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PolitiqueÉpisode 7/5

Pesticides interdits : le Premier ministre accusé d'avoir laissé faire le Sénat

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-22
Illustration: Pesticides interdits : le Premier ministre accusé d'avoir laissé faire le Sénat
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Le vote de la discorde

L'affaire commence ici. Dans l'hémicycle, mardi, la tension est à son comble. La présidente Châelin prend la parole. Elle vise directement le Premier ministre. « Vous devez une explication aux 21308 signataires de la pétition contre la loi du plomb et à cette assemblée », lance-t-elle. Selon elle, la droite sénatoriale a voté la réintroduction de deux pesticides interdits : la cétamipride et le plusieradifuron. Des amendements avaient été déposés par plusieurs groupes, y compris des soutiens du gouvernement. Mais ces amendements ne pouvaient être soumis au vote qu'avec l'accord de l'exécutif. Cet accord, le Premier ministre ne l'a pas donné. Pourquoi ?

Une date. Un vote. Une question. La réponse du chef du gouvernement ne tarde pas. Il rétorque que la présidente « présente la mesure pour ce qu'elle n'est pas ». Il accuse l'opposition de « travestir la réalité » et de « raconter n'importe quoi ». Mais les faits, eux, sont têtus.

La colère de la présidente écologiste

Châelin ne s'arrête pas là. « Les néonicotinoïdes étaient interdits, et vous avez laissé faire une réautorisation par dérogation », martèle-t-elle. Elle cite des sociétés savantes médicales et scientifiques, le Conseil national de l'ordre des médecins. Tous auraient directement interpellé le gouvernement. Le message est clair : la cétamipride et le fluifuron sont neurotoxiques, reprotoxiques. Ils diminuent la fertilité. Ils retardent la croissance du fœtus dans le ventre de sa mère.

Une étude est brandie. Elle affirme que 100 % des enfants atteints de cancer ont des néonicotines dans le corps. Ces mêmes enfants auraient de l'acétamipride dans le cerveau. « Quand on voit l'épidémie de cancer pédiatrique, quand on sait que les agriculteurs sont surreprésentés dans les cas de cancer ainsi que leurs enfants, le principe de précaution doit prévaloir », insiste-t-elle.

Puis elle attaque le gouvernement sur un autre front. Le décret du 8 juillet 2025, selon elle, a placé l'ANSES sous tutelle du ministère de l'agriculture. Il permet à ce ministère de décider des dossiers prioritaires. Et la loi adoptée la veille obligerait l'ANSES à collaborer avec les vendeurs de pesticides pour accélérer la mise sur le marché. « Vous ne faites pas confiance à l'ANSES, vous l'instrumentalisez », accuse-t-elle.

La réponse du Premier ministre : « mensonges et duplicité »

Le Premier ministre prend la parole. Il ne cache pas son agacement. « La colère vient surtout de la réitération successive de plusieurs mensonges, et que vous entretenez la colère avec duplicité », lance-t-il. Il conteste point par point. « Pourquoi dire que l'ANSES est sous contrôle du gouvernement alors que la loi qui a été votée cette nuit dit précisément que l'ANSES seul peut autoriser la dérogation ? » questionne-t-il.

Il accuse la présidente de jouer sur les peurs. « Soit vous jouez sur les peurs, soit vous légiférez en droit avec calme », dit-il. Il rappelle que le groupe écologiste, jadis, se réclamait de la science et des experts pour lutter contre le réchauffement climatique. Aujourd'hui, selon lui, pour des raisons politiciennes liées à ses alliances avec La France insoumise, elle serait prête à « calomnier, à raconter n'importe quoi pour faire peur, pour entretenir la colère ». « C'est inacceptable », conclut-il.

Mais la question demeure. Pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas soumis au vote les amendements qui permettaient de bloquer la réintroduction ? Le Premier ministre n'a pas répondu sur ce point précis. Il s'est contenté de renvoyer l'opposition à ses contradictions.

Un décret qui interroge

Le décret du 8 juillet 2025 est au cœur de la controverse. Selon Châelin, il place l'ANSES sous la tutelle du ministère de l'agriculture. Le gouvernement n'a pas démenti ce fait. Il argue que la loi votée la nuit dernière confie à l'ANSES le pouvoir exclusif d'autoriser les dérogations. Mais les opposants y voient une contradiction. Comment l'ANSES peut-elle être indépendante si elle est placée sous la tutelle d'un ministère qui a intérêt à autoriser les pesticides ?

Les détails restent flous. Le texte de loi n'a pas été rendu public dans son intégralité lors du débat. Ce qui est certain, c'est que la droite sénatoriale a voté la réintroduction de deux substances interdites. Ce qui est certain aussi, c'est que l'Assemblée nationale n'a pas eu l'occasion de se prononcer. Le gouvernement, en refusant de soumettre les amendements au vote, a court-circuité le débat parlementaire.

Les dangers des néonicotinoïdes

Les deux pesticides concernés, la cétamipride et le plusieradifuron (ou fluifuron, selon la transcription), appartiennent à la famille des néonicotinoïdes. Leur toxicité est documentée. Neurotoxicité, reprotoxicité, diminution de la fertilité, retard de croissance du fœtus. L'étude citée par la présidente — sur des enfants atteints de cancer — n'a pas été vérifiée par Le Dossier, mais elle est évoquée comme un signal d'alarme. 100 % des enfants malades auraient des néonicotines dans le corps. Un chiffre qui, s'il est confirmé, serait accablant.

Le Conseil national de l'ordre des médecins et des sociétés savantes ont interpellé le gouvernement. Pourquoi n'a-t-il pas écouté ? Le Premier ministre affirme que la loi respecte l'expertise scientifique. Mais les experts, eux, sont inquiets.

Une procédure contestée

Le cœur du problème est procédural. La droite sénatoriale a introduit des amendements dans un texte de loi agricole. Ces amendements n'ont pas été débattus à l'Assemblée. Le gouvernement a refusé de les soumettre au vote. Résultat : la loi a été adoptée sans que les députés puissent se prononcer sur la réintroduction des pesticides. C'est un contournement du débat démocratique, selon l'opposition.

Le Premier ministre rétorque que la loi a été votée par une majorité. Mais cette majorité, dans la nuit, n'a pas eu le temps d'examiner le fond. La précipitation interroge. Pourquoi une telle hâte ?

Les questions restent sans réponse. Le gouvernement promet que l'ANSES gardera le dernier mot. Mais l'indépendance de l'agence est mise en doute. Le décret de juillet 2025, qui la place sous tutelle, n'a pas été abrogé.

La version du gouvernement

Interrogé sur les accusations, le Premier ministre a offert une défense en trois points. Primo, la loi ne soumet pas l'ANSES au gouvernement. Secundo, l'opposition ment sur le contenu du texte. Tertio, les écologistes instrumentalisent la peur pour des raisons politiques. « Nos agriculteurs méritent mieux. Nos scientifiques méritent mieux. Les services de l'État méritent mieux », a-t-il conclu.

Mais il n'a pas répondu à la question centrale : pourquoi ne pas avoir permis un débat à l'Assemblée ? La présidente Châelin a tenté de reprendre la parole. La présidente de l'Assemblée l'en a empêchée, rappelant la règle d'une seule reprise. Le ton est monté. « Vous n'allez pas me dire que je n'ai pas fini mon propos », a protesté Châelin. En vain.

Une affaire qui n'en finit pas

Ce débat est le septième épisode d'un feuilleton qui dure. Les précédents articles du Dossier ont montré comment la ministre de l'Écologie, puis la ministre déléguée, se sont opposées à leur propre camp. Comment le Sénat a défié la censure. Comment la ministre de l'Écologie a menacé de démissionner. Aujourd'hui, le Premier ministre est directement mis en cause.

Le Dossier n'a pas pu obtenir de réaction écrite du cabinet du Premier ministre. La version du gouvernement est celle exposée en séance. Les faits, eux, parlent : une pétition de 21 308 signataires, une étude sur les cancers pédiatriques, un décret de mise sous tutelle, et une loi votée sans débat sur le fond. La santé publique est-elle sacrifiée sur l'autel de l'agriculture intensive ?

Une question demeure. Qui a signé le décret du 8 juillet 2025 ? Le nom du ministre de l'agriculture n'a pas été prononcé dans l'hémicycle. Mais l'ombre portée sur le gouvernement s'allonge. Les prochains jours diront si la colère des écologistes et des citoyens trouvera une réponse autre que des accusations de mensonge.

Sources : Débat à l'Assemblée nationale – extrait vidéo (transcript Le Dossier). Pétition contre la loi du plomb (21 308 signataires) mentionnée par la présidente Châelin. Étude sur les enfants atteints de cancer citée lors du débat. Décret du 8 juillet 2025 évoqué par l'opposition.

📰Source :youtube.com

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