Porge : 200 maisons brûlées, des habitants accusent l'État d'avoir choisi le Cap-Ferret

Le village fantôme
Vu du ciel, le Porge ressemble à un champ de bataille. Un paysage lunaire, calciné, où les cheminées se dressent seules au milieu des décombres. « Là, c'était mon salon, avec la cheminée. Il y avait un canapé. À côté, c'était une chambre d'amis », raconte Mathieu, autoentrepreneur et fabricant de vélos, qui habitait ici depuis 17 ans (reportage de F. Mouchon). Il montre les ruines de sa maison, celle de sa grand-mère. « On voit encore le four et le micro-ondes. C'est très compliqué à gérer psychologiquement. »
Il n'est pas seul. Près de 200 maisons ont brûlé au Porge. Plus de 400 au total, selon le lieutenant-colonel D. Annotel, représentant des pompiers. Le feu, à peine stabilisé au moment du reportage, continue de fumer. Les fumerolles persistent. La menace est toujours là.
Les habitants s'organisent. « On est sur les dernières parcelles, sur la première ceinture de la commune qui n'a pas brûlé. Tout le monde défend ça. On a une chaîne humaine incroyable », témoigne un riverain. Agriculteurs, sylviculteurs, locaux — tous s'activent pour éteindre les braises dans la pinède. Mais le sentiment de se battre seuls est omniprésent.
« Avec les pompiers, on les accompagne pour sauver notre merdier. Ils veulent maintenant qu'on remplisse des formulaires pour savoir qui va où. Arrêtez vos conneries », lâche un habitant, excédé. « Parfois, ils sont là, mais il y a un millefeuille... C'est comme le millefeuille administratif. Il n'y a pas de prise de conscience. Nous, on éteint les galères. De toute façon, les Français éteignent les galères. On est habitués. »
Le choix du Cap-Ferret ?
Les habitants accusent les autorités d'avoir privilégié la protection du Cap-Ferret au détriment de leur village. David, fabricant de planches de surf, a pu sauver sa maison mais pas son atelier. 50 000 euros de dégâts. Son témoignage : « Très peu d'appuis aériens, pas d'avions, pas de communication. L'alarme au-dessus du château d'eau n'a pas sonné, déclenchée par la préfecture. Elle n'a jamais sonné. » Il réclame « faire place rase de tous ceux qui s'occupaient de ça et changer les personnes à la tête, qui prennent les décisions pour laisser faire des gens qui connaissent les incendies et les feux de forêt. »
Un manque d'anticipation que dénonce aussi un ami venu prêter main-forte : « On le savait. En 2022, ça avait déjà pas mal brûlé. Soi-disant, des choses ont été faites, mais toujours avec un temps de retard. »
Le lieutenant-colonel Annotel répond à l'accusation : « On est dans le ressenti. C'est bien, mais c'est pas la réalité du terrain. S'ils avaient été avec les collègues dans les camions ou aux postes de commandement, ils auraient compris comment ça se passait. »
La défense des pompiers : moyens limités, priorités de vie
Le représentant des pompiers ne cache pas sa frustration. « Les collègues sont encore à l'œuvre. Le commandement girondin, en la personne du directeur, a beaucoup souffert », explique-t-il. Il rappelle que les pompiers ont été confrontés, dans les premières heures, à un phénomène rare et violent : le pyrocumulonimbus. « Un paquet ont vu la mort passer devant eux. C'était une lutte inégale, David contre Goliath. »
Il défend la stratégie adoptée : « C'était de protéger les points sensibles. Ils savaient qu'ils ne pourraient pas éteindre le feu dans ces premières heures. » Et d'ajouter : « Vous ne pouvez pas, à moins de payer à 8 euros par mois par habitant... Vous ne pouvez pas avoir un SDIS où il y a 5000 sapeurs-pompiers et 200 qui arrivent en un instant. On ne peut pas avoir des moyens disproportionnés, parce que le reste de l'année, c'est plus calme. »
Il interroge : « Combien on est prêts à mettre pour notre sécurité civile en France ? »
Mathieu, l'autoentrepreneur, résume : « Le nerf de la guerre, ça va être l'argent pour reconstruire. Le travail pour payer tout ça. Il va falloir travailler deux fois plus pour reconstruire. J'espère que l'État va prendre en compte ça et pas nous laisser dans notre malheur. »
Le collectif et la plainte au pénal
Un collectif d'habitants du Porge s'est constitué. Une plainte au pénal doit être déposée pour obtenir des réponses sur la chaîne de commandement. Le procureur de la République, selon le lieutenant-colonel Annotel, « va diligenter les enquêtes qu'il faudra ». Mais pour l'instant, le feu est à peine stabilisé. « Là, c'est pas le moment », tempère le colonel.
Les pompiers, eux, sont éprouvés. Plus de 100 d'entre eux ont été blessés. Certains sont dans un état plus grave. « J'ai des collègues qui ont sauvé des maisons dans la nuit, qui ont fini par brûler le lendemain matin. Ils n'étaient pas sereins psychologiquement », confie Annotel. « Ils vont revenir dans l'Essonne ou ailleurs et ils ne seront pas en très bon état. »
Le bilan psychologique est lourd, des deux côtés. « Plus de 400 maisons ont été impactées. C'est un échec pour eux », reconnaît le colonel.
La stratégie du cul-de-sac
Un expert, A. Goutard, apporte un éclairage sur la stratégie des pompiers : « S'il a fallu mettre le paquet sur Lège-Cap-Ferret et sur cette presqu'île, c'est aussi parce que c'est un cul-de-sac, qu'il y a énormément de campings. Il n'y a pas que les maisons des milliardaires. » Il explique qu'il fallait créer une barrière anti-feu pour permettre l'évacuation des dizaines de milliers de touristes.
Le journaliste F. Mouchon, qui était sur place dès le premier jour, confirme : « Si vous êtes au bout du Cap-Ferret, c'est un cul-de-sac. Il n'y a qu'une route pour aller au Cap-Ferret et en revenir. Le feu est parti de Saumos, a traversé le Porge et se dirigeait vers cette presqu'île. Il y a énormément de campings. C'est des dizaines de milliers de touristes dans cette presqu'île, qui se retrouveraient dans une sorte de souricière si le feu arrivait. »
Et maintenant ?
Le feu est à peine stabilisé. Les pompiers continuent de lutter contre les fumerolles et les braises. Le procureur va diligenter des enquêtes. Les habitants attendent des réponses.
📰Source :YouTube
Par la rédaction de Le Dossier
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