Bio : ces pesticides naturels qui inquiètent et les contrôles qui font défaut

392 produits. Pas si naturels.
Promesse du bio : pas de pesticides de synthèse. Sauf que la réalité est plus complexe. Il existe une liste officielle : le guide des produits de protection des cultures biologiques. Elle contient 392 substances. Des insecticides, des fongicides — tous d'origine naturelle. Et pourtant, naturelle ne rime pas avec inoffensive. Le toxicologue Marcel Amichot (INRAE) le rappelle : le venin de scorpion est naturel, lui aussi. Parmi ces 392 produits, certains inquiètent les scientifiques. Le plus utilisé au monde ? Le Bacillus thuringiensis — le BT. C'est une bactérie qui produit des toxines. Pulvérisée sur les choux, elle tue les chenilles. Mais l'intestin humain pourrait trinquer.
BT : quand le biopesticide rend malade
Selon la source, en 2021, l'Anses a analysé 250 intoxications alimentaires collectives — diarrhées, vomissements, hospitalisations parfois. Le verdict ? Dans 8 à 20 % des cas, le BT serait en cause. Les auteurs appellent à creuser plus loin.
Selon la source, au CNRS, Raphaël Rousset étudie les effets du BT sur l'intestin des drosophiles. Son constat : une inflammation chronique. Chez l'humain, ça pourrait favoriser le cancer. Rien de certain, mais le doute s'installe.
Benoît Eon, maraîcher bio à Guérande, dose le BT avec parcimonie. Sur ses 15 hectares, il ne traite que ses choux, et seulement quand l'infestation est trop forte. Sa devise ? Un légume avec des petits trous est préférable. « Un chou impeccable a probablement été traité plusieurs fois », dit-il. Difficile de contredire.
Spinosad : le neurotoxique qui tue les abeilles
Autre substance autorisée en bio : le spinosad. Selon la source, c'est un insecticide neurotoxique qui s'attaque au système nerveux de tout organisme — abeille, homme, tout ce qui bouge. Selon la source, dès 2018, l'EFSA le soupçonnait d'être perturbateur endocrinien. Selon la source, en 2021, nouvelle alerte : il faut baisser les limites de résidus.
Selon la source, l'étude la plus frappante vient d'Agroscope. En 2021, cet institut suisse classe le spinosad comme le pesticide le plus toxique pour les abeilles. Plus dangereux que le chlorpyriphos — interdit dans l'UE depuis 2020 pour sa nocivité. (Oui, vous avez bien lu.)
Selon la source, le président de la FNAB, Philippe Camburet, ne réclame pas l'interdiction. « Les études sont en cours », dit-il. Il assure travailler au quotidien avec les agriculteurs pour trouver des alternatives. En attendant, le spinosad reste sur le marché.
Contrôles absents : le trou dans la raquette
Qui vérifie que les agriculteurs respectent les doses ? En France, l'INAO délègue le contrôle à des organismes certificateurs privés. Le leader, Écocert, certifie plus de la moitié des agriculteurs bio. Mais l'enquête révèle une faille — majeure.
Selon la source, une ancienne auditrice d'Écocert, que nous appellerons Juliette, témoigne : « On n'a pas d'instruction spécifique pour les biopesticides. » Elle n'a jamais vérifié les quantités de spinosad dans les champs. « À partir du moment où c'est autorisé en bio, on ne va pas forcément creuser. »
Selon la source, d'autres auditeurs anonymes confirment. L'un d'eux remet un document interne de 27 pages : le guide des auditeurs, intitulé « Prélèvement et échantillonnage pour analyse ». Au menu : des schémas, une liste de matériel, une boussole. Mais rien sur les biopesticides. Rien sur le spinosad. Rien sur le BT.
Selon la source, Écocert a répondu par écrit : les substances autorisées sans limite spécifique au bio ne sont pas recherchées. Selon la source, l'INAO confirme : aucune limite maximale de résidus n'est indiquée dans le règlement européen bio de 2021 pour le spinosad. Donc, pas de contrôle. Et pourtant, le règlement a une colonne « limites ». Pour le spinosad, la case est vide.
L'opacité européenne
Pourquoi la case est vide ? Selon la source, parce que les décisions se prennent au SCoPAFF — un comité opaque. Ses votes sont secrets, l'identité des représentants confidentielle. Pendant des années, malgré les alertes de l'EFSA, rien n'a bougé. Selon la source, en juin 2022, le SCoPAFF accepte enfin d'abaisser les limites du spinosad. Trop tard ? Le produit reste sur le marché, en attendant de nouvelles expertises.
Selon la source, le député européen Éric Andrieu a interpellé la Commission par écrit. Il dénonce un « passage en force antidémocratique ». Selon la source, Stéphane de Kersmaker, porte-parole de la Commission, défend la procédure.
Syngenta : les documents qui accusent
Selon la source, autre volet : les pratiques commerciales de Syngenta, géant des pesticides. Une clé USB — documents de 2015 à 2021 — a été remise à l'enquête. Selon la source, voyages offerts à des acheteurs de coopératives : Budapest (22 860 €), Cap Vert (35 000 €), soirées casino (7 700 €), week-end ski (8 775,80 €). Selon la source, des cartes cadeaux indexées sur les volumes : 1 €/litre pour le biocontrôle, 0,5 €/litre pour les pesticides conventionnels.
Selon la source, un ex-salarié témoigne sous anonymat. Il décrit un système de pression commerciale. Selon la source, l'avocat Christophe Curtelin analyse : « C'est un mécanisme d'influence qui contourne les règles de la concurrence. » Selon la source, Syngenta, interrogé par courriel, nie toute pratique prohibée.
Pyrèthre : le biopesticide pas si vert
Selon la source, dernier acte : le pyrèthre, insecticide naturel extrait d'une fleur. Partout dans les jardineries françaises, présenté comme la solution bio. Mais au Kenya, la réalité est tout autre.
Selon la source, Kentgra, l'entreprise américaine qui produit l'extrait, utilise des engrais de synthèse — azote, phosphore, potassium — interdits en bio. Selon la source, l'Union européenne a financé à 460 000 € le laboratoire qui a mis au point cet engrais. Selon la source, en prime, les agronomes de Kentgra recommandent le Vum Prime, un fongicide de Bayer. Selon la source, en 2019, une étude CNRS montrait sa toxicité sur les cellules humaines et les abeilles.
Selon la source, les cueilleuses de fleurs gagnent 7 centimes d'euro par kilo. Soit à peine 1 € par jour, maximum 60 € par mois — la moitié du salaire minimum kenyan. Selon la source, le patron, David, hors caméra, assume : « L'usine m'a coûté cher. »
Faut-il arrêter le bio ?
Non. Les agriculteurs bio sincères existent — Benoît Eon en est la preuve. Mais le système a des failles. Des failles que ni certificateurs, ni autorités, ni industriels ne semblent pressés de colmater.
Marcel Amichot, toxicologue, résume : « Il faut s'enlever de l'esprit l'idée que naturel rime avec sans danger. » Un conseil : lavez soigneusement vos fruits et légumes bio. Cela n'enlèvera pas les résidus internes — mais c'est mieux que rien.
Retenez ce détail : sur 27 pages, pas un mot sur les biopesticides. Et le spinosad continue d'être pulvérisé, surveillé par personne. À suivre.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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