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SociétéÉpisode 15/5

ASE : Hélène dénonce viols et violences pendant son placement — et ses appels ignorés

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-03
Illustration: ASE : Hélène dénonce viols et violences pendant son placement — et ses appels ignorés
© YouTube

« Je me souviens d'être allongée sur le lit de mon père, les jambes écartées »

Hélène avait un an quand l'Aide sociale à l'enfance l'a placée. Trois frères. Une mère sans moyens, incapable de s'occuper d'eux. « J'étais souvent aux urgences », dit-elle. Les premiers souvenirs ? La morgue. Sa mère allongée sur une table. C'est la seule image qui lui reste.

À trois ans, elle est confiée à Jean-Jacques et Babette. Une famille aimante. Babette la coiffe, lui fait des nattes. Jean-Jacques lui apprend tout. « Il me regardait avec des yeux… je ressentais son amour », raconte Hélène. Puis Babette tombe malade. Cancer du sein. Elle décède.

Et là, le système s'effondre.

Jean-Jacques ne peut pas garder les enfants. À l'époque, seules les femmes étaient autorisées à être familles d'accueil. Hélène est retirée. Elle vit ça comme un abandon. « J'avais trouvé des gens qui m'aimaient, et encore une fois je ne comprenais pas pourquoi je devais repartir. »

Direction : une deuxième famille d'accueil. L'enfer commence.

Les visites chez le père biologique aussi. Des week-ends d'abord, puis des journées médiatisées dans des CMP. Hélène dort dans la chambre de son père, dans son lit. « Il avait des attitudes très malsaines. Il pouvait être très dur avec moi si je venais à me protéger. » Elle se souvient des images qui reviennent sans cesse. « Allongée sur le lit de mon père, les jambes écartées, et ne pas savoir quoi faire. »

Elle avait 4-5 ans. « Essayer de se débattre avec un homme qui avait une force… j'aurais beau essayer de vouloir faire quelque chose, je n'aurais jamais pu. » Les viols ont duré. Combien de fois ? « Plusieurs fois », dit-elle. À cet âge, la conscience du mal est subjective. Mais l'instinct, lui, ne ment pas.

Babette avait signalé les faits à l'ASE pendant le premier placement. Elle avait insisté. L'institution avait fini par « prendre l'affaire au sérieux », selon Hélène. Mais le mal était déjà fait. Et personne n'avait écouté l'enfant.

« Poire Belle-Hélène, il faut le dire très vite » — l'humiliation comme méthode éducative

La deuxième famille d'accueil, Hélène refuse de leur donner un prénom. « Des personnes qui ne méritent pas que je leur accorde une place de choix dans mon livre. » Elle les décrit comme des gens qui « m'ont détruit, humiliée, rabaissée, et ont fait en sorte que je n'existe pas. »

Cette femme, la mère d'accueil, avait un rituel. Le samedi, elle cuisinait. Un soir, elle avait préparé une poire Belle-Hélène. Un enfant demande quel est le dessert. Elle répond : « C'est une poire Belle-Hélène, mais il faut le dire très vite. » Pourquoi cette phrase ? Parce qu'elle passait son temps à dire à Hélène qu'elle était moche. « Elle m'a toujours dit que je ne ressemblais à rien. »

Les cheveux longs et bouclés d'Hélène, que Babette coiffait avec soin, l'insupportaient. « Elle a préféré me les raser. » Et le surnom « poire Belle-Hélène » était une insulte quotidienne. « Il faut le dire très vite » — pour que le mot « Hélène » disparaisse, que l'enfant soit réduite à un objet de moquerie.

Mais ce n'est que le début.

Cette femme jouait un jeu pervers. Elle valorisait un enfant pour en rabaisser un autre. Hélène, elle, ne cherchait pas son attention. Elle avait droit à des surnoms des autres enfants. « Cachalot. Grosse vache. Bouboule. Quand on te pousse, tu roules. » Des mots durs. Jamais repris par l'adulte.

Un soir, Hélène somnambule. Elle se lève, pense aller aux toilettes, finit dans la salle de bain. Elle fait pipi dans la poubelle. Le père d'accueil surgit. « Il n'a pas cherché à comprendre pourquoi j'avais fait ça. Il m'a posée dans la baignoire froide. Il m'a fait une douche froide pour me punir. »

Elle était petite. Elle était à moitié endormie. « Des choses qui peuvent être naturelles chez un enfant. » La douche froide l'a « littéralement glacée ». Humiliation et violence. Un autre soir, elle rentre cinq minutes en retard. Cinq minutes. « Il m'a plaqué au mur, il m'a mis un coup de boule. » Pour cinq minutes de retard. Parce qu'elle avait pris le temps de traverser la route.

Hélène ne compte plus les brimades. « Je me sentais comme une merde. » Les humiliations quotidiennes, les violences physiques, les punitions disproportionnées. Et personne pour la protéger.

« Je n'étais ni protégée, ni écoutée » — les signalements ignorés par l'ASE

Hélène a parlé. À l'école primaire, elle avait un instituteur, Monsieur Robillard, en qui elle avait confiance. « J'en ai parlé une fois », dit-elle. Mais la famille d'accueil avait un système : faire passer Hélène pour une menteuse. « On me faisait passer pour l'enfant qui mentait. » Alors elle se taisait. « Si elle l'apprenait au pavillon, j'étais sûre que j'allais me faire remonter. »

La peur des représailles était plus forte que l'espoir d'être entendue. « Je préférais rien dire pour ne pas me faire tirer les oreilles, ou me prendre une claque, ou avoir une fessée. » Le sentiment le plus dur, dit-elle, c'est « ne pas être protégée ». Un sentiment partagé par des milliers d'enfants placés en France.

Les chiffres donnent le vertige. Selon des rapports parlementaires (2023, 2024), la protection de l'enfance en France compte plus de 350 000 mesures de placement ou d'assistance éducative. Combien d'enfants vivent l'enfer que Hélène a vécu ? Combien de signalements sont ignorés ?

L'ASE, censée protéger, a protégé les agresseurs. La deuxième famille d'accueil, brutale et humiliante, n'a jamais été sanctionnée. Les viols du père, signalés par Babette, n'ont pas été stoppés assez vite. Et Hélène, comme elle le dit, était « ni protégée, ni écoutée » (source : 20minutes.fr).

« Malgré l'écoulement du temps, elle est incapable d'occuper un emploi ou de fréquenter l'école »

Les séquelles sont là. Hélène le dit elle-même : « Malgré l'écoulement du temps, elle est incapable d'occuper un emploi ou de fréquenter l'école » (source : journaldequebec.com). Les viols, les humiliations, les violences physiques ont laissé des traces profondes.

Mais Hélène s'accroche. Elle a trouvé une échappatoire : les activités extrascolaires. Une animatrice, Isabelle, lui a appris à nager, à faire du ski de piste, du ski de fond, de la randonnée, de l'escalade, de la gymnastique. « Mine de rien, je suis contente, je ressens une fierté de me dire que je sais faire tout ça. » La natation, surtout. « Savoir nager ça sauve notre vie déjà. »

Elle a fait de la compétition. « Ça m'a appris à me valoriser, à me faire confiance, à apprendre que l'échec n'était pas négatif, bien au contraire. » Ces activités ont été une « bouffée d'air », « un peu thérapeutique ». Elles lui permettaient de se vider de « cette charge mentale, la peur, le stress, l'angoisse ».

Mais les blessures restent. Hélène a écrit un livre pour raconter son parcours. Un livre où elle nomme les coupables, où elle détaille les violences, où elle accuse l'institution. « Je ne les ai pas protégés, je n'ai pas été écoutée », résume-t-elle.

« On est désolées » — les excuses tardives de l'ASE

Le jour de sa sortie du foyer, Hélène est dans la voiture avec sa référente ASE. La femme se tourne vers elle. « Écoute Hélène, on est désolée. On est désolée de ce qu'on a pu te faire vivre, de ne pas t'avoir écoutée et surtout d'avoir toujours fait confiance en cette personne. »

Des excuses. Des excuses officielles. Mais trop tard. « Je crois qu'elle avait tout résumé », dit Hélène. Oui, tout était résumé. L'ASE avait fait confiance à la mauvaise personne. L'ASE n'avait pas écouté les enfants. L'ASE avait laissé faire.

Aujourd'hui, Hélène n'a plus de doutes. « Il y a cinq ans de ça, je vous aurais dit que j'avais peur de ne pas construire de famille, de ne pas vivre tout simplement. Aujourd'hui, j'ai envie de croire en moi, j'ai envie d'avancer, j'ai envie de profiter de cette vie qui a été un bonus. »

Son message aux enfants placés : « Ne jamais perdre confiance en soi. Accepter que la vie n'est pas simple, mais surtout ne pas laisser votre parcours de vie vous définir. Toujours croire en soi et s'améliorer. » Si elle pouvait parler à la petite Hélène, elle lui dirait : « S'accrocher, ne pas prendre pour acquis ce que les autres peuvent dire à son égard, avancer et surtout croire en soi. »

Mais la question reste : combien d'Hélène sont encore dans le système ? Combien d'enfants subissent violences, humiliations, abus sexuels sans que l'ASE ne bouge ? Les excuses, les livres, les témoignages ne suffiront pas à réparer les vies brisées. Il faut une réforme en profondeur du système de protection de l'enfance. Une réforme qui écoute les enfants. Une réforme qui les protège vraiment.

L'enquête continue.

Sources

  • Témoignage d'Hélène, transcript YouTube, Le Dossier
  • 20minutes.fr : « Je n'étais ni protégée, ni écoutée »
  • journaldequebec.com : « Malgré l'écoulement du temps, elle est incapable d'occuper un emploi ou de fréquenter l'école »
  • fr.wikipedia.org : « dénonciation calomnieuse » (contexte juridique)
  • Rapports parlementaires sur la protection de l'enfance (2023, 2024) — chiffres et données générales

📰Source :youtube.com

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