Laetitia, esclave sexuelle et torturée : le bourreau face aux assises

Un calvaire qui débute en 2015 en 2015
Elle est préparatrice en pharmacie. Lui, directeur d’agence bancaire. Une dizaine d’années les sépare. La rencontre ? 2015. Les premiers mois sont normaux. Puis l’emprise s’installe. Insidieuse. Totale.
Les enquêteurs reconstituent le puzzle. Les premiers signes : des gifles, des coups, des rapports non consentis. Laetitia raconte tout le 17 juin 2022, quand elle pousse enfin la porte du commissariat de Manosque. Un mois plus tôt, une amie avait alerté la police — cette amie à qui Laetitia venait de confier avoir été étranglée pendant la nuit. Sur le moment, refus de porter plainte. Il a fallu ce mois de latence pour qu’elle ose parler.
Ce qu’elle décrit est glaçant. Guillaume B. ne se contente pas de frapper. Il la contraint à se prostituer avec des dizaines d’inconnus. Parfois avec des amis à lui. Des relations tarifées, souvent très violentes. Et il écoute par téléphone. Au début, il prend la moitié des gains. Puis la totalité. Jusqu’au dernier euro.
Elle vit sous sa coupe. Littéralement. Il décide quand elle sort, quand elle s’habille, quand elle va aux toilettes. Ce qu’elle mange. Ce qu’elle boit. Avec qui elle parle. Elle doit demander l’autorisation pour tout. S’il refuse ? Chantage à la rupture. Menaces de mort. Menaces de mort sur les enfants. Elle cède. Toujours.
« Elle n’a pas accepté, elle s’est soumise »
Maître Philippe Henry Neguer, avocat de Laetitia, ne mâche pas ses mots : « Il n’y a pas eu de consentement. Pas de relation sadomasochiste librement consentie, comme le prétend Guillaume B. » L’avocat. « Elle n’a pas accepté, elle s’est soumise. On ne cède pas à la pression quand on a le choix. On cède quand on n’a pas d’autre option. »
Le mécanisme est documenté. Dès le premier jour, Guillaume B. a mis en place une stratégie : une prison mentale, psychologique. « Il a structuré sa vie autour de ce que les cliniciens appellent une perversion, explique Me Neguer. Une forme de plaisir qu’il tire de la souffrance des autres. »
Et ça marche. Sept ans. La porte de la maison est peut-être ouverte — mais la prison mentale, elle, est verrouillée. Les expertises psychiatriques le confirmeront plus tard.
Des preuves par milliers
Laetitia n’a rien oublié. Mieux : elle a tout conservé. Les SMS sur WhatsApp. Les photos. Les vidéos. Les enregistrements audio. Des centaines de fichiers qui racontent minute par minute ce qu’elle vivait. Les enquêteurs les récupèrent le jour de sa plainte.
« On a le récit de cela parce que tout a été conservé », confirme Me Neguer. « C’est hyper précieux. Ça permet d’avoir des éléments qui confirment, étayent ce qu’elle a raconté. Parfois même de compléter. Parce que quand on vit ce genre de choses, le cerveau, pour vous protéger, oublie certaines choses. »
Les photos montrent les blessures. Les vidéos, les violences. Les SMS, l’emprise quotidienne. Les enregistrements, les humiliations. Les enquêteurs les ont passés au crible. Chaque fichier est une pièce à conviction. Chaque message, une preuve.
Les témoins aussi parlent. Les enfants respectifs de Laetitia et Guillaume B. sont entendus. Ils confirment les violences physiques et psychologiques. Ils décrivent le caractère colérique de leur père, de leur beau-père. Les plus jeunes disent en avoir peur. Ils n’ont pas assisté aux violences sexuelles — la porte de la chambre restait fermée. Mais ils ont vu les bleus. Entendu les cris. Vécu la terreur.
Une voisine raconte une scène précise : elle est invitée à un apéritif chez le couple. Elle entend Guillaume B. proposer à l’un de ses amis d’avoir une relation sexuelle avec Laetitia — sans lui demander son accord. Elle décrit aussi des cris, des pleurs, des coups dans les murs. Elle les a entendus, elle aussi.
La défense s’effondre, un trou de mémoire fatal
Guillaume B. nie. Il parle d’une relation sadomasochiste consentie. Sa compagne, selon lui, « adorait être humiliée ». Il la qualifie d’« esclave ». Tout était un jeu. Un jeu de domination dont Laetitia aurait accepté les règles.
Les enquêteurs lui demandent si le couple avait un code pour que Laetitia puisse manifester son désaccord. Guillaume B. affirme que oui. Puis il ajoute : « J’ai un trou de mémoire. » Il ne peut pas le citer.
Les experts ne sont pas dupes.L’expert psychiatre qui l’examine rend des conclusions accablantes. Il décrit Guillaume B. comme marqué par « un détachement affectif, une froideur ». Il note « une absence de remords, de culpabilité ». L’accusé considère l’autre, dit l’expert, « comme un objet essentiellement sexuel ». Diagnostic : « déséquilibre psychique de type pervers narcissique », avec une « dangerosité » clairement établie.
Pas de folie. Pas d’irresponsabilité pénale. Juste un pervers narcissique qui savait ce qu’il faisait — et qui continue de nier.
Laetitia, survivante : « La honte doit changer de camp »
Aujourd’hui, Laetitia est handicapée. Les séquelles physiques sont permanentes. « Sa vie ne sera plus jamais la même, dit son avocat. Jusqu’à la fin de sa vie, elle aura des séquelles très graves quotidiennement. » L’expertise psychiatrique conclut à un syndrome post-traumatique sévère. Elle revit le traumatisme en permanence. Son rapport au monde est déformé.
Mais Laetitia refuse de se cacher. Elle refuse le huis clos. « Ce n’est pas à elle d’avoir honte, a-t-elle déclaré à TF1. Il l’a tenue avec la peur et la honte. Aujourd’hui, c’est à lui d’avoir peur. »
Son avocat le confirme. « Elle veut montrer montrer que la honte, la peur doit changer de camp. » Un choix politique. Courageux. Gisèle Pelicot, dans l’affaire des viols de Mazan, l’avait fait avant elle. Laetitia s’en inspire. « Si d’autres femmes l’entendent, si d’autres femmes vivent la même chose, qu’elles puissent avoir le même courage qu’elle de réussir à dénoncer les choses », espère Me Neguer.
Le procès s’ouvre le 18 mai. Il doit s’achever le 22 mai. Guillaume B. encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Au-delà d’un seul cas — une démonstration
Ce procès est une démonstration. Une leçon sur l’emprise, sur la mécanique de la domination, sur la manière dont un homme peut transformer une femme en objet, en esclave, en marchandise.
« On va comprendre comment un homme va réussir à mettre en place tout un ensemble de systèmes qui vous empêche de partir, explique Me Neguer. La question n’est pas “pourquoi elle n’est pas partie”. La question, c’estré qu’est-ce qui l’a empêchée de partir ? »
La réponse est dans les expertises, dans les témoignages, dans les preuves. Guillaume B. a construit une prison invisible — violence, peur, honte, chantage. Il a détruit Laetitia morceau par morceau.
Mais elle est là. Elle parle. Elle témoigne. Elle refuse de se taire.
« Elle a cette force qui est extrêmement impressionnante, conclut son avocat. On ne parle pas ici de soumission chimique. On parle d’emprise psychologique. Et elle est en train de montrer que même la plus solide des prisons mentales peut être brisée. »
Le verdict est attendu vendredi 22 mai. La cour d’assises de Digne-les-Bains rendra sa décision. Laetitia, elle, a déjà gagné. Elle a parlé.
À suivre.
Sources
- BFM TV — podcast Affaires Suivantes de Pauline Revena, avec Élise Fernandez (journaliste police-justice) et Maître Philippe Henry Neguer (avocat de Laetitia)
- TF1 — témoignage de Laetitia diffusé avant l’ouverture du procès
- Expertise psychiatrique de Guillaume B. (pervers narcissique, dangerosité)
- Expertise psychiatrique de Laetitia (syndrome post-traumatique, séquelles permanentes)
- Enquête de police de Manosque — procès-verbaux des auditions de Laetitia, des enfants, de la voisine
- Échanges de SMS, photos, vidéos et enregistrements audio versés au dossier par la victime
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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