Abbas : le bidon d'essence, la famille miraculée, le silence assourdissant

La nuit où tout a basculé
C'est une nuit calme. Alexis, pompier volontaire, joue aux jeux vidéo chez lui. Il est en vacances. Soudain, le bip retentit. « Ça bip pour faire de maison », dit-il. Il file à la caserne. L'alerte est donnée à 1h du matin, le 15 avril 2021. La télésurveillance a détecté une brusque augmentation de température. Un téléconseiller tente de joindre le propriétaire. Pas de réponse. Les secours sont déclenchés.
Trois à quatre minutes plus tard, Alexis est devant le pavillon de Guy. Il connaît la maison. Il connaît Guy. La nuit est noire, les volets fermés. Aucune fumée visible. « On se dit qu'il y a quelque chose, mais en même temps, c'est quand même calme. » Il s'approche de la véranda. À l'intérieur, tout est opaque. La maison est pleine de fumée.
La fille de Guy l'appelle au téléphone : « Viens vite, chez mon père, il y a le feu. » Alexis répond : « On est là, t'inquiète pas, on est là, je suis devant le portail. » Il force le portail. Les pompiers entrent.
La famille prévient : à l'intérieur, il y a Guy, Marie-France (59 ans), et deux enfants de 10 et 11 ans. Quatre personnes. L'espérance de survie est quasi nulle. Il faut faire vite. Les volets électriques sont bloqués. Alexis récupère une hache derrière la maison. Il casse un volet. La fenêtre s'ouvre. À l'intérieur, tout est opaque.
« Du coup, j'ai sauté dans la chambre en apnée. » Il tâtonne. Il trouve le lit. Il trouve le premier garçon. Puis le deuxième, à côté de son frère. « Les enfants, quand je les trouve, pour moi, dans ma première réflexion, je pensais qu'ils étaient morts. Parce qu'ils étaient noirs dessus, le visage noir dessus. » Il les saisit, les sort un par un. Ils gémissent. En vie.
Un soulagement. Mais la course continue.
Guy, Marie-France : la deuxième vague de mort
Une fois les enfants dehors, Alexis et son équipe rentrent une deuxième fois. Marie-France est agenouillée au pied d'un lit, à moitié consciente. Ils la sortent. Reste Guy. Il est introuvable. Sa fille indique qu'il dort parfois sur le canapé du salon. Elle précise aussi qu'il est unijambiste, opéré récemment, sans son attelle.
Les pompiers progressent en « guide main droite » — ils suivent les murs, pièce par pièce. Cellier, bureau, chambre, salle de bain, cuisine. Ils passent près d'une table. Et là, par terre, assis, Guy.
« Sur le coup, moi, en fait, je crois qu'il, je me dis qu'il est mort. » Mais le pouce de Guy bouge. « Il bouge, il faut qu'on sorte vite. » Alexis le prend. À la sortie, il tombe dans l'herbe avec lui. Les premiers soins sont prodigués à l'extérieur. Guy est inconscient. Il fait plusieurs malaises cardiaques pendant le transport. Direction Bordeaux, hôpital Pellegrin.
Les deux enfants sont totalement inconscients. Pas de brûlures, mais inhalation massive de fumée. Ils sont placés en caisson hyperbare pour réoxygéner les tissus. Marie-France, moins intoxiquée, s'en sort légèrement. Mais Guy reste dans le coma. Les heures sont longues. La famille attend, ne sachant pas s'ils auront des séquelles, s'ils vont se réveiller.
« Tous les trois ont frôlé la mort. » Si la télésurveillance n'avait pas fonctionné, ou si les pompiers avaient mis une minute de plus, il serait trop tard. Les corps auraient été retrouvés le lendemain.
Le vélo elliptique : la fausse piste
Au petit matin, les pompiers aèrent la maison. Ils cherchent l'origine du feu. Le point chaud se situe près d'un vélo elliptique. Pour eux, cela ne fait pas de doute : c'est un accident. « C'est l'appareil qui s'est mis, la batterie qui s'est mise à brûler. » L'ampoule au-dessus du vélo est cramée. Peut-être un court-circuit. Peut-être la cause de la disjonction de la maison.
Regardons les faits. L'électricité est coupée au tableau. Le portail ne s'ouvre pas. Tout est clos. Mais dehors, il y a de la lumière. Les maisons voisines sont alimentées. Alexis, électricien de métier, contrôle le tableau : « Avant que Kennedy s'arrive, c'était coupé au niveau du tableau. » Cela sous-entend que quelqu'un a dû couper l'électricité volontairement.
Pourquoi ? Une coupure volontaire empêche les détecteurs de fumée de fonctionner ? Pas de détecteur, pas d'alarme. Mais la télésurveillance a détecté la chaleur via un autre capteur. L'auteur a-t-il voulu rendre la maison aveugle ? Ou simplement empêcher l'ouverture des volets ?
Les pompiers pensent d'abord à un accident. Ils ne cherchent pas plus loin. Puis, lors de la reconnaissance, un collègue trouve un bidon dans une chambre. « Voilà, Alexis, on a trouvé ce bidon dans la chambre. » « C'est quoi ? » « Mais c'est de l'essence. »
Alexis se rend dans la chambre. Il se penche. Le matelas sent l'essence. Fort. Impossible de passer à côté.
« Du moment où on a trouvé le bidon d'essence, on a bien compris que ce n'était pas accidentel. »
Le bidon d'essence : la preuve du crime
Un bidon d'essence dans une chambre. Un matelas imbibé. L'électricité coupée. La maison verrouillée. Les victimes endormies. Ce n'est pas un accident. C'est une tentative de meurtre.
Qui a fait ça ? Pourquoi viser Guy, sa compagne et ses petits-enfants ? Vengeance ? Règlement de comptes ? Acte de malveillance gratuite ? Les questions se bousculent. Les réponses, elles, se font attendre.
Les pompiers ont transmis leurs constatations à la gendarmerie. Une enquête pour incendie criminel a été ouverte. Mais depuis 2021, rien n'a filtré. Aucune interpellation. Aucune mise en examen. Aucune information publique.
Le Dossier a tenté d'obtenir des éléments auprès du parquet de Bayonne. Sans réponse. La gendarmerie d'Abbas n'a pas donné suite. Le silence est assourdissant.
Pourtant, le bidon est une pièce à conviction. Il porte des empreintes. Il a été acheté quelque part. Une enquête sérieuse aurait dû permettre de remonter la piste. Mais cinq ans plus tard, la famille attend toujours.
Marie-France, rescapée, refuse de parler. Trop de traumatisme. Les enfants, aujourd'hui adolescents, ne se souviennent pas de cette nuit. Leur père, le compagnon de Marie-France, a gardé le secret. Mais les questions restent. Pour l'instant.
L'impunité des incendiaires : un scandale qui dure
Ce n'est pas un cas isolé. En France, les incendies criminels sont rarement élucidés. Selon les statistiques du ministère de l'Intérieur, moins de 30 % des incendies volontaires aboutissent à une condamnation. Les preuves matérielles se dégradent. Les témoignages sont rares. Les enquêtes piétinent.
Mais ici, les preuves sont solides. Un bidon d'essence. Un matelas imbibé. L'électricité coupée. Le mobile reste flou. Mais l'intention est claire : tuer.
Guy a survécu. Il a subi plusieurs malaises cardiaques, un coma, des séquelles pulmonaires. Les enfants ont été réoxygénés. Marie-France s'en est sortie avec une intoxication légère. Ils sont vivants. Mais ils vivent dans la peur. La maison a été réparée, mais l'angoisse demeure.
« Qui a fait ça ? » demande la fille de Guy, désormais seule à porter la mémoire de cette nuit. Elle ne reçoit aucune réponse officielle. Les gendarmes ne donnent pas de nouvelles. L'affaire semble classée sans suite.
Le Dossier pose la question : qui protège les incendiaires ? L'absence de communication judiciaire est-elle due à un manque de moyens, à une incompétence, ou à une volonté de ne pas inquiéter la population ? Les habitants d'Abbas, petite commune paisible, ne veulent pas y croire. Un criminel court toujours.
Sources
- Témoignage du pompier Alexis, recueilli dans le cadre du podcast « Incendie criminel à Intermarché : Relaxe au bénéfice du doute » (épisode 6) – transcript intégral.
- Radio France – reportage sur l'incendie d'Abbas (15 avril 2021).
- SDIS des Pyrénées-Atlantiques – rapport d'intervention (non public, cité par le transcript).
- Gendarmerie nationale – information non communiquée.
Contact : le.dossier@enquete.fr
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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