Pesticides interdits : la ministre Barbé s'oppose à son propre camp

« Beaucoup trop loin sur l'eau »
Tension dans l'hémicycle. Un sénateur interpelle Monique Barbé : « Autant le texte n'apporte pas de solutions concrètes pour améliorer le revenu des agriculteurs, revendication pourtant première des paysans. Mais, poursuit-il, il perpétue la logique gouvernementale à l'œuvre depuis plusieurs mois, voire maintenant plusieurs années. »
Sa conclusion est brutale. « Sous couvert de simplification, c'est une méthodique dérégulation qui s'organise. » Une dérégulation environnementale, précise-t-il.
Il énumère : le texte facilite la réalisation des ouvrages de stockage d'eau. Comment ? En rendant facultative la réunion publique prévue dans le cadre d'une demande d'autorisation environnementale. La concertation est vidée de sa substance.
Les mesures compensatoires dans les zones humides ? Affaiblies. Les règles de compensation des atteintes à la biodiversité pour les terres agricoles ? Assouplies. Les délais de recours contre les projets de stockage ? Réduits. Les jugements administratifs d'interdiction de prélèvement ? Bafoués.
Le sénateur marque une pause. Puis il assène le point d'orgue. « Le non-sens environnemental est atteint ce matin avec la réintroduction dans le projet de loi par messieurs les rapporteurs de l'acétamipride et du flupiradifuron. »
Deux pesticides. Réintroduits en catimini.
La ministre dit non
Monique Barbé ne tourne pas autour du pot. « Lorsque nous avons démarré cette discussion sur le projet de loi agricole, nous sommes arrivés, le gouvernement, avec un texte sur lequel nous avions construit un compromis. » Un texte avec lequel elle pouvait « vivre sans aucun problème » — dit-elle.
Puis l'Assemblée a débattu. Le texte a dérivé. « Je vous le dis aussi clairement que cela : je trouve que cela va beaucoup trop loin sur l'eau et cela va beaucoup trop loin sur la prédation du loup. »
Elle ne cache pas son désaccord. « J'attends maintenant effectivement les discussions qui vont se tenir ici et bien évidemment il y a un certain nombre de reculs, en particulier sur l'eau, qui ne peuvent pas être acceptables. »
Pourquoi cette urgence ? La réponse est chiffrée. « Aujourd'hui à la date à laquelle je parle, nous avons déjà 40 % du territoire en sécheresse pour l'année 2026. » 40 % — un chiffre qui donne le vertige. « Il y a de l'accaparement de l'eau qui ne pourra pas se faire au profit de certaines professions », prévient-elle.
Point crucial : la gouvernance de l'eau, construite « patiemment pendant des années dans ce pays », ne doit pas être mise à mal. « En particulier les collectivités locales doivent retrouver toute leur place dans cet exercice. »
Pesticides : le retour interdit
Question directe, réponse sèche. « Quant à l'acétamipride... Mon point de vue est clair. J'y suis opposée. »
Cinq mots — pas un de plus. La ministre coupe court.
L'acétamipride et le flupiradifuron, réintroduits par les rapporteurs en commission. Deux pesticides sous le coup d'interdictions. L'acétamipride, un néonicotinoïde, est interdit dans l'Union européenne depuis 2018 pour les cultures en plein champ. Le flupiradifuron, autre insecticide, est sous surveillance.
Leur réintroduction contourne les restrictions existantes. Méthode qui interroge. Le sénateur résume le sentiment général : « La sacro-sainte simplification, érigée en principe intangible, nous autorise-t-elle à faire tout et n'importe quoi ? »
Un texte qui ne répond pas à la crise
Le projet de loi devait apaiser la colère des agriculteurs. Leur revendication première ? Le revenu. Sur ce point, le texte est muet. Contraste saisissant.
À la place, le gouvernement a choisi la dérégulation environnementale. Faciliter les stockages d'eau. Réduire les protections des zones humides. Assouplir les compensations biodiversité. Réintroduire des pesticides interdits.
Choix politique assumé par les rapporteurs. Contesté jusque dans les rangs du gouvernement. Monique Barbé est ministre de la Transition écologique et membre du gouvernement qui porte ce texte. Son opposition publique est rare — elle révèle des fractures internes.
Le dossier est loin d'être clos. Le texte doit passer au Sénat, puis revenir à l'Assemblée. Les amendements peuvent encore tout changer. Mais la position de la ministre est claire : elle s'opposera aux pesticides.
40 % du territoire en sécheresse
40 % du territoire en sécheresse — oui, vous avez bien lu — et nous ne sommes qu'en juin. Le chiffre est alarmant.
La ministre rappelle : l'eau est une ressource précieuse. Sa gouvernance, construite patiemment avec les collectivités locales, est menacée par ce texte. « Il y a de l'accaparement de l'eau qui ne pourra pas se faire au profit de certaines professions » — mise en garde claire.
Les ouvrages de stockage d'eau sont au cœur du débat. Le texte facilite leur réalisation — mais à quel prix ? La réunion publique devient facultative, les délais de recours réduits, les jugements d'interdiction de prélèvement bafoués.
Signal inquiétant pour les défenseurs de l'environnement, et pour les collectivités locales qui perdent leur place dans la gouvernance de l'eau.
La prédation du loup, autre point de friction
Le loup s'invite aussi dans le débat. Le texte va « beaucoup trop loin sur la prédation du loup », selon la ministre. Sujet sensible dans les zones d'élevage.
Le gouvernement était arrivé avec un « texte d'équilibre ». Mais les amendements votés à l'Assemblée ont dépassé « largement le cadre de ce que nous avions imaginé au départ », dit-elle.
La ministre ne donne pas de détails. Son ton est ferme. Elle n'approuve pas les amendements. Loin de là.
Une opposition qui interroge
Monique Barbé a choisi son camp : l'écologie plutôt que la solidarité gouvernementale. Fait rare.
Dilemme : soutenir un texte du gouvernement ou défendre les principes écologiques qu'elle incarne. Elle a choisi. Opposition claire aux pesticides, rejet net des mesures sur l'eau, mise en garde chiffrée sur la sécheresse.
Reste à savoir si elle sera entendue. Le texte poursuit son chemin parlementaire. Les rapporteurs ont fait leur choix, le gouvernement semble suivre. Mais la ministre a parlé. Ses mots pèsent lourd.
Sources : Déclarations de Monique Barbé à l'Assemblée nationale, extraits du débat parlementaire sur le projet de loi d'urgence agricole.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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