Montage falsifié, concert interdit : les mécanism d'une accusation d'antisémitisme

La chronique d'une interdiction
Cinq jours avant la Fête de la Musique, un arrêté préfectoral tombe. Il interdit un concert antiraciste place de la République. L'organisateur ? La France insoumise. Motif invoqué : des risques de troubles à l'ordre public. Trois jours plus tard, le tribunal administratif suspend cette interdiction. Entre-temps, une accusation d'antisémitisme a visé Jean-Luc Mélenchon. Elle repose sur un montage sonore falsifié.
Commençons par le commencement.
Le 14 juin 2025, Le Parisien révèle l'organisation par LFI d'un concert antiraciste le 21 juin, place de la République. L'événement se veut festif et politique. « Quand on est confronté à la multiplication des propos racistes, à une dérive de plus en plus autoritaire, l'art, la culture, le fait de faire la fête ensemble, c'est notre réponse à nous », lit-on sur l'invitation diffusée par LFI, selon Blast. La préfecture de police, informée depuis plusieurs semaines, n'avait émis aucune objection.
Le lendemain, le président du CRIF poste sur X un message s'indignant que LFI s'« approprie » la place de la République un soir de Fête de la Musique. Il juge que cette formation « divise et antagonise les Français », d'après Blast. Le maire socialiste de Paris Centre estime lui aussi que ce concert antiraciste est « inopportun ».
Le 17 juin, la préfecture interdit le concert. L'arrêté préfectoral, consulté par Blast, se fonde sur la programmation d'artistes jugés subversifs — notamment les rappeurs Médine et Soso Maness. Problème : aucun des deux ne figurait à la programmation officielle. La préfecture a utilisé un prétexte fallacieux.
Le 20 juin, Le Figaro publie un article accusant Jean-Luc Mélenchon de reprendre « des codes chers aux antisémites » dans ses critiques contre le président du CRIF. Le même jour, le même journal publie un long reportage sur le voyage du président du RN, Jordan Bardella, en Pologne. Parmi ses rencontres : Christophe Bosak, leader d'un parti d'extrême droite local. L'article omet de préciser que Bosak est l'allié d'un candidat à la présidentielle polonaise qui appelle à « une Pologne sans juifs, sans homosexuels, sans avortement, sans impôt, sans Union européenne », selon les termes cités par Blast.
La justice suspend l'interdiction
Le 21 juin, le tribunal administratif de Paris suspend l'interdiction. Les juges estiment que l'arrêté porte « une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de réunion », comme le rapporte Blast en citant la décision. Le concert peut avoir lieu. Il rassemble plusieurs milliers de personnes. La députée Manon Aubry, présente sur place, remercie « le préfet de police, le gouvernement pour avoir fait toute la publicité qu'il fallait pour que tout le monde soit au courant et soit là avec nous ce soir ».
Le motif invoqué par la préfecture — des risques de troubles liés à des artistes non programmés — a été jugé insuffisamment justifié. Le tribunal a constaté que l'arrêté visait des rappeurs dont la présence n'était pas prévue. La décision est définitive : la préfecture ne fait pas appel.
Une accusation forgée sur un montage falsifié
23 juin. Sur France Culture, le journaliste Guillaume Erner reçoit l'historien Patrick Boucheron. Ils doivent parler de Marc Bloch, historien juif assassiné par les nazis, qui entre ce jour-là au Panthéon. Erner tente d'établir un lien entre antisionisme et antisémitisme. Il interroge Boucheron sur la « résurgence » de la haine des juifs qui « utilise d'autres visages ». Boucheron refuse l'amalgame. « Faire autre chose, mais Patrick Boucheron, les résonances actuelles non mais ça on vous laisse parler tout seul », répond l'historien, selon la retranscription de L'Humanité reprise par Blast. Boucheron ajoute : « On peut continuer à parler de Marc Bloch. C'est ça qui est passionnant. »
Le lendemain, France Culture invite Marine Le Pen. Députée du RN. Fille de Jean-Marie Le Pen — cofondateur du parti avec un ancien SS et un milicien, condamné à de multiples reprises pour antisémitisme et négationnisme. Guillaume Erner pose à Marine Le Pen cette question : « Quand avez-vous décidé de rompre avec l'antisémitisme de votre père ? » Puis il diffuse un montage sonore qu'il dit avoir trouvé sur Internet, censé démontrer que Jean-Luc Mélenchon tient les mêmes discours antisémites que Jean-Marie Le Pen. On entend Mélenchon parler de « la caste, c'est-à-dire les tout-puissants financiers et leurs marionnettes médiatiques et politiques ». Mais le montage a été trafiqué. Mélenchon ne parlait pas des juifs, mais des élites françaises.
France Culture reconnaît le « montage fallacieux » et présente ses excuses aux auditrices et aux auditeurs. Pas à Jean-Luc Mélenchon. Blast s'indigne : « Ce montage était fallacieux, comme l'a reconnu Guillaume Erner. Mais ce n'est pas tout. Il était aussi antisémite puisqu'il reprenait l'un des clichés de la propagande anti-juive assimilant les juifs aux élites. »
L'invitation de Suzette Bloch
Même jour. Suzette Bloch, petite-fille de Marc Bloch, est invitée sur France Inter. Elle explique pourquoi elle refuse la présence du Rassemblement national à la panthéonisation de son aïeul. « Le RN sont les héritiers des Waffen-SS qui ont assassiné mon grand-père », déclare-t-elle. En revanche, elle invite Jean-Luc Mélenchon et de nombreux élus de La France insoumise à assister à l'entrée de Marc Bloch et de son épouse au Panthéon.
Cette invitation provoque une levée de boucliers médiatiques. Le Figaro décrète qu'il n'est « pas raisonnable d'interdire au Rassemblement national de rendre hommage à Marc Bloch ». Le journaliste Jean Quatre, à Libération, écrit que Marc Bloch a été « trahi par sa descendance » et que « l'intelligence, la vertu et le courage ne sont pas héréditaires », selon les termes cités par Blast. Aucune réaction de cette ampleur n'est observée lorsque des élus ou membres du RN tiennent des propos antisémites. Blast note : « On imagine sans peine ce qu'aurait été la réaction de ces mêmes imprécateurs si un élu insoumis s'était autorisé le millième de ces ignobles vociférations. »
Les autres actualités de la semaine : écologie, impôts et canicule
Le 25 juin, le milliardaire Bernard Arnault promet un don de 50 millions d'euros à l'École polytechnique. La presse salue ce geste. Blast rappelle que la fortune d'Arnault est estimée à 150 milliards de dollars et qu'il paie proportionnellement beaucoup moins. Voilà.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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