LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

PolitiqueÉpisode 2/1

France Culture : Guillaume Erner sanctionné pour diffusion d'un montage fallacieux

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-06
Illustration: France Culture : Guillaume Erner sanctionné pour diffusion d'un montage fallacieux
© YouTube

Un montage trompeur diffusé en direct

Guillaume Erner reçoit Marine Le Pen. L'entretien porte sur l'actualité internationale. Puis Erner change de registre. Il annonce : « J'ai trouvé sur les réseaux sociaux une sorte de petit montage qui passe comparant Jean-Marie Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sur le sujet de l'antisémitisme. On en écoute un extrait. »

L'extrait enchaîne des propos de Jean-Marie Le Pen et des phrases de Jean-Luc Mélenchon. On entend Mélenchon dire : « Pour moi, c'est la caste, c'est-à-dire les tout-puissants financiers et leurs marionnettes médiatiques politiques. » Puis : « Que les juifs aient beaucoup de pouvoir dans la presse, ça ne me paraît pas discutable. » Et plus loin : « Des traditions qui sont beaucoup liées au judaïsme. »

Selon la source, le montage suggère une équivalence. Erner relance Marine Le Pen avec une question : « Quand avez-vous décidé de rompre avec l'antisémitisme de votre père ? »

Selon la source, les extraits de Mélenchon sont sortis de leur contexte. Le premier provient d'une interview de Natacha Polony lors de la présidentielle de 2017. Mélenchon n'y parle pas de religion. Le second évoque des traditions juives sans lien avec le premier. Selon la source, le montage a été réalisé par Léon, un média pro-israélien fondé en novembre 2023, animé par des journalistes collaborant avec i24 News et soutenu par le CRIF.

Selon la source, Erner n'a pas vérifié. Il ne cite pas la source à l'antenne. Il présente le montage comme un simple « petit montage trouvé sur les réseaux sociaux ».

Des excuses et une sanction

Selon la source, la Société des journalistes de France Culture publie un communiqué le 25 juin. Elle déplore que Guillaume Erner n'ait pas vérifié l'origine et la véracité du montage. Elle estime que cette diffusion « entache la crédibilité de France Culture ». Le SNJ Radio France monte aussi au créneau. Dans un tract, il dénonce le silence de la direction et réclame une réaction « à la hauteur ».

Selon la source, Radio France réagit. Elle publie une note aux auditeurs sur la page de l'émission, sur X et sur YouTube. Elle supprime l'extrait des replays. Le 26 juin, Guillaume Erner présente ses excuses à l'antenne : « J'ai fait le choix de diffuser un montage audio dans lequel on pouvait entendre des extraits de Jean-Marie Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon. Ce que j'ai omis de dire, et c'est une première erreur, c'est que ce montage audio, je l'avais trouvé sur les réseaux sociaux. Il provenait de Léon le média. J'aurais dû préciser cette source. Je n'avais pas vérifié scrupuleusement le contenu. Il s'avère qu'il était fallacieux. Je le regrette. »

Selon la source, la France insoumise saisit l'ARCOM. Selon Mediapart, de nombreux journalistes et producteurs réclament des mesures disciplinaires. Selon Le Monde, un avertissement a été prononcé contre Guillaume Erner. C'est la plus faible des sanctions disciplinaires.

Selon la source, un syndicaliste de Radio France confie à Mediapart : « Le problème, ce n'est pas seulement le montage fallacieux, mais surtout la façon dont Erner s'en sert pour absoudre le RN de tout antisémitisme. » Selon la source, la CNCDH rappelle dans ses travaux les plus récents que l'antisémitisme observé à gauche est « sans comparaison avec celui observé à l'extrême droite et chez les proches du Rassemblement national ».

Un malaise éditorial plus large

Selon la source, l'affaire du montage s'inscrit dans un contexte de tensions récurrentes à France Culture. Les syndicats pointent une série de prises de position de Guillaume Erner jugées problématiques.

Selon la source, la veille de l'incident, Erner recevait l'historien Patrick Boucheron pour une émission sur la panthéonisation de Marc Bloch. Il a orienté l'échange vers des enjeux contemporains, établissant un lien entre l'antisémitisme de la Seconde Guerre mondiale et certaines formes qu'il estimait émerger « sous couvert de défense des droits des Palestiniens », notamment via l'usage des termes « sioniste » ou « génocidaire ». Boucheron a refusé l'amalgame et coupé court : « On vous laisse parler tout seul. »

Selon la source, autre exemple : l'interview de Francesca Albanese, rapporteure spéciale de l'ONU sur les droits humains dans les territoires palestiniens occupés. Erner l'a présentée comme une « voix pro-palestinienne majeure ». Albanese a dû se définir comme « pro-droits humains » au titre de son mandat. Selon la source, l'entretien a été critiqué par Acrimed et Arrêt sur images, qui y ont vu une interview à charge.

Selon la source, plus récemment, lors d'une émission sur l'affaire Liana, Erner recevait l'avocate Karine Durieux Diebolt et l'historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu. Toutes deux évoquaient un « dysfonctionnement systémique ». Erner a contesté à plusieurs reprises l'usage de ce terme. Selon la source, le SNJ Radio France a jugé certaines de ses prises de position « contestables ou choquantes ».

Une autonomie contestée

Selon Mediapart, la matinale de Guillaume Erner fonctionne « presque comme un objet à part de la rédaction ». Il ne participe pas aux réunions hebdomadaires d'actualité. Il n'a pas de lien avec les autres producteurs ni journalistes.

Selon la source, cette autonomie a déjà provoqué des frictions. Un projet d'inviter Éric Zemmour dans la matinale a été envisagé. Des journalistes et producteurs ont protesté, estimant que cela rompait une règle tacite qui écartait les responsables politiques du format matinal. Le projet a été abandonné, sans explication en interne.

Selon des sources citées par Mediapart, la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, portée notamment par le député UDR Charles Loncle, a contribué à déplacer le cadre du débat au sein de Radio France, élargissant ce que certains décrivent comme la « fenêtre d'Overton ». Plusieurs journalistes redoutent que des positions autrefois jugées hors cadre trouvent désormais plus facilement leur place sur les ondes du service public.

Des précédents

Selon Le Monde, un montage vidéo trompeur a été diffusé sur France Culture pour tenter d'excuser Alexandre Benalla en mars 2019.

Sources : Mediapart, Le Monde, CNCDH, Acrimed, Arrêt sur images, SNJ Radio France.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Sur le même sujet