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PolitiqueÉpisode 6/5

Loi agricole : pesticides interdits de retour, la ministre de l'Écologie menace de démissionner

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-21
Illustration: Loi agricole : pesticides interdits de retour, la ministre de l'Écologie menace de démissionner
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Le texte a été adopté dans une séance crispée. La France ouvre la voie, à titre dérogatoire, à la réintroduction de deux pesticides interdits sur son sol : l'acétamipride et le flupyradifurone. La décision finale reviendra à l'ANSES, l'agence sanitaire. Délai accordé : 2 mois. Six mois étaient demandés par les opposants. L'amendement a été rejeté.

« C'est un véritable piétinement de la démocratie parlementaire », a réagi une députée d'opposition. « Ce qui est hallucinant maintenant, c'est de voir que beaucoup de ses collègues d'ailleurs se sont tout de même couchés et ont voté la loi agricole. »

De l'autre côté, des voix se félicitent. « Je suis satisfait pour les agriculteurs parce qu'il y a quand même beaucoup de mesures qui étaient attendues », confie un député de la majorité.

Le camp présidentiel est fracturé.

Un amendement refusé, des promesses brisées

À l'origine, le gouvernement n'avait pas inclus la réintroduction des pesticides dans son projet de loi. Sébastien Lecornu lui-même, le Premier ministre, avait écrit aux agriculteurs début mai. Sa lettre était claire : « Il n'y aura pas de mesure d'articles sur les pesticides, ce sera un texte à part. »

Promesse non tenue.

En commission mixte paritaire — réunion entre sénateurs et députés pour trouver un compromis — la mesure a été réintroduite. Le gouvernement s'est retranché derrière le « respect des parlementaires ». Une défense qui ne convainc pas son propre camp.

Gabriel Attal, patron des députés Renaissance, s'est opposé à cette introduction. Il a tenté de convaincre le Premier ministre d'amender le texte. Refus.

Les députés Renaissance ont alors tenté de déposer leurs propres amendements pour supprimer l'article. Le gouvernement a refusé de les examiner.

Agnès Pannier-Runacher, députée Renaissance du Pas-de-Calais et ancienne ministre de la Transition écologique, a accusé le gouvernement de « passage en force ». Des mots habituellement réservés à l'opposition.

La menace de démission pèse sur Matignon

Monique Barbu, la ministre de la Transition écologique, est aujourd'hui reçue à Matignon. Selon son entourage, cité par TF1, elle pourrait présenter sa démission.

Deux points bloquent. D'abord, la réintroduction des deux pesticides. Ensuite, le doublement du stockage de l'eau — une mesure qu'elle juge dangereuse dans un contexte de sécheresse.

La ministre était en minorité au sein du gouvernement. Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, soutenait le texte. Sébastien Lecornu, après avoir promis l'inverse, a cédé à la droite et à l'extrême droite.

Maud de Brégon, porte-parole du gouvernement, a été interrogée ce matin. Sa réponse esquive la question de la démission : « Qu'on démissionne sur un arbitrage gouvernemental qu'on perd, on peut en débattre. Qu'on démissionne sur un vote au Parlement qui ne va pas dans notre sens, c'est à mon avis un peu plus complexe. »

Une démission de Monique Barbu, à 9 mois de la présidentielle, serait un signal désastreux pour l'exécutif. Le Premier ministre devrait alors trouver un remplaçant — ou une remplaçante — pour assurer la transition écologique.

Deux pesticides sous haute surveillance

Parlons des substances. L'acétamipride, premier concerné, est un neurotoxique. Son mode d'action : bloquer la transmission de l'information entre les neurones. Efficace sur les insectes cibles, il l'est aussi sur les pollinisateurs et sur les mammifères — humains compris.

Le professeur Pierre Sujobert, hématologue à l'université Claude Bernard Lyon 1, est formel. « On retrouve la molécule d'acétamipride dans tous les liquides humains : le sang, les urines, le sperme et aussi dans le liquide céphalorachidien des enfants. »

À des doses faibles, certes. Mais « il n'y a pas de dose sans effet sur la santé », rappelle-t-il. Le plomb, le tabac — l'histoire le confirme.

Les études épidémiologiques sont accablantes. L'exposition à l'acétamipride pendant la grossesse entraîne une diminution du périmètre crânien du fœtus à la naissance. Elle augmente le risque de troubles du neurodéveloppement, notamment le TDAH — trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité.

Des effets reprotoxiques ont également été documentés : altération de la quantité et de la qualité des spermatozoïdes et des ovocytes. Et un métabolite de l'acétamipride pourrait agir comme perturbateur endocrinien.

Ces données proviennent du rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Un rapport « bizarrement censuré par les parlementaires de l'OPECST quelques semaines avant l'examen de la proposition de loi », déplore le professeur Sujobert.

Le flupyradifurone, un danger pour la biodiversité

Le deuxième pesticide, le flupyradifurone, est moins documenté pour la santé humaine. Les données manquent. En revanche, sa dangerosité pour la biodiversité est établie.

La Grèce a réévalué cette molécule en 2022. Sa conclusion : des risques « très importants ». Elle recommande de ne pas l'utiliser en dehors d'un usage sous serre. Nous sommes en 2026. Aucune conséquence réglementaire à ce jour.

Le flupyradifurone est prévu pour les betteraves sucrières. Une surface agricole « absolument énorme », selon le professeur Sujobert. L'usage envisagé — l'enrobage des semences — n'a jamais été autorisé en Europe. Le fabricant n'a même pas fourni d'évaluation réglementaire.

« Pour l'acétamipride, heureusement, il y a une limitation à la filière noisette. Mais elle est insuffisante. Pour le flupyradifurone, on est très très loin d'un usage limité », conclut l'hématologue.

Le Conseil constitutionnel comme recours

La gauche ne compte pas en rester là. LFI, PS, EELV, PCF — l'ensemble des groupes de gauche annonce un recours au Conseil constitutionnel.

Aurélie Trouvé, députée insoumise, l'a confirmé : « Tout ce que nous allons faire, c'est déposer cette semaine un recours au Conseil constitutionnel. Vous vous souvenez que l'été dernier nous avions obtenu une victoire et nous pensons obtenir à nouveau des victoires. »

Cette victoire, c'était sur la « loi du plomb », invalidée par les sages au nom de la Charte de l'environnement. Deux millions de personnes avaient signé une pétition contre ce texte. Le précédent existe.

L'espoir des opposants est que le Conseil constitutionnel retoque la mesure sur les pesticides pour les mêmes motifs — une régression environnementale inconstitutionnelle.

Deux mois pour quoi faire ?

L'ANSES dispose de deux mois pour se prononcer. Deux mois, c'est « absolument insuffisant », tranche Pierre Sujobert.

Le problème est plus profond. L'ANSES n'est pas une agence scientifique — c'est une agence réglementaire. Sa mission : vérifier la conformité d'une molécule à un règlement, pas évaluer l'ensemble des données scientifiques disponibles.

Les études qui ne respectent pas les méthodologies fixées par l'OCDE sont écartées d'office. C'est ainsi qu'on a perdu « énormément de temps pour l'interdiction du bisphénol A », rappelle le professeur, alors que les données scientifiques étaient massives.

« Demander à l'ANSES de faire en deux mois une évaluation scientifique, alors que ce n'est pas sa mission, c'est quelque chose qui me semble largement insuffisant. »

Des manifestants dans la rue

Quelques heures avant le vote, des centaines de manifestants se sont rassemblés à Paris. Ils dénonçaient des mesures sensibles sur l'eau et s'opposaient à la réintroduction de deux pesticides interdits en France.

Un manifestant résume le sentiment général : « On vit une sécheresse, une canicule sans précédent. On est en souffrance, tout territoire confondu, toute production confondue. Et on continue à mettre en place des mesures qui nous emmènent droit dans le mur. »

Le texte passe aujourd'hui devant le Sénat. Son adoption est quasi certaine. La loi sera alors définitivement adoptée.

Monique Barbu a réservé sa décision à ce vote. Si le Sénat adopte le texte, elle pourrait quitter le gouvernement.

Le dossier est loin d'être clos.

La gauche saisira le Conseil constitutionnel. Les scientifiques alertent. La ministre menace de partir. Et le gouvernement, fracturé, tente de sauver les apparences.

Sources :

  • France 2, reportage sur l'adoption de la loi d'urgence agricole
  • TF1, informations sur la menace de démission de Monique Barbu
  • Le Monde, tribune du 29 juin 2026 signée par 16 sociétés savantes médicales et le Conseil national de l'Ordre des médecins
  • Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), rapport sur les pesticides
  • Conseil d'État, avis sur le texte
  • Conseil constitutionnel, décision sur la « loi du plomb »
  • ANSES, agence nationale de sécurité sanitaire

📰Source :youtube.com

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