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PolitiqueÉpisode 3/12

Édouard Philippe : 'Je suis de droite' – la déclaration qui déchire son camp

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-11
Illustration: Édouard Philippe : 'Je suis de droite' – la déclaration qui déchire son camp
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Commençons par le commencement.

Le 30 mars 2025, Édouard Philippe monte sur scène à Reims. Officiellement, il n'est pas encore candidat. Mais le décor est planté. Le slogan ? « France libre. » Une formule qui claque, qui flirte avec le gaullisme, qui évite soigneusement le macronisme. (Les documents en attestent : le discours a été retransmis en intégralité.)

« C'est cette France libre que je veux », lance-t-il. Une France libre de se défendre, libre de dire la vérité, libre de construire un destin à 27. Et, surtout, libre de faire cavalier seule quand il le faut. Le public applaudit. Ce sont des cadres de Horizons, son parti. Pas des militants. Pas la France des Gilets jaunes.

L'affaire commence ici.

Car ce discours n'est pas un simple meeting. C'est une déclaration de guerre. Contre le RN, bien sûr — Philippe refuse « explicitement le mirage d'une union avec la droite extrême ». Mais aussi contre ses propres concurrents. Contre Bruno Retailleau, qui parle de submersion migratoire et de remise en cause de l'état de droit. Contre Gabriel Attal, qui zigzague entre la droite dure et l'héritage socialiste. Contre David Lisnard, le libéral discret.

« On passe à une phase nouvelle », a-t-il expliqué. « À une organisation qui va s'ouvrir et va aller très au-delà. » Traduction : la campagne est lancée. Mais le moteur est diesel — comme le dit Yves Thréard, directeur adjoint de la rédaction du Figaro. « Il va étape par étape », analyse-t-il. « Il a raison de ne pas trop s'emballer. »

Pourtant, l'emballement, c'est ce que redoute Philippe. Il a vu la primaire de 2016. Il a vu François Fillon et Alain Juppé s'entre-déchirer. Il sait que la droite classique a deux ennemis : le RN à sa droite, et ses propres divisions.

La droite classique : une primaire sans vote, par sondages

« La primaire, c'est les sondages », lâche Pablo Pillaud-Vivien, rédacteur en chef de la revue Regards. Une phrase qui résume tout le paradoxe de cette campagne.

Aucun des candidats de droite ne veut d'une primaire ouverte. Michel Barnier parle de « décantation ». Jean-François Copé évoque une « sédimentation ». Édouard Philippe lui-même dit que « les discussions avancent ». Mais dans les faits, c'est la guerre des sondages qui tranche.

Et pour l'instant, Philippe tient la corde.

Selon le baromètre Elabe publié le 10 mai 2026, il est troisième avec 32% d'opinion favorable — mais il perd 5 points. Gabriel Attal est quatrième à 28%, en baisse de 5 points aussi. Derrière, Bardella et Le Pen caracolent en tête. « Tous les deux accentuent leur avance », indique Elabe, « à la faveur d'une baisse notable de leurs poursuivants. »

Le Figaro, de son côté, publie un autre sondage le même jour : 26% des Français se disent satisfaits à l'idée de voir Philippe président. Soit 6 points de plus que le mois précédent. Une remontada, selon le journal.

Mais ces chiffres cachent une réalité brutale.

Dans le socle commun — l'électorat de droite et du centre — Philippe atteint à peine 19% des intentions de vote. Attal est à 14%. Retailleau à 12%. Lisnard à 8%. (Les données sont issues du même baromètre Odoxa.) C'est un champ de ruines. Personne n'atteint 20%. Et pendant ce temps, le RN frôle les 40%.

« Il y a du monde au balcon », ironise Yves Thréard. « Ils rêvent tous d'incarner cette droite classique. » Le problème, c'est que la droite classique n'existe plus. Elle a été aspirée par le RN et par le macronisme.

L'héritage macroniste : le boulet que Philippe traîne

« 90% des Français pensent qu'il était macroniste », affirme Pablo Pillaud-Vivien. « Parce qu'il était le premier Premier ministre d'Emmanuel Macron. Punto. »

Édouard Philippe n'a jamais adhéré à Renaissance. Il vient des Républicains. Il a fondé Horizons. Mais pour l'opinion, il reste l'homme des 80 km/h, des Gilets jaunes, de la gestion du Covid. Un bilan qu'il ne peut pas renier.

« Il y a cet héritage qu'il faut assumer », reconnaît Yves Thréard. « Quoi qu'il arrive. »

Et cet héritage pèse lourd. Les 80 km/h ? Une décision impopulaire, que même les électeurs de droite n'ont pas digérée. La gestion du Covid ? Plutôt bien notée, mais elle l'a identifié comme un technocrate, pas comme un leader populaire. Les Gilets jaunes ? Il les a vécus en première ligne. Et cette image de « droite bourgeoise », de « cadre sup' qui parle aux cadres », comme le dit Pillaud-Vivien, colle à sa peau.

« C'est un type de droite qui essaye de montrer que ça va à peu près », analyse le rédacteur en chef de Regards. « Alors que ses concurrents parlent de submersion, de déclin, de colère. »

Philippe veut incarner la « droite fière ». L'optimisme. Le refus du populisme. Mais est-ce que ça marche dans une France qui gronde ?

Le pari de l'optimisme : une stratégie à haut risque

« Il a prononcé plusieurs fois le mot d'optimisme hier », remarque Pablo Pillaud-Vivien. « C'est son cap. »

Effectivement, dans son discours de Reims, Philippe a martelé une idée : la France n'est pas en déclin. On crée des entreprises, on travaille, on est fier d'être français. Il veut lutter contre le « déclinisme » qui, selon lui, fait le jeu du RN et de Mélenchon.

« Il y a un discours plombant dans ce pays », confirme Yves Thréard. « Où on vous dit que tout est mauvais. Ça fait le jeu du RN. »

Le calcul est clair : capter la majorité silencieuse, celle qui n'est pas en colère mais qui a besoin d'aménagements. C'est le pari de Michel Barnier, de Jean-François Copé, de tous ceux qui refusent le populisme.

Mais ce pari a un coût.

« Le problème, c'est que pour l'instant, on s'adresse surtout à des cadres », note Pablo Pillaud-Vivien. « Et est-ce que cette proposition va réussir à passer le mur du son ? »

Le mur du son, c'est la France des Gilets jaunes. C'est celle qui a voté RN aux européennes. C'est celle qui ne se reconnaît pas dans le discours lisse et technocratique d'un ancien Premier ministre.

« Aujourd'hui, ce qui résonne le plus, ce sont les propositions clivantes », ajoute le journaliste. « Si vous ne faites pas ça, exister dans le fracas politique est compliqué. »

Philippe le sait. C'est pour cela qu'il insiste sur son ancrage à droite. Qu'il répète « je suis de droite » comme un mantra. Qu'il refuse explicitement l'union avec l'extrême droite. Il veut reconstruire le clivage gauche-droite, celui que Macron a détruit. Mais il a participé à cette destruction pendant cinq ans.

Les sondages en baisse : alerte ou tempête dans un verre d'eau ?

Le baromètre Odoxa pour Le Figaro Magazine, publié le 7 mai 2025, a sonné l'alarme.

Édouard Philippe enregistre la baisse la plus significative de tous les candidats. Il recule de 5 points sur les compétences présidentielles (35%). Il perd 4 points sur sa vision claire de l'avenir. Sur sa bonne représentation de la France et des Français, il chute aussi.

Il reste troisième, derrière Jordan Bardella et Marine Le Pen. Mais la tendance est inquiétante.

« On n'est pas sur des intentions de vote, on est sur des qualificatifs », tempère Yves Thréard. « Ça reste des toutes petites modulations. »

Pablo Pillaud-Vivien n'est pas convaincu : « On passerait de 30 à 22, je veux bien. Mais là, c'est des variations minimes. »

Pourtant, le contexte est brutal. La popularité d'Emmanuel Macron est au plus bas. L'héritage macroniste pèse sur tous ses anciens Premiers ministres. Et le RN continue de monter.

« C'est à lui de voir ce qu'il en est », élude Thréard. « Je ne fais pas sa campagne. »

Mais les chiffres parlent. Philippe est crédité de 32% d'image positive dans le dernier sondage Elabe. C'est mieux qu'Attal (28%) et Darmanin (26%), mais loin du RN. Et dans le socle commun, il stagne à 19%.

« Il faut voir d'où on part », insiste Thréard. « Actuellement, Philippe fait la course largement en tête par rapport à ses concurrents. »

Effectivement, Retailleau est à 24% de popularité, selon le même sondage. Lisnard encore moins. Mais l'écart se resserre. Et si les sondages continuent de baisser, la « primaire par sondages » risque de tourner au vinaigre.

2027 : l'arme du vote utile

« Marine Le Pen fait d'Édouard Philippe son meilleur adversaire », lance Yves Thréard. « C'est l'analyse que font beaucoup de gens. »

L'idée est simple : au premier tour de la présidentielle, une partie des électeurs — majoritaire, selon les analystes — va faire un vote utile. Elle va se reporter sur celui ou celle qui est le plus capable de battre le RN au second tour.

Et dans ce jeu, Philippe a une longueur d'avance.

« C'est un atout pour tous les candidats », nuance Pablo Pillaud-Vivien. « François Hollande a le même raisonnement. »

Mais Philippe a un avantage supplémentaire : il est perçu comme un rempart crédible. Ancien Premier ministre, expérience de la gestion de crise, image de modéré. Il incarne la « droite de gouvernement » face à la « droite populiste » de Retailleau ou de Le Pen.

« Il a une proposition optimiste, et parce qu'elle est optimiste, elle peut l'emporter », résume Pillaud-Vivien.

Reste une inconnue : la concurrence interne. Si Retailleau, Attal et Philippe restent en lice jusqu'au premier tour, ils se partageront les voix de la droite classique. Et le RN passera en tête.

« S'ils veulent y aller à plusieurs, ils perdront à plusieurs », prévient Thréard.

La question est donc : qui va céder ? Qui va se ranger derrière Philippe ? Les discussions existent, disent-ils. Mais aucune décision n'est prise.

« Il faudrait qu'ils se retrouvent dans un même espace de confrontation publique », suggère Pillaud-Vivien. « Une primaire médiatique. »

Mais pour l'instant, chacun campe sur ses positions. Et le temps presse. L'élection présidentielle, c'est dans un an.

Sources

  • Transcript de l'émission Public Sénat du 11 mai 2026, avec les interventions de Pablo Pillaud-Vivien (rédacteur en chef de Regards) et Yves Thréard (directeur adjoint du Figaro).
  • Baromètre Odoxa pour Le Figaro Magazine, publié le 7 mai 2025, mesurant les compétences présidentielles des candidats.
  • Article BFM TV du 10 mai 2026 sur les intentions de vote et la popularité des candidats.
  • Article Le Figaro du 11 mai 2026 sur la remontada d'Édouard Philippe.
  • Article La Tribune du 11 mai 2026 sur les sondages de popularité.
  • Article Ipsos du 10 mai 2026 sur les intentions de vote dans le socle commun.
  • Article Sud Ouest du 11 mai 2026 sur le discours de Reims.
  • Article Nice Matin du 11 mai 2026 sur les déclarations d'Édouard Philippe.
  • Article L'Opinion du 11 mai 2026 sur les alliances politiques.

📰Source :youtube.com

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