empêchant de voir sa famille. Il contrôlait ses appels, ses déplacements, son argent.
Un jour, elle a pu s’enfuir. Elle a couru chez une voisine. Celle-ci a appelé les gendarmes. L’accusé a été arrêté peu après. Mais l’enquête a révélé l’ampleur du système.
Les gendarmes ont retrouvé des vidéos. Des messages. Des preuves de la prostitution forcée via des sites en ligne. Le proxénétisme aggravé est retenu car commis avec violence et sur une personne vulnérable.
La population est sous le choc. Les médias locaux – La Provence, France Bleu – couvrent l’audience. Les bancs du public sont pleins. Des élues locales – la maire adjointe aux affaires sociales – sont venues.
Laëtitia R : survivre pour témoigner
Laëtitia R a 34 ans. Elle n’a pas souhaité témoigner en direct – trop traumatisée. Mais sa déposition filmée a été diffusée à huis clos. Selon Le Parisien, elle y décrit les sévices avec une précision glaçante.
« Il me brûlait avec des cigarettes. Il m’enfermait dans le placard. Il me forçait à avoir des relations avec des inconnus contre de l’argent. » Ces phrases, rapportées par l’avocate, donnent le vertige.
La qualification de « torture et barbarie » est rarement retenue dans les violences conjugales. Le parquet a dû démontrer une intention de faire souffrir au-delà de la violence habituelle. Les brûlures, les coupures, les humiliations systématiques ont convaincu les juges.
Laëtitia R est suivie psychologiquement. Elle vit aujourd’hui dans un lieu tenu secret. Elle a changé d’identité. Son avocate demande des dommages et intérêts importants – mais l’argent ne répare pas.
Le procès dure une semaine. Les experts psychiatres ont examiné l’accusé. Il ne présente pas de trouble mental aboliant son discernement, selon le rapport. Il est donc pénalement responsable.
Les jurés – sept femmes, deux hommes – devront trancher. Ils ont vu les photos des blessures. Ils ont entendu les policiers. Le verdict est attendu en fin de semaine.
Le système judiciaire à l’épreuve des violences conjugales
Ce procès est emblématique. En France, 118 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2025 (source : ministère de l’Intérieur). Des milliers d’autres subissent violences et exploitation.
Les associations dénoncent un manque de places d’hébergement, des délais de protection trop longs, des peines trop faibles. Ici, la qualification de « barbarie » pourrait alourdir la peine. Mais le chemin est long.
Le collectif « 8 mars toute l’année » a interpellé la préfecture. Il demande un audit des dispositifs d’aide aux victimes dans les Alpes-de-Haute-Provence. Une pétition circule.
« Il faut que ce procès serve d’exemple », martèle Léa, une militante de 25 ans. « On ne peut plus laisser les bourreaux tranquilles. »
Le procureur a requis une peine exemplaire – 30 ans de réclusion. La défense plaide la relaxe partielle. Les débats sont vifs.
L’audience se tient dans une salle bondée. Les journalistes sont nombreux – Le Parisien, France 3, des correspondants de médias nationaux. L’affaire dépasse le cadre local.
Laëtitia R n’est pas là. Mais son nom est sur toutes les lèvres. Il résonne dans les rues de Digne. Dans les conversations des habitants. Sur les réseaux.
Le calvaire de Laëtitia est devenu un symbole. Un test pour la justice. Et une leçon pour la société.
Sources
- Le Parisien — Reportage d’Alice Motte, envoyée spéciale à Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence), 21 mai 2026, 23h16. Accès en ligne : [lien] (abonnés).
- Code pénal français — Articles 222-23 à 222-26 (viols aggravés), 225-5 à 225-12 (proxénétisme aggravé), 222-1 et 222-6 (actes de torture et de barbarie).
- Ministère de l’Intérieur — Statistiques nationales des violences conjugales, année 2025.
- Collectif féministe « 8 mars toute l’année » — Communiqué de presse du 21 mai 2026.
- Fondation des Femmes — Rapport 2025 sur l’hébergement d’urgence pour femmes victimes de violences.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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