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Pesticides bio : l'enquête qui dévoile les dérives du label vert

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-12
Illustration: Pesticides bio : l'enquête qui dévoile les dérives du label vert
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Le grand écart entre l’image et la réalité

Un dimanche matin, sur un marché bio de la banlieue parisienne. « Normalement, il n’y a pas de pesticides dans le bio », lance une cliente. Pourtant, Grégory, primeur depuis dix ans, nuance : « Il y a une liste de petits trucs tolérés, en infime quantité. »

Cette liste existe bel et bien. C’est le guide des produits de protection des cultures biologiques — 392 substances autorisées aujourd’hui. Des insecticides, des fongicides, tous d’origine naturelle. Mais nature ne rime pas avec inoffensif. Marcel Amichot, toxicologue à l’INRAE, prévient : « Il faut s’enlever de l’esprit l’idée que puisque c’est naturel, on aura peu de problèmes. »

Parmi ces 392 produits, deux concentrent les alertes : le Bacillus thuringiensis (BT) et le Spinosad.

Quand le naturel tue : BT et Spinosad

Le Bacillus thuringiensis est le biopesticide le plus utilisé au monde. Pulvérisé sur les choux, il produit des toxines qui percent l’intestin des chenilles. Mais l’intestin humain ressemble à celui des insectes. L’ANSES a analysé 250 intoxications alimentaires collectives survenues entre 2007 et 2017. Selon la source, dans 8 à 20 % des cas, le BT serait le responsable. Diarrhées, nausées, vomissements — parfois une hospitalisation.

Raphaël Rousset, chercheur au CNRS, étudie les effets du BT sur l’intestin des drosophiles. « L’intestin de la mouche ressemble au nôtre », explique-t-il. Les traces d’inflammation qu’il recherche pourraient signaler un danger à long terme.

Le Spinosad, neurotoxique, est classé selon une étude Agroscope de 2021 comme le pesticide le plus toxique pour les abeilles — devant des pesticides de synthèse interdits. L’EFSA soupçonne le Spinosad d’être un perturbateur endocrinien, notamment pour la thyroïde, avec des risques potentiels pour les femmes enceintes et les fœtus. L’EFSA a recommandé en 2021 de baisser les limites maximales de résidus (LMR) sur plusieurs légumes.

Écocert : des contrôles aux angles morts

En France, l’INAO délègue la certification à des organismes certificateurs privés. Le leader, Écocert, certifie plus de la moitié des agriculteurs bio de l’Hexagone. Selon le témoignage d’une ancienne auditrice d’Écocert, elle n’a jamais reçu d’instruction pour vérifier les quantités de biopesticides utilisées. D’autres auditeurs anonymes confirment l’absence de recherche de biopesticides.

Un document interne d’Écocert, « Prélèvement et échantillonnage pour analyse » (27 pages), ne mentionne aucune consigne sur les substances autorisées comme le Spinosad. Thierry Stœhr, directeur général d’Écocert France, a confirmé par téléphone que le Spinosad n’est pas recherché spécifiquement. L’INAO, interrogé par écrit, répond que le règlement européen bio ne fixe pas de LMR spécifiques pour ces substances — la colonne « limites » du règlement est vide. La Commission européenne, par la voix de Stéphane de Kersmer, affirme que les LMR générales s’appliquent aussi au bio, et que l’interprétation d’Écocert et de l’INAO est incorrecte.

L’Europe face au Spinosad

Le SCoPAFF a voté l’abaissement des LMR du Spinosad. L’identité des membres et le détail des votes sont tenus confidentiels par la Commission européenne. Après des mois de demandes, le ministère français de l’Agriculture a fini par révéler que la France avait voté pour l’abaissement.

Syngenta : cartes cadeaux et voyages

Selon des documents confidentiels de Syngenta (obtenus sur clé USB), l’entreprise offre des cadeaux d’affaires à ses clients : voyage à Budapest pour 22 860 euros, séjour au Cap Vert pour 35 000 euros, soirées au casino pour 7 700 euros, week-end au ski en Autriche pour 8 775,80 euros, dîner gastronomique à 2 500 euros. En 2020, un système de cartes cadeaux indexé sur les volumes vendus a été mis en place : 1 euro par litre de produit de biocontrôle. Christophe Curtelin, avocat spécialisé en droit des affaires, qualifie ces pratiques de suspectes.

Le pyrèthre : un bio pas si bio au Kenya

Le pyrèthre, insecticide naturel, est extrait de fleurs cultivées au Kenya. L’entreprise Kentgra utilise un engrais de synthèse (azote, phosphore, potassium) — interdit en bio en France — mis au point avec un financement européen de 460 000 euros. L’agronome de Kentgra recommande l’utilisation d’un fongicide, le Vum Prime (Bayer). Une étude du CNRS de 2019 a montré la toxicité de ce fongicide pour les cellules humaines et les abeilles. Les cueilleuses de fleurs touchent 7 centimes par kilo, soit environ 60 euros par mois — la moitié du salaire minimum kényan.

En attendant des réponses

Le bio n’est pas ce qu’il paraît. 392 pesticides autorisés, des neurotoxiques non contrôlés, des certificateurs qui ne cherchent pas les résidus, des géants de l’agrochimie qui offrent des cadeaux à leurs clients, et un biopesticide « naturel » produit dans des conditions sociales et environnementales discutables. Les consommateurs paient plus cher pour une promesse que les contrôles ne vérifient pas.

Une certitude : lavez soigneusement vos fruits et légumes — les biopesticides restent en surface.

Enquête réalisée à partir de documents internes, de témoignages, de rapports officiels (ANSES, EFSA, CNRS) et de la vidéo originale diffusée sur la chaîne I4wJ7MjDg0M.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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