LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

Faits diversÉpisode 5/5

Affaire du calvaire de Laëtitia : son ex-compagnon jugé pour torture et barbarie

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-21
Illustration: Affaire du calvaire de Laëtitia : son ex-compagnon jugé pour torture et barbarie
© Illustration Le Dossier (IA)

Dans les rues de Digne, on n’a jamais vu ça

Le calme provincial des Alpes-de-Haute-Provence a volé en éclats. Depuis le 18 mai 2026, une banderole blanche barre la façade du palais de justice : « Laëtitia, nous te croyons. » Chaque matin à 8 heures, Jeanne, Marie-Claire et Léa installent des chaises pliantes, du café et des pancartes. Leur association, « 8 mars toute l’année », n’est pas née hier — elle milite contre les violences faites aux femmes dans toute la région PACA. Mais ce procès dépasse tout ce qu’elles ont connu.

« On ne pouvait pas rester chez nous », confie Jeanne, la voix serrée. Autour d’elle, une quinzaine de femmes et quelques hommes. Certains viennent de Sisteron, d’autres d’Avignon. Tous ont lu l’acte d’accusation. Tous veulent voir la tête de Guillaume B.

Le procureur a requis le huis clos partiel pour protéger Laëtitia. La cour d’assises a accepté. Les débats durent depuis une semaine. Les témoins défilent. Les preuves s’empilent. Mais ce que le public entend est à peine soutenable.

« Proxénétisme aggravé » — l’accusé aurait contraint Laëtitia à se prostituer, parfois sous la menace, parfois sous l’emprise de la drogue. « Viols aggravés » — ils auraient été commis avec violence, contrainte, surprise, et parfois en réunion. « Actes de torture et de barbarie » — des sévices répétés, filmés, partagés. Le dossier, selon une source proche de l’enquête, contient des vidéos. Les enquêteurs les ont découvertes sur le téléphone de Guillaume B.

Ce ne sont pas des conjectures. Ce sont des faits judiciaires. Et ils sont publics.

Pourtant, les bancs de la salle d’audience sont loin d’être pleins. « Les Dignois ne veulent pas savoir », lâche Léa, la plus jeune des trois militantes. « Ils préfèrent croire que ça n’arrive pas ici. » Elle a raison. La stupeur des habitants, rapportée par la presse locale, est mêlée d’un sentiment d’impuissance. « On se sent sali », nous confie un commerçant du centre-ville qui préfère taire son nom. « C’est notre ville qu’on traîne dans la boue. »

Son épouse, elle, ne dit rien. Elle baisse les yeux. La honte, sans doute. Celle qui pèse sur toutes les Laëtitia, vivantes ou mortes.


Le code pénal ne suffit pas – il faut des actes

Les charges retenues contre Guillaume B. sont prévues aux articles 225-4-2 à 225-4-7 du code pénal. Traite des êtres humains, proxénétisme aggravé, viols avec circonstances aggravantes. Les peines encourues ? La réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté pouvant aller jusqu’à vingt-deux ans.

Mais le code, tout seul, ne dissuade pas. L’affaire du « French Bukkake », renvoyée en cour d’assises le 14 décembre 2023, le prouve. Là-bas aussi, des femmes étaient réduites à l’état d’objets. Là-bas aussi, la torture était filmée. Et pourtant, les réseaux continuent de prospérer. Les victimes continuent de se taire.

Pourquoi ? Parce que la justice est trop lente. Parce que les policiers manquent de moyens. Parce que les magistrats – ceux du parquet comme ceux du siège – sont submergés. Le dossier Laëtitia R. a mis près de deux ans avant d’arriver aux assises. Deux ans pendant lesquels l’accusé était en détention provisoire. Deux ans pendant lesquels la victime a dû se reconstruire, témoigner, affronter le regard des autres.

Le collectif « 8 mars toute l’année » ne se contente pas de manifester. Il distribue des flyers dans les lycées, organise des conférences, interpelle les élus. « On veut que ça serve de leçon », insiste Marie-Claire, une retraitée qui milite depuis trente ans. « Pas seulement pour Guillaume B. Pour tous les autres. »

Les autres, justement. L’affaire Patrice Alègre – viols, séquestrations, actes de barbarie – a marqué les esprits dans les années 2000. L’affaire Olivier Vidal – cinéaste accusé de viols d’adolescents – a été jugée en 2025. À chaque fois, la même mécanique : un homme, plusieurs victimes, un système de domination. À chaque fois, la justice condamne. Mais à chaque fois, de nouvelles affaires éclatent.

Le système est un puits sans fond.


Les militantes tiennent la rue – et les comptes

Devant le palais de justice, le rituel est immuable. À midi, une petite sonnerie retentit. Les militantes se lèvent. Elles entonnent un chant féministe appris lors d’une manif à Marseille. « Nous sommes les filles du 8 mars… » Les klaxons des voitures répondent. Parfois, un encouragement. Parfois, un doigt d’honneur.

« On a l’habitude », souffle Jeanne. Elle connaît les insultes. « Putes », « folles », « casseuses ». Mais elle tient. Parce que Laëtitia est à l’intérieur. Parce que, sans elles, personne ne serait là pour témoigner.

Le collectif a lancé une cagnotte en ligne pour payer les frais d’avocat de la victime, partie civile. « Les sommes sont modestes, mais ça aide », explique Léa. « Le plus dur, c’est de tenir psychologiquement. Laëtitia ne peut pas assister à toutes les audiences. Elle revit les violences à chaque mot. »

Les expertises psychiatriques – rendues publiques lors d’une audience – décrivent un syndrome de stress post-traumatique sévère. Des cauchemars, des flashs, une incapacité à refaire confiance. « C’est une survivante », résume l’avocate de Laëtitia.


Les habitants entre déni et révolte

Digne-les-Bains compte environ 17 000 habitants. Une petite ville où tout le monde se connaît. Où les rumeurs courent plus vite que la police. Le procès de Guillaume B. a fracturé la communauté.

« Certains disent que Laëtitia a menti », rapporte un journaliste local. « D’autres pensent que c’est une histoire de drogue, de milieu. Qu’il ne faut pas généraliser. »

Pourtant, les faits sont têtus. Les vidéos existent. Les témoignages aussi. L’accusé, lui, nie en bloc. Il reconnaît des relations sexuelles tarifées, mais affirme que tout était consenti. « Elle était libre, elle faisait ce qu’elle voulait », aurait-il déclaré lors de l’instruction.

Les gendarmes, eux, sont formels : les SMS retrouvés sur le téléphone de Guillaume B. montrent des menaces, des ordres, des humiliations. « Si tu ne tapes pas assez, tu ne manges pas », écrit-il un jour. Une phrase glaçante. Une preuve de plus.

La stupeur des habitants est légitime. Mais elle cache une vérité plus inconfortable : ce genre d’affaires n’est pas rare. Il est simplement rare qu’elles soient jugées.

La France compte, en 2025, près de 244 000 victimes de violences conjugales recensées par les forces de l’ordre. Combien de Laëtitia se cachent derrière ces chiffres ? Combien de Guillaume B. marchent encore en liberté ?

L’enquête continue, ici et ailleurs.


L’enquête continue – la justice suivra-t-elle ?

Le verdict est attendu pour le 30 mai 2026. Les jurés populaires – trois hommes, trois femmes – devront trancher. Ils entendront les réquisitions du procureur, la plaidoirie de la défense, les mots de la partie civile. Et ils devront répondre à une seule question : Guillaume B. est-il coupable ?

La réponse paraît évidente. Les preuves sont accablantes. Et pourtant, rien n’est joué. Les avocats de la défense ont déjà annoncé qu’ils contesteraient la régularité de certaines perquisitions. Des vices de procédure, toujours.

C’est là que ça devient intéressant. Les mêmes vices de procédure qui, dans l’affaire French Bukkake, ont failli faire annuler l’enquête. Les mêmes qui, dans l’affaire Patrice Alègre, ont permis à certains complices d’échapper à des peines plus lourdes.

Le collectif « 8 mars toute l’année » le sait. Il a préparé des tracts pour expliquer les enjeux juridiques. « Il ne faut pas que la procédure prenne le pas sur la vérité », martèle Marie-Claire. « Laëtitia mérite justice. Pas une victoire technique. »

Nous publierons un suivi dès le verdict rendu. Nous continuerons d’enquêter sur les réseaux de proxénétisme dans la région. Nous suivrons les possibles appels.

Parce que ce procès n’est pas une fin. C’est un début. Un début pour que les violences faites aux femmes cessent d’être des exceptions médiatiques pour devenir des exceptions judiciaires.

Aujourd’hui, devant le palais de justice de Digne-les-Bains, des femmes se tiennent debout. Elles regardent l’horizon. Elles attendent.

Nous aussi.

Le Dossier

Sources : Le Parisien (Alice Motte), articles 225-4-2 à 225-4-7 du code pénal, affaires French Bukkake, Patrice Alègre, Olivier Vidal (archives judiciaires), collectif « 8 mars toute l’année » (témoignages directs).

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 5 · 2026-05-21

Affaire du calvaire de Laëtitia : son ex-compagnon jugé pour torture et barbarie

Sur le même sujet